CoUecliun Didol, I- U, p. ik
un échec non éprouvé jusqu'ici. Elle lui en avait témoigné ses appréhensions. Outre les dangers personnels qui attendaient son époux dans cette lutte de guérillas y son sens droit lui faisait craindre que les autres ennemis de l'Empereur ne missent à profit ses embarras au delà des Pyrénées pour recommencer la lutte de l'autre côté du Rhin , et elle en avait pris texte, sortant de sa réserve habituelle^ pour le conjurer de mettre fin à ces guerres toujours renaissantes. Napoléon^ qui, de ce cœur dévoué, acceptait tout, s'était efforcé de rassurer l'Impératrice au départ^ et, pendant cette campagne de deux mois, il mit un soin particulier à la tenir au courant de ses opérations et de sa santé. Nous ne pouvons prendre qu'une page dans sa correspondance. Elle sera curieuse à cause de Tanimation inusitée avec laquelle il parle de ces ennemis acharnés et jusqu'à présent invisibles qu'il a pu joindre et battre enfin.
(Le 22 décembre 1808). — c Je pars à l'instant pour manœuvrer les Anglais, qui paraissent avoir reçu leur renfort et vouloir faire les crânes. Le temps est beau, ma santé parfaite; sois sans inquiétude.
(Benavente, le 31 décembre 1808). — «Mon amie, je suis à la poursuite des Anglais depuis quelques jours, mais ils fuient épouvantés. Ils ont lâchement abandonné les débris de l'armée de la Romana, pour ne pas retarder leur retraite d'une demi-journée. Plus de cent chariots de bagages sont déjà pris. Le temps est bien mauvais.
« Lefèvre a été pris ; il m'a fait une échauffou-
rée avec 300 cbasseurs : ces cri rivière à la nage , et ont été" se j cavalerie anglaise; ils en ont bea retour Lefèvre a eu son cheval bl courant l'a conduit sur la rive où il a été pris. Console sa femme'.
Besaières , avec 1 0 000 cbeVauj Bonne année à tout le monde. »
{ Le 3 janvier 1 809. ) — « Je i tes lettres du 18 et du 21. Je p l'épée dans les reins. Le temps reux, mais tout va bien. Adieu, toi. Bonne et bien bonne année à
(Le 9 janvier.) — o Mousta' lettre de toi du 3 1 décembre. Je v tu es triste et que lu as l'inquiétu triche ne me fera pas hi guerre, j'ai 150 000 hommes en AUemag Rhin , et 400 000 Allemands po Russie ne se séparera pas de Paris. Tout marche bien. Je serai je le croirai utile. Je te conseilh aux revenants. Un beau jour à d tin.... Mais adieu , mon amie. Jt suis tout ù toi *. »
Les craintes de l'Impératrice dorent pas à se réaliser. Toujo' soumise , l'Aulrichc profilait d
1. 11 est qimslion du général LeIËvre-De 9. Cùllution Didol, l. II, p- li3-53.
DE L'IMPËRATRICE JOSÉPHINE. 437
Napoléon pour recommencer la guerre. L'Empereur , avisé de ses préparatifs hostiles et ne pouvant plus se méprendre sur les desseins de la cour de Vienne , se vit obligé d'abandonner l'Espagne avant d'en avoir consolidé la conquête. Le 23 janvier 1809 il rentrait aux Tuileries. Deux mois lui suffirent pour prendre toutes ses dispositions; et ayant appris, le 12 avril, que l'archiduc Charles était entré en Bavière , il partit la nuit suivante , emmenant avec lui Tlmpératrice, qu'il laissa à Strasbourg, où elle devait séjourner comme en 1805. Quatre jours après il se trouvait à son quartier général de Donawerth , et , dès le lendemain , il recommença le cours de ses succès, qui , en un mois, le rendirent , pour la seconde fois, maître de la capitale de l'Autriche.
Nous possédons, sur cette troisième campagne d'Allemagne, vingt-cinq lettres de Napoléon à sa femme , ou plutôt vingt-cinq billets très-courts*, car l'Empereur devient de plus en plus laconique. Les exigences de notre sujet nous avertissent de restreindre les citations. 11 nous reste, en effet, à raconter en détail Tépoque la plus décisive de la vie de Tlmpératrice Joséphine. Qu'on nous permette toutefois encore quelques extraits indispensables.
Napoléon , on le sait, dans cette campagne fut légèrement blessé d'une balle au pied , en faisant le siège de Ratisbonne. Cet événement, qui avait un instant inquiété l'armée , répandit dans Paris une émotion exagérée par le zèle ou les commentaires hostiles. Mais on comprend les sincères alarmes de Tlm-
pératrice Joséphine. Pour la rassurer , rEmpereor nie même toute blessure, a Mon amie , lui répond-il le 6 mai > j'ai reçu ta lettre. La balle qui m'a touché ne m'a pas blessé ; elle a à peine rasé le lendoii d'Achille. Ma santé est fort bonne; tu as tort de t*iuquiéler. Mes afTaires vont fort bien. Tout à toi ^ » Le 12 , il lui annonce en peu de mots la prise de Vienne , et, le 27, il lui fait connaître l'arrivée sur le Danube du prince Eugène , qui , après avoir mené battant les Autrichiens depuis Tlsonzo jusqu'au sein de l'empire, lui amenait, au moment le plus opportun, son armée italienne pleine d'ardeur et de légitime orgueil. Napoléon , qui sait bien le plaisir qu'il va faire, est un peu plus long ea parlant à l'Impératrice de son fils : « Je t'expédie un page , lui dit-il , pour t'apprendre qu'Eugène m'a rejoint avec toute son armée; qu'il a rempli parfaitement le but que je lui avais demandé; qu'il a presque entièrement détruit l'armée ennemie qui était devant lui. Je t'envoie ma proclamation à l'armée d'Italie, qui te fera comprendre tout cela. Je me porte fort bien. Tout à toi. — P. SI Tu peux faire imprimer celte proclamation à Strasbourg , et la faire traduire en français et en allemand , pour qu'on la répande dans toute l'Allemagne. Remets au page qui va à Paris une copie de la proclamation*, w Le viceroi amvait à propos, comme nous venons de le dire, pour renforcer la grande armée » rudemeiil
J 1. Collection Didot, t. U, p. 57.
5 2. Ibid., p. 62.
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éprouvée par la laborieuse victoire d'Essling , qui nous coûtait Tintrépide Lannes , vif objet des regrets de la France et de TEmpereur. Le 31 mai , jour de sa mort, Napoléon apprend cette grande perte àTImpératrice par un seul mot, qui indique la douleur de son âme : « .... La perte du duc de Montébello, qui est mort ce matin, m'afort afQigé. Ainsi tout finit I... Adieu, mon amie. Si tu peux contribuer à consoler la pauvre maréchale , fais-le. Tout à toi '. »
Eugène avait mis à profit les leçons de son maître et de son père adoptif. Le 1 4 juin , il remporte en Hongrie , où il avait été envoyé pour combattre la seconde armée autrichienne , une véritable victoire , appelée par TEmpereur, précieux éloge , la Petite fille de la bataille de Marengo*. Napoléon expédia à Tinstant à l'Impératrice un courrier exprès pour lui porter celte bonne nouvelle, qui allait la rendre heureuse et fière. « Je t'expédie un page, lui écrit-il, pour t'annoncer que le 14, anniversaire de Marengo, Eugène a gagné une bataille contre Tarchiduc Jean et Tarcbiduc Palatin , à Raab , en Hongrie ; qu'il leur a pris 3000 hommes, plusieurs pièces de canon, quatre drapeaux , et les a poursuivis fort loin sur le chemin de Bude*. » Vingt jours après Napoléon terminait la lutte à Wagram par une dernière victoire, régale d'Austerlitz, d'iéna et de Friedland, et c est du même ton qu'à ces dates mémorables il