‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 290 sur 317 · Collection Didoi, t. II, p · texte numérisé non relu

Collection Didoi, t. II, p

DE L'IMPËRATRICE JOSÉPHINE. 485

bien plus grand nombre de visiteurs^ qu'ils étaient amenés là par des motifs plus désintéressés et plus honorables. On tenait à donner à l'Impératrice Joséphine une marque d'affection qui, chez la plupart, était une marque de gratitude , et , dans ces premiers temps où la présence d'une impératrice nouvelle n'imposait point encore de gêne, tout ce qu'il y avait de considérable dansTÉtat se fit un devoir d'apporter ses hommages à la Malmaison. Joséphine était sensible à ces démonstrations ; mais elle n'attendait de consolation que des preuves du souvenir de l'Empereur.

La reine Hortense a publié vingt-trois lettres adressées par Napoléon à Joséphine pendant les trois mois qui séparent le divorce du mariage avec Marie- Louise. Elles sont toutes marquées au coin d'une réelle tendresse, et assignent son véritable caractère à ce divorce imposé par une politique erronée , nous le croyons , mais sincère dans ses motifs. Nous allons en donner quelques-unes , celles qui font le mieux connaître les sentiments de Napoléon et de Joséphine pendant cette délicate transition.

« Sept heures du 8<rir\ r— Je reçois ta lettre , mon amie. Savary me dit que tu pleures toujours ; cela n'est pas bien. J'espère que tu auras pu te promener aujourd'hui. Je t'ai envoyé de ma chasse. Je viendrai te voir lorsque tu me diras que tu es raisonnable et que ton courage prend le dessus. Adieu,

1. La plupart de ces billeis sont sans date; l'heure ou le jour sont seulement indiquée.

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mon amie; je 8uis tmle aussi aujourd'hui; j*ai besoin de te savoir satisfaite, et d'apprendre que tu prends de Taplomb. Dors bien. »

— c Trianon , mardi. — » Je me suis couché hier après que tu as été partie, mon amie. Je Tais à Paris. Je désire te savoir gaie. Je viendrai te voir dans la se* maine. J*ai reçu tes lettres, que je vais lire en Toiture*. »

Avant de quitter Trianon, où il était venu s*enfe^ mer durant quinze jours. Napoléon avait voulu SToir à dîner Tlmpératrice et la reine Hortense. Le repas fut triste et silencieux. Plus d'une fois Joséphine se sentit défaillir. L'Empereur montra aussi une vive sensibilité. La vue de cette émotion et la persuasion que ses regrets étaient sincèrement partagés redonnèrent à Joséphine la force dont elle avait besoin. Elle promit de nouveau à l'Empereur de vaincre sa tristesse. Quant à Napoléon , en ne retrou- I vaut plus à Paris son ancienne compagne , il fut pris

d*un serrement de cœur dont sa correspondance a gardé la trace : « J'ai été fort ennuyé, écrit-il le lendemain à rimpératrice, de revoir les Tuileries ; ce grand palais m'a paru vide, et je m'y suis trouvé isolé, d — « Je suis triste de ne pas te voir; à demain , » lui dit-il quatre jours après*. Il se rendit auprès de Joséphine; mais ces visites, qui satisfaisaient le cœur de l'infortunée, étaient loin d'accroître son courage. Napoléon les suspendit pendant quelques jours. Joséphine

1. CoUtctian Didot, I. U, p. 109 et 113. 2.!bid..p. 116 et 120.

s'en plaignit : a Je désire fort aller à la Malraaison, lui répond TEmpereur, mais il faut que tu sois forte et tranquille : le page de ce matin dit qu'il t'a vue pleurer. Je vais dîner tout seul. Adieu , mon amie ; ne doute jamais de mes sentiments pouf toi ; tu serais injuste et mauvaise ^ »

L'Empereur retourna à la Malmaison. Il y trouva, pendant une heure , tout le charme de leur ancienne existence, et le lendemain il écrivit à Joséphine cette lettre pleine de gracieusetés : « Dimanche , huit heures du soir. — J'ai été bien content de t*avoir vue hier ; je sens combien ta société a de charmes pour moi. J'ai travaillé aujourd'hui avec EstèveV J'ai accordé cent mille francs, pour 1810, pour l'extraordinaire de Malmaison : tu peux donc faire planter tant que tu voudras; tu distribueras cette somme comme tu l'entendras. J'ai chargé Estève de remettre deux cent mille francs aussitôt que le contrat de la maison Julien sera fait'. J'ai ordonné (jue l'on payerait ta parure de rubis , laquelle sera évaluée par l'intendance , car je ne veux pas de voleries de bijoutiers : ainsi , voilà quatre cent mille francs que cela me coûte. J'ai ordonné que l'on tînt le million que la liste civile te doit pour 1810, à la disposition de ton homme d'affaires, pour payer tes dettes. Tu dois trouver dans l'armoire de Malmaison cinq à

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