‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 258 sur 317 · M. de Menneval, l. UI, p · texte numérisé non relu

M. de Menneval, l. UI, p

des chemins de s'établir entièrement à Varsoyie. Ne pouvant à cause de la saison , faire Tenir Tlmpéntrice auprès de lui et ignorant pour combien de temps il se trouvait dans la capitale de la Pologne, il iosisU alors sérieusement pour qu'elle retournât à Paru, où ses devoirs de souveraine la rappelaient dans ee palais des Tuileries depuis quatre mois veuf de ses maîtres.

Ce retour à Paris, lorsqu'elle s'était flattée de rejoindre dans peu de jours TEmpereur, fut pour Joséphine une douleur véritable. Nous n'avons pas ses lettres, mais elles devaient être vives, touchantes, éplorées, à en juger par les réponses de Napoléon ao moyen desquelles il serait facile de reproduire la oo^ respondance qui nous manque. La distance, les mauvais chemins, la saison rigoureuse, rien ne lui paraissait un obstacle ni même une fatigue. Elle semble aller au devant de toutes les objections , et elle sollicite, comme le seul bonheur enviable pour elle, de faire trois cents lieues dans les boues ou dans la neige, au mois de janvier, pour venir trouver au fond de la Pologne, celui qui aujourd'hui s'est emparé de toutes les facultés de son être. Non qu'elle ait la moindre inquiétude sur sa position, car à cette date, personne, pas même l'indiscret Fouché, n'a encore prononcé k mot de divorce : cette idée n'a pas effleuré l'esprit de Napoléon. Mais elle sent par instinct qu'il n'est pas bon que l'Empereur, même pour les plus légitimes préoccupations d'État , s'habitue à son absence ; que son empire, son influence dépendent en partie de

cette vie intime et par ses soins charmée, qu'elle a fait jusqu'ici goûter à son époux.

Rapprochement naturel qui vient de nouveau au lecteur et que dût faire, comme en 1805, l'Impératrice Joséphine. Dix ans auparavant, quand son jeune et ardent époux avec tant d'éloquence et si peu de ménagements, rappelait en Italie, pour partager son amour et ses périls, c'est elle, et nous Tavons compris, qui hésitait à se lancer dans cette vie de glorieuses aventures. Maintenant, c'est Napoléon qui voit pour sa femme des difficultés, des fatigues et des dangers. C'est qu'alors , comme aujourd'hui , ils n'aimaient pas de la même ardeur. Ils se sont aimés autant l'un que l'autre, mais non dans le même instant. On comprend cependant que Napoléon refusât à V Impératrice des Français, de venir, en quelque sorte, faire campagne à trois cents lieues de la capitale de l'Empire où l'appelaient les convenances de sa position et l'amour des Parisiens, bien plus, évidemment, que les nécessités de la politique. Telle était, en effet, l'admirable situation du gouvernement impérial, son autorité au dedans, son prestige au dehors , que , pendant cette absence qui dura près d'un an, des frontières de la Russie, de cette grange ouverte à tous les vents, assis sur son pliant de campagne, les pieds dans la boue, ou couché sur son lit de paille, Napoléon gouverne la France et ritalie avec la même autorité incontestée, la même majesté obéie , qu'aux Tuileries , assis sur son trône et entouré des splendeurs de sa cour.

Cette double position de Napoléon et de Joséphine

ainsi constatée, nous pouvonSi en une seule suite, reproduire quelques-unes des lettres de rEmpereur qui roulent uniquement sur le désir de sa femme d^aller le rejoindre, et sur ses motifs de refus : c'est ici , s'il en fut, de Thistoire de cet intérieur impérial, qui fait le principal objet de notre livre.

— « Varsovie, 7 janyier 1807. — Mon amie, je suis touché de tout ce que tu me dis; mais la saison froide, les chemins très-mauvais, peu sûrs , je ne puis donc consentir à t'eiposer à tant de fatigues et dp dangers. Rentre à Paris pour y passer l'hiver. Vaaui Tuileries , reçois, et fais la même vie que tu as Thabitude de mener quand j'y suis; c'est là ma volonté. Peut-être ne tarderai-je pas à t*y rejoindre ; mais il est indispensable que tu renonces à faire trois cents lieues dans cette saison, à travers des pays ennemis, et sur les derrières de Tarmée. Crois qu'il m'en coûte plus qu'à toi de retarder de quelques semaines le bonheur de te voir, mais ainsi l'ordonnent les événements et le bien des affaires. Adieu, ma bonne amie; sois gaie et montre du caractère. »

— «8 janvier, — Je t'avais prié de rentrer à Paris. La saison est trop mauvaise, les chemins peu sûrs et détestables, les espaces trop considérables pour que je permette que tu viennes jusqu'ici où mes affaires me retiennent. Il tefaudraitaumoinsunmois pour arriver. Tu y arriverais malade ; il faudrait peut-être re{)artir alors; ce serait donc folie. Ton séjour à Mayence est trop triste ; Paris te réclame; vas-y, c'est mon désir. Je suis plus contrarié que toi ; j^ussi* aimé à partager les Ion-

gues nuits de cette saison avec toi; mais il faut obéir aux circonstances. Adieu» mon amie, tout à toi. »

— « 16 janvier. — Ma bonne amie, j'ai reçu ta lettre du 5 janvier ; tout ce que tu me dis de ta douleur me peine. Pourquoi des larmes, du chagrin? N'as-tu donc plus de courage? Je te verrai bientôt; ne doute jamais de mes sentiments; et si tu veux m'être plus chère encore, montre du caractère et de la force d'âme. Je suis humilié de penser que ma femme puisse se méfier de mes destinées. Adieu mon amie; je t'aime, je désire te voir, et veux te savoir contente et heureuse. »

— a 18 janvier. — Je crains que tu n'aies bien du chagrin de notre séparation qui doit encore se prolonger de quelques semaines, et de ton retour à Paris. J'exige que tu aies plus de force. L'on me dit que tu pleures toujours : fi! que cela est laid. Ta lettre du 7 janvier me fait de la peine. Sois digne de moi, et prends plus de caractère. Fais à Paris la représentation convenable, et surtout sois contente. Je me porte bien et je t'aime beaucoup; mais si tu pleures toujours, je te croirai sans courage et sans caractère : je n'aime pas les lâches; une Impératrice doit avoir du cœur. »

— « 23 janvier. — Je suis désespéré du ton de tes lettres et de ce qui me revient; je te défends de pleurer, d'être chagrine et inquiète; je veux que tu sois gaie, aimable et heureuse.... J'ai ri de ce que tu me dis que tu as pris un mari pour être avec lui : je pensais, dans mon ignorance, que la femme était faite pour le

mari, le mari pour la patrie, la famille et la gloire; pardon de mon ignorance ; l'on apprend toujours av« nos belles dames. Adieu, mon amie; crois qu'il id>d coule de ne pas te faire venir; dis-toi : <"'esl uot preuve combien je lui suis précieuse. »

— «26 janvier. — Ma bonne amie, j'ai reçu ta lettre ; je vois avec peine comme tu t'afflJgeB.... Rentre donc à Paris. Je serais fâché et inquiet de le savoirsi malheureuse et si isolée à Mayence. Tu comprend* que je ne dois, que je ne puis consulter que le bieB de mes affaires. Si je pouvais consulter mon casurje serais avec loi, ou toi avec moi; car tu serais bien injuste si tu doutais de mon amour et de loue mes stotiraents '. «

Terminons cette série par lu lettre suivante, l'oM des plus remarquables, qui se trouve sans date dau la corn'S|iO[idarice (.'oiiju!J:a!e de Napoléon, maïs qui est bien ici à sa place, c'est-à-dire de la 6d de janvier ou des premiers jours de février de cette année : « Mon amie, ta lettre du 20 janvier m'a fait de li peine; elle est trop triste. Voilà le mal de ne pas être un peu dévote ! Tu me dis que ton tmnheur Eait li gloire : cela n'est pas généreux j il faut dire : Le bonheur des autres fait ma gloire : cela n'est pas coDJagal; il faut dire : Le bonheur de mon mari fait du | gloire : cela n'est pas maternel; il faudrait dire : Le bonheur de mes enfants fait ma gloire; or, comnr les peuples, ton mari, tes enfants, ne peuvent étrt

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