ibid, . p. 312. LeUre du 3 décembre
DE L'IMPËRATRICË lOSËPHlNE. 365
jalouse. Je me suis aperçu depuis longtemps que les gens colères soutiennent toujours qu'ils ne sont pas colères ; que ceux qui ont peur^ disent souvent qu'ils n'ont pas peur : tu es donc convaincue de jalousie ; j'en suis enchanté! Du reste, tu as tort; je ne pense à rien moins, et dans les déserts de la Pologne, l'on songe peu aui belles. J'ai eu hier un bal de la noblesse de la province; d'assez belles femmes, assez riches , assez mal mises, quoique à la mode de Paris. Adieu, mon amie; je me porte bien. Tout à toi. » Cette lettre est datée de midi. A peine envoyée, l'Empereur en reçoit une nouvelle de sa femme, plus pleine d'alarmes et d'impatience de le rejoindre. Il sent que le ton badin sera un remède peu opportun et peu efficace pour ce mal qui s'accroît à vue d'œil et devient une réelle souffrance. Il reprend aussitôt la plume, et de ce grand style où la familiarité rehausse encore la force de la pensée, il lui trace cette saisissante théorie de la soumission aux événements de la vie et aux nécessités du rang :
(( Je reçois ta lettre du 27 novembre, où je vois que ta petite tête s'est montée. Je me suis souvenu de ce vers :
Désir de femme est un feu qui dévore.
« Il faut cependant te calmer. Je t'ai écrit que j'étais en Pologne, que, lorsque les quartiers d'hiver seraient assis, tu pourrais venir; il faut donc attendre quelque jours. Plus on est grand et moins on doit avoir de volonté; Ton dépend des événements et des
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circoDs tances. Tu peux aller à Francfort et à Dansstadt. J'espère soua peu de jours t'appeler; tuais il fint que les événements le veuillent. La chaleur de la lein me fait voir que vous autres jolies femmes, tous connaissez pas de barrières; ce que vous voulei être; mais moi je me déclare le plus esclave hommes: mon maître n'a pas d'entrailles, et een c*e8t la nature des choses '. »
Menaçante doctrine, dont Joséphine ne put doute mesurer la portée. Aujourd'hui la nature ifal choses, c'est l'incertitude et l'imprévu de ta guin» qui se poursuit; demain ce seront les nécessitésd'uBl politique agrandie et impatiente du frein: puis Im exigences d'une ambition à la fois nationale et p»-' aonnelle, portée aux dernières limites du possible. IJ divorce sortira de cette nature des choses que Nap^ léon appellera son étoile ou sa destinée et que d'antres nommeront ia fatalité de son génie.
Toutefois, l'Empereur comprit qu'il n'y avutqw leur rapprochement qui pût calmer les vives inquiétudes de Joséphine, et il s'engagea formeltenieDt à h faire venir à Posen ou à Berlin, s'il devait passer l'hiver dans l'une de ces deux villes. « Je t'aime et te désire beaucoup, luidit-il le 10 décembre,... je t'écrirai de venir avec au moins autant de plaisir que ta viendras '. » Mais avisé de quelques mouvements bostila de la part des Russes , Napoléon se vit obligé de tt transporter à Varsovie. Ignorant ce qui va se pasMr,