Souvenirs de M. le baron de Mcnneval , l. 1", p. 3(i
ohjel. lin SCS constaiita regrets. Arrivée à la Mail son, el au moment d'entrer dans ce lieu lêincûo H ses plus belles annO«s, de nnuveUea Iiirmc» remplin* ses jeux, et répondant à la pensée qui l'avait ocaip^ pendant toute la roule : « S'il trouve le Imabenr. dilelle, je ne me repentirai point de mon sacrifice! •
I,c lendemain l'acte rédigé aux Tuilerie?, ainsi ([d* les projets de Sénatus-cousulle qui f]<r%'airnl mliw le flivoree, furent porti'-s au Sénat par Oimlwfèita assisté des comtes Rcgnault de Saïnt-Jcan d'Ançélp ^t Defennonl, ntnîatitt id'État, metdbm in tmÊà d'État, M«noetteofanoitBti»oe,«»mtoiin4eea«» hU. ^'
L'arehidracMm prit le {ffamior U puai* M «■ ienam : v Mewiewi, U |wci^ qni m cette sésBW, à la dâtténtioa da Séna^ « disposition qui embrdsBe dos plus cfaera inléite. B est dictée par cette voix impérieuse qui avertit b souverains et les peuples que, pour assurer le salut des États, il faut écouter les conseils d'uoe sage privo^ance , rappeler sans cesse le passé , examiner le présent et porter ses regards sur l'avenir. C'est d^ vaut ces hautes considérations que, dans celte cirootstance à jamais mémorable , S. M. l'Emperear a U disparaître toutes les considérations persoDoeUn.d réduit au silence tontes ses affections privées. U >•■ ble et touchante adhésion de S. M. l'Iiopératricecj' un témoignage glorieux de son affection désintéKOf* pour l'Empereur, et lui assure des droits éleriKli* la reconoaissance de la nation, m
DE L'IMPËRATRIGE JOSÉPHINE. 475
Le comte Regnault de Saint Jean d'Angély donna lecture du projet de Sénatus-consulte portant dissolulion du mariage contracté entre VEmpereur Napoléon et rimpératrice Joséphine^ et assurant à celte dernière son titre et son rang, ainsi que dU procès-verbal dressé par Tarchi chancelier de ce qui s'était passé la veille aux Tuileries. Arrivant ensuite aux motifs de la loi proposée, et dans un langage élevé, digne de la-circonstance :
« Monseigneur^ continua-t-il en s'inclinant vers le vice-roi y immobile mais ému sur son siège. Sénateurs , l'acte solennel rapporté en entier dans le Sénatus-consulte que vous venez d'entendre, en contient seul tous les motifs. Que pourrions-nous ajouter? Quelles paroles pourrions -nous adresser au Sénat français y qui ne fussent bien au-dessous des paroles touchantes recueillies de la bouche des deux augustes époux dont votre délibération va consacrer les généreuses résolutions? Leurs cœurs se sont entendus pour faire aux plus grands des intérêts le plus noble des sacrifices; ils se sont entendus pour faire parler à la politique et au sentiment le langage le plus vrai, le plus persuasif, le plus fait pour convaincre et pour émouvoir. Comme souverains et comme époux, l'Empereur et l'Impératrice ont tout fait; ik ont tout dit : il ne nous reste qu'cà les aimer, les bénir, les admirer. « C'est désormais au peui)le français à se faire entendre. Sa niéinoire est fidèle comme son cœur. Il unira dans sa pensée reconnaissante les espérances de l'avenir et les souvenirs du passé, et jamais mo-
narques n'auront recueilli plus de respect, d'admiration, de gratitude et d'amour que Napoléon immolant la plus sainte de ses afTections aux besoins de ses sujets, que Joséphine immolant sa tendresse pour le meilleur des époux, par dévouement pour le meilleur des rois , par attachement pour le meilleur des peuples. Acceptez, Messieurs, au nom de la France attendrie , aux yeux de l'Europe étonnée , ce sacrifice, k plus grand qui ait été fait sur la terre; et, pleins de la profonde émotion que vous éprouvez , liâtezvous de porter au pied du trône, dans les tributs de vos sentiments, des sentiments de tous les Français, le seul prix qui soit digne du courage de dos souverains, la seule consolation qui soit digne de leur cœur. »
Le prince Eugène se leva alors. Ayant accompli dès le premier jour le sacrifice de ses intérêts personnels, il tenait à faire devant la nation une déclaration conforme aux sentiments qui animaient lui et les siens :
« Sénateurs, dit-il, vous venez d'entendre la lecture du projet de Sénatus- consulte soumis à votre délibération. Je crois devoir, dans cette circonstance, manifester les sentiments dont ma famille est animée.
« Ma mère, ma sœur et moi, nous devons tout à l'Empereur. 11 a été pour nous un véritable père; il trouvera en nous , dans tous les temps , des enfants dévoués et des sujets soumis.
. (( 11 importe au bonheur de la France que le fondateur de cette quatrième dynastie vieillisse environné
d'une descendance directe, qui soit notre garantie à tous, comme le gage de la gloire de la patrie.
a Lorsque ma mère fut couronnée devant toute la nation, par les mains de son auguste époux, elle contracta l'obligation de sacrifier toutes ses affections aux intérêts de la France. Elle a rempli avec courage, noblesse et dignité ce premier des devoirs. Son âme a été souvent attendrie en voyant en butte à de pénibles combats le cœur, d'un homme accoutumé à maîtriser la fortune et à marcher toujours d'un pas ferme à l'accomplissement de ses grands desseins. Les larmes qu'a coûtées cette résolution à l'Empereur, suffisent à la gloire de ma mère. Dans la situation où elle va se trouver, elle ne sera pas étrangère, par ses vœux et par ses sentiments, aux nouvelles prospérités qui nous attendent , et ce sera avec une satisfaction mêlée d'orgueil, qu'elle verra tout ce que ses sacrifices ont produit d'heureux pour sa patrie et pour son Empereur. »
Telles sont ces paroles « simples et dignes * », qui ont été blâmées comme mal placées dans la bouche du fils de celle qu'on détrônait. Ceux qui nous lisent depuis quelques instants, n'en jugeront pas de même. C'est précisément parce que sa mère perdait une couronne, c'est parce que les enfants de sa sœur allaient perdre le trône de France et lui-même celui d'Italie, que le prince Eugène pouvait, nous dirons devait faire entendre cette voix désintéressée. Parler
] . Expressions de M. Thiers.
479 IIISTOme
iliffiiremmenl c'efit i-té affecter du dt-pil et 01 cupalion personnelle qui n'étaient puint i cœur. Joséphine avait piiisé la force de coaswflfl la dissolution de son union, dans lu convictiou q se sacrilîait au bonheur de son époux et à la slabiEli • de 8on trône. Cea mêmes moiiTs élevés diclirenl U patriotique conduite de ees cnfanls, et inepirèffnllu paroles chevaleresques, prononcées à la tnea île II J nation par celui qui, à partir de cet instant, n'fi plus qu'une ambition, celle d'éti-e lulieuteaanlle|ifal-l modeste, le plus dévoué, et Thistuire a dil k|^| babile comme le plus iidMe de l'Empereur: e Jours du malheur et des trahisons, il a eu refu ennemis de Napoléon, ce trône d'Italie qoe c lui avait promis sans le lui donner.
Une commission fut nommée, séance lenante,|Wf exaiiiinor les pièces dêpi>9ées par le* envnvt* Jt l'Kmpereur. Après une courte interruption, le a** Lacépède vint faire au Sénat le rapport snr ttVt grande affaire. Il s'esprima en ces termes, mêlul les souvenirs de l'histoire à l'appréciatioa des a» timents réciproques des souveraÏDS qui oe u o* enflaient mutuellement que par amour pourlapatm.
n Sénateurs, tous avez renvoyé à Totre cemmi— "* spéciale le projet de SénatuB- consulte qui roos »tf présenté par les orateurs du conseil d'État. Vous sra entendu la lecture de cet acte mémorable, anneié i* projet de Sénatus-consulte, et que l'histoire tniis*^ tra à la postérité, comme un monument des »Sktions les plus touchantes , des sentimenls ks plv
DE LMMPÉRATRICE JOSÉPHINE. 479
généreux 9 et du dévouement le plus absolu au premier intérêt d'une monarchie héréditaire. Ces paroles mémorables^ prononcées par le plus grand des souverains et par son auguste et bien-aimée épouse , retentiront longtemps dans tous les cœurs français. C'est aujourd'hui plus que jamais que l'Empereur a prouvé qu'il ne veut régner que pour ^eruir ses sujets, et que l'Impératrice a mérité que la postérité associât son nom à celui de l'immortel Napoléon.
« Et telle est donc la condition de ceux que le trône n'élève au dessus des autres hommes que pour leur imposer des obligations plus rigoureuses ! Combien de princes qui, ne consultant que le bonheur de leurs peuples, ont dû renoncer aux liens qui leur étaient le plus chers! En ne portant même nos regards que sur les prédécesseurs de Napoléon , nous voyons treize rois que leur devoir de souverain a contraint de dissoudre les nœuds qui les unissaient à leurs épouses; et, ce qui est bien digne de remarque, parmi ces treize princes, nous devons compter quatre des monarques français les plus admirés et les plus chéris : Charlemagne, Philippe Auguste, Louis XII et Henri IV. Ah ! que celui dont la gloire et le dévouement surpassent leur dévouement et leur gloire, règne longtemps pour la prospérité de la France et de l'Europe; que sa vie s'étende bien au delà des trente ans qu'il a désirés pour la stabilité de son Empire! Qu'il puisse voir autour de son trône des Princes issus de son sang , élevés clans son esprit ainsi que dans sa pensée, et dignes de leur auguste origine, ga-
rantir pour nos arrière-petits-neveux la durée de tous les biens que lui devra notre patrie, et que Fimage du bonheur des Français , que lui offirirontle présent et TaveDir , soit la récompense de ses travaux et le prix de ses sacrifices. »
En conséquence, la commission proposait au Sénat d*adopter d'abord le projet de Sénatus- consulte qui lui avait été présenté, et ensuite de voter deux adresses dont elle avait arrêté la rédaction, l'une à TEoipereur et l'autre à l'Impératrice. Ces deux propositions furent adoptées à l'unanimité.
Le Sénatus-consuUe était ainsi conçu :
w Art. 1". Le mariage contracté entre l'Empereur Napoléon et l'Impératrice Joséphine est dissous.
« Art. 2. L'Impératrice Joséphine conservera les titre et rang d'Impératrice-Reine couronnée.
« Art. 3. Son douaire est fixé à une rente annuelle de deux millions de francs sur le trésor de l'État.
« Art. 4. Toutes les dispositions qui pourront être faites par l'Empereur en faveur de l'Impératrice Joséphine, sur les fonds de la Liste civile, seront obligatoires pour ses successeurs. »
Voici enfin le texte des adresses dans lesquelles ce grand corps voulut manifester à Napoléon et à Joséphine, ses sentiments à Toccasion de l'acte qu'ils venaient d'accomplir :
Adresse à V Empereur.
u Sire, c( Le Sénat vient d'adopter le projet de Sénatus-con-
suite qui lui a été présenté au nom de S. M. l. et R. Votre Majesté, Sire, ue pouvait pas donner à la France un plus grand témoignage de son dévouement absolu aux devoirs quMmpose un trône héréditaire. Le Sénat ressent vivement le besoin de vous exprimer combien il est pénétré de tout ce qu'éprouve la grande ftme de Y. M. La puissance la plus étendue, la gloire la plus éclatante , l'admiration de la postérité la plus reculée > ne pourront pas payer, Sire, le sacrifice de vos affections les plus chères : l'éternel amour du peuple français , et le ressentiment profond de tout ce que vous faites pour lui, pourront seuls consoler le cœur de Votre Majesté. »
Adresse à r Impératrice.
a Votre Majesté Impériale et Royale vient de faire à la France le plus grand des sacrifices : l'histoire en conservera un éternel souvenir.
a L'auguste épouse du plus grand des monarques, ne pouvait pas s'associer à sa gloire immortelle par un dévouement plus héroïque.
« Depuis longtemps, Madame, le peuple français révère vos vertus; il chérit cette bonté touchante qui inspire toutes vos paroles, comme elle dirige toutes vos actions : il admirera votre dévouement sublime; il décernera à jamais à V. M. I. et R. un hommage de reconnaissance, de respect et d*amour. * »
Ce juste et magnifique hommage fut le dernier
1. Vuir toutes ces pièces dans le Moniteur du 17 décembre. Il 31
482 lilSTOlItE:
t|ue reçut (les corps de l'État celle qui , cd efret,u\ail domié le plus touchaut exemple des vertus touvcraines, sur ce premier tronu du uioode, d'où elle iit\ descendre et d'où elle ne tomba pas.
Aux dispositions votées par le Sénat, l'Emperair ajouta le don cd toute proprit^Lé du lu MalmatMaC du château de Navarre, près d'Évreux. Il décidi outre, que la tiete civile ferait à ]Mn){réralrI<.'eJ< pliinc, sa vie durant, une renie d'un niillioa, n sfà portait à trois millions son revenu annuel; rnlic, A ufTËCta à sa résidence , lorsqu'elle vuudrait itairi Paris, le palais de l'Elysée, réalisaut aioû la jin^ messe qu'il avait laite d'assurer inagDiûquenKitk sort et le rang de l'épouse qu'il avait couronnera' ëes mains.
Au sortir d'une Bolenoité courageusemetit tf^** léo , mais supportée non sans éniolJon , li- pnm* Eugène fut rejoindre sa mère et sa sœur, et sur ait situation de la Malmaison, aux premières heartsile la séparation, nous trouvons quelques détails dans il lettre suivante écrite par le vice-roi à ta princesse \igusle' : « Nous voici à la MalmaisoD depuis hier m, ma très-chère Auguste; si le temps avaltété plus beii, nous aurions pu passer une journée moins trisit: mais il n'a pas cessé de pleuvoir. L'Impératrice te porte bien, sa douleur a été assez vive ce matin a parcourant les lieux qu'elle avait habités si longie^
1. Celte leurs doit Taire partie de la publication li inléniNDit^ H. le baron du Caiae, qui a bien voulu noua la o
DEVlMPÉlUTRlCE JOSÉPHINE. 483
avec l*Ëmpereur^ mais son courage a repris le dessus et elle est résignée à sa nouvelle position. Moi , je crois fermement qu'elle sera plus heureuse et plus tranquille. Nous avons eu ce matin quelques visites ; on ne parle, nous dit-on, à Paris que de notre courage et de la résignation de l'Impératrice. Ils seraient bien sots, ceux qui pourraient croire que j'ai regretté quel* que faveur ou quelque élévation. J'espère qu'à la manière dont j'ai pris la chose, je convaincrai les plus incrédules que je suis au-dessus de tout cela. Je ne te cacherai pas que je n'ai eu qu'une seule inquiétude, c'était de penser que cet événement pourrait te faire de la peine ; j'ai cependant été tant de fois à même d'apprécier ton excellent caractère, que j'aime à penser que tu seras la première de mon avis. Tu as dû voir toutes les pièces de cette affaire dans le Moniteur de ce matin ; j'espère que je serai bientôt à Milan, et là tu me diras franchement ta façon de penser. Adieu, ma très-chère Auguste, etc.
a Eugène. )) Le lendemain de leur séparation , l'Empereur vint faire une visite à l'Impératrice , et se promena longtemps seul avec elle dans le jardin de la Malmaison* L'un et l'autre regardaient avec émotion tous ces lieux qui leur rappelaient leur vie passée , dont ils étaient aujourd'hui séparés par un abîme. En arrivant et en quittant Joséphine , Napoléon lui serra amicalement la main, toutefois sans l'embrasser, ce qui fut pour elle un coup douloureux : il avait cessé d'être son époux, et n'était plus que son ami. Mais
484 HISTOIKE
il lui témoigna tant d*amitié , qu'il la laissa plus calme qu'il ne l'avait trouvée. A peine rentré à Trianon , il sentit le besoin de lui écrire pour remonter son courage* La lettre est datée de huit heures du soir ; elle est tendre et rappelle les meilleurs temps de leur union : v Mon amie, je t'ai trouvée aujourd'hui plus faible que tu ne devais être. Tu as montré ^ du courage , il faut que tu en trouves pour te soute-
I nir; il faut ne pas te laisser aller à une fun^le
J: mélancolie ; il faut te trouver contente , et surtout
soigner ta santé , qui m'est si précieuse. Si tu m'es attachée et si tu m'aimes ^ tu dois te comporter avec force et te placer heureuse. Tu ne peux pas mettre en doute ma constante et tendre amitié , et tu connaîtrais bien mal tous les sentiments que je te porte, si tu supposais que je puis être heureux si tu n'es pas heureuse 9 et content si tu ne te tranquillises. Adieu, mon amie; dors bien; songe que je le veux.
(( Napoléon'. »
Chaque jour, pendant le mois qui suivit la prononciation du divorce, une visite de Napoléon, ou une lettre de lui , vint consoler l'Impératrice Joséphine. Mais il fallut à celle-ci plus longtemps pour reprendre ses esprits , si profondément ébranlés par cette rude secousse. En voyant cette continuation delà tendresse impériale, tous ceux des courtisans qui ne se règlent que sur les sentiments du maître, aiSuèrent i la Malmaison. Il faut rendre, toutefois, la justice à ud