‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 251 sur 317 · Mètnoires du Prince Eugène, t. II, p · texte numérisé non relu

Mètnoires du Prince Eugène, t. II, p

la tendresse d'une fille. Ménagez-vous dans ?otre voyage, ainsi que dans le nouveau climat où vous arrivez, en prenant tout le repos convenable. Vous avex éprouvé bien du mouvement depuis un mois; songei bien que je ne veux pas que vous soyez malade. Je finis, ma fille, en vous donnant ma bénédiction paternelle. »

w 5 février. — Ma fille, j'ai appris avec plaisir que vous êtes arrivée en Italie, et assez bien portante pour pouvoir faire encore le voyage de Venise ; mais ce qui m*a été tout à fait sensible , c'est de voir dans votre lettre les assurances du bonheur dont vous jouissez. Je prends un intérêt bira grand à toute votre vie; vous en êtes persuadée, et je ne me suis point trompé en espérant que voas seriez heureuse avec Eugène. Croyez bien que si je n'avais pas eu cette opinion , j'aurais, dès le moment que je vous ai connue , sacrifié mon intérêt politique à vos convenances. Votre lettre , ma bonne et aimable Auguste, est pleine de ces sentiments délicats qui vous sont propres. J'ai ordonné qu'on vous arrangeât une petite bibliothèque. Perfectionnez votre éducation en lisant beaucoup de bons livres, afin d'être tout à fait parfaite. J'espère que l'Impératrice vous envoie des modes, et que vous me direz aussi ce que je puis vous envoyer qui vous assure que je m'occupe de vous et de tout ce qui peut être agréable à vous et à Eugène. Je finis, ma fille, en vous recommandant mes peuples et mes soldats : que votre bourse soit toujours ouverte aux femmes et

aux enfants de ces derniers. Vous ne pouvez rien faire qui aille plus à mon cœur. »

tf 10 avril. — Ma fille, je vous envoie mon portrait, comme une preuve de mon estime et de mon amitié. J'ai reçu votre dernière lettre. J'ai écouté avec grand plaisir tout le bien qu'on me dit de vous. J'imagine que vous avez reçu votre corbeille; je vous ai envoyé en même temps une bibliothèque. Dites à Eugène combien je Taime, et combien je suis aise d'apprendre que vous êtes réciproquement heureux. >»

« 24 août. — Ma fille, j'ai lu avec plaisir votre lettre du 1 0 août. Je vous remercie de tout ce que vous me dites d*aimable. Vous avez raison de compter entièrement sur tous mes sentiments. Ménagez-vous bien dans votre état actuel, et tâchez de ne pas nous donner une fille. Je vous dirai la recette pour cela, mais vous n'y croirez pas : c'est de boire tous les jours un peu de vin pur. Enfin, toutes les affaires du continent s'arrangent, et j'espère vous envoyer avant peu de jours des instructions pour votre voyage avec Eugène, qu'il faut faire bien lentement pour ne pas vous fatiguer. L'Impératrice m'a remis la lettre que vous lui avez écrite pour votre grand'mère *• J'ai donné les ordres les plus positifs, et j'espère qu a l'heure qu'il est elle sera satisfaite. . . . Votre affectionné père. »

En même temps, dans sa correspondance politique avec le vice-roi , Napoléon ne cessait de donner à

i. Mme de La Pagerie^ à la Martinique.

celui-ci des preuves de son amitié et de sa confiance de plus eu plus marquées, ce qui ne Tempèche pas de se livrer parfois, vis-à-vis de lui, à quelques-unes de ces vivacités comme il en éprouvait lorsque Teiécution de ses ordres n'était pas aussi prompte et aussi complète que son impatience l'eût désiré. Eugène accepte les reproches que son inexpérience peut mériter encore, mais, malgré son respect et sa tendresse filiale, il proteste avec une fermeté calme contre ceux qu'il croit injustes. « Sire, répond-il à TEmpereur à la date du 21 février ^ je ne puis le dissimuler i Votre Majesté, depuis quelque temps il m'est impossible de ne pas apercevoir, dans les dépèches dont vous m'honorez, que Votre Majesté n'est pas contente de moi. Je n'ai pas la prétention, sans doute, d'être exempt de reproches ; mais que Votre Majesté me permette de lui dire qu'elle m'en adresse souvent que je ne mérite pas : je serais bien malheureux, Sire, si je ne me confiais pas, pour l'avenir, dans votre justice et votre tendresse, n

Ce sentiment de dignité est loin de déplaire à Napoléon qui, tout en rendant quelquefois, dans ces débuts, le vice-roi responsable des faits de ses subordonnés, n'a cependant point l'intention de l'afQiger : « Vous voudrez bien permettre, lui répond-il paternellement, que je vous écrive de ce style sans vous fâcher *. » A quinze jours de là, en effet, mieux renseigné sur les efforts personnels et sur les actes

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