‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 292 sur 317 · Collection Didot, t. U, p · texte numérisé non relu

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zaiae de février et les premiers jours de man an pthis de rÊlysée» visitée par Napoléon, la cour, le moode des arts^ des lettres- et du haut commerce, comme si elle eût encore régné. Cette conduite de l'Empereur finit par lui procurer le calme que la Malmaison n avait pu lui donner^ et, bien persuadée de la sincérité des sentiments de celui qui voulait être son véritable ami après avoir été son époux , reconnaissante envers lui de la manifestation qu'il en avait surtout faite pendant ces quinze jours^ elle demanda d'elle-même, toujours soigneuse des convenances, à aller passer au château de Navarre le mois d'avril, qui devait voir la nouvelle union de l'Empereur.

Nous ne nous étendrons pas sur ce point. Les faits sont assez connus pour qu'il soit même inutile de les rappeler^ On sait la rupture des négociations avec la cour de Russie, et l'empressement de l' Autriche. Napoléon voulut que le prince Eugène allât de sa part demander au prince de Sch^'artzemberg , la main de Tarchiduchesse Marie-Louise. Il tenait à donner par là à l'Empereur François la preuve que sa fille ne trouverait que de bons procédés dans la famille de sa première fenmie. Le vice-roi , jaloux de prouver aussi, comme au jour de la proclamation du divorce, que rien de personnel n'était dans son cœur, accepta cette mission , mais à une condition i laquelle rien ne put le faire renoncer, c'est qu'il ne serait de la part de TEmpereur l'objet d'aucune faveur impor-

l. Voy. VHiUoin dm Conmiki H de PEmpire, t. XI, p. 365-38^

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tante que Ton eût pu considérer comme le prix de sa conduite, et un dédommagement pour le divorce de sa mère^

Entrée en France le 27 mars , la nouvelle Impératrice des Français arriva le 1 *' avril à Saint«Cloud , où fut célébré le mariage civil ^ et, le lendemain, elle fit son entrée aux Tuileries, où les deux époux reçurent la bénédiction nuptiale : déjà, depuis un mois y rofficialité de Paris avait annulé le mariage religieux de Napoléon et de Joséphine pour vice de forme , comme contracté secrètement et sans Tassis* tance du curé de la paroisse. Le prince Eugène et la reine Hortense figurèrent à leur rang dans une céré-» monie où des yeux malveillants cherchèrent inutilement à lire sur leurs traits des sentiments qu'ils n'éprouvaient point, car ils trouvaient maintenant leur mère plus heureuse, dans sa retraite honorée et paisible, qu'au milieu des agitations d'une puissance depuis plus d'un an incertaine et menacée.

Le divorce accompli, l'histoire de l'Impératrice Joséphine semble finie ; son rôle public du moins est terminé, et c'est une fois parvenus à ce moment de sa vie, que tous les contemporains de TEmpire qui ont écrit sur leur temps, apprécient quelle fut la première femme de Napoléon. Il y a pour son historien convenance et devoir à réunir à l'instant où elle quitte la scène politique les principaux jugements

1. Eu égard ù la situation faite jusque là au prince Eugène par rafTection do Napoléon, on ne peut voir une faveur digne de co nom dans le litre qu'il reçut alors de Grand-duc héréditaire de Francfort.

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dont elle a été Tobjet ; mais pour ne pas moltipUer les citatioiiSy nous ne les demanderons qu'ani souvenirs authentiques des témoins les plus sérieux et les mieux placés pour bien juger.

« Joséphine, à cette époque, écrit M. de Bausset, avait quarante-six ans; il était impossible d'avoir plus dç grâces dans les manières et dans lemaiotien. Ses yeux et son regard étaient enchanteurs, son sourire plein de charmes ; l'ensemble de ses traits et ', sa Toix étaient d'une douceur extrême; sa taille était

noble, souple et parfaite : le goût le plus pur et Télégance la mieux entendue présidaient à sa toilette, H la faisaient paraître beaucoup plus jeune qu'elle ne Tétait en effet. Mais tous ces brillants avantages n*étaieDt rien auprès de la bonté de son cœur. Son esprit était aimable et gai ; jamais elle ne blessa Tamour-propre de personne, et jamais elle n'eut que des choses agréables à dire; son caractère fut toujours é^ et sans humeur. Dévouée à Napoléon, elle lui coouuuniquait, sans qu'il s'en aperçût, sa douceur et sa bienveillance, et lui donnait, en riant, des conseils qui lui ont été plus d'une fois utiles. Au risque de me n^péter, je dirai que, toujours prête à obliger, elle fil coQoaiIre i Napoléon le prix de Tindulgence et de la bonté, et que je ne connais personne qui puisse dir^ quVUe ait refusé un bienfait et les secours dans j loul ce qui pouvait dépendre d'elle. Aussi les béuédic-

^ lions et les vœux la suivirent dans son naufrage, et plus

lard les hautes puissances de l'Europe s empressèrent, par leurs hommagesy de s'unir aux sentiments de toute

la nation. Plus qu'aucune femme que j'aie connue, elle avait ce goût de la société qui, en général, a tant de charmes pour les femmes aussi heureusement partagées. La nature lui avait donné des sentiments toujours vrais, toujours bons. Peu de femmes ont eu au même degré ce sentiment délicat qui les porte à s'oublier elles-mêmes pour ne s'occuper que de Tobjet qui leur est cher ; cette patience, ce courage vrai, cette tranquillité dans l'excès du malheur; cette noblesse de la bienfaisance, qui répugne à toute ostentation ; ces recherches fines et ingénieuses dans la manière de présenter le bienfait; cette suite, cette constance, j'oserai dire, dans la volonté d'obliger; enfin cette sensibilité qui ne lui faisait ambitionner d autre prix que le retour des sentiments qu'elle méritait d'obtenir ^ »

— « L'Impératrice Joséphine, ajoute M. le duc de Rovigo', descendit du rang suprême avec beaucoup de résignation, en disant qu'elle était dédommagée de la perte des honneurs par la consolation d'avoir obéi à la volonté de l'Empereur. Elle quitta la cour, mais les cœurs ne la quittèrent point ; on l'avait toujours aimée, parce que jamais personne ne fut si bonne. Sa prévenance envers tout le monde fut la même étant Impératrice qu'elle l'avait été auparavant; elle donnait avec profusion et avec tant de bonne grâce, qu'on aurait cru être impoli que de ne pas accepter : on ne pouvait entrer chez elle sans en revenir comblé. Elle

4. Mémoires sur V intérieur du palais ^ I. I, p. 375. 2. Mémoires, t. IV, p. 262.

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n*a jamais nui à personne dans le temps de sa puissance; ses ennemis mêmes en ont été protégés; il n\a presque pas eu un jour de sa \ie où elle n'ait demaDdé quelque grâce pour quelqu'un que souvent elle ne connaissait pas, mais qu*elle savait mériter son intérêt; elle a établi un grand nombre de familles, et, dans ses dernières années , elle était entourée d'une peuplade d enfants dont les mères avaient été mariées et dotées par ses bontés. La méchanceté lui reprochait un peu de prodigalité dans ses dépenses : faut-il Ten blâmer? On n'a pas mis le même soin à compter les éducations qu'dle payait pour des enfants de parents indigents; on n'a point parlé des aumônes qu'elle &isait porter à domicile. Toute sa journée se dépensait à s'occuper des autres, et fort peu d'elle. Tout le monde la regretta pour l'Empereur, parce qu'on savait qu'elle ne lui disait jamais que du bien de presque tout ce qui le servait. Elle fut même utile à M. Fouché, qui avait voulu, en quelque sorte, se rendre Tinstrument de son divorce un an pins tôt. »

M- de Meneval, à son tour, s'exprime en ces termes: « Joséphine avait en elle un attrait irrésistible; elle n'était pas régulièrement belle , mais elle avait h grticf plus Mh encore que la beauté^ selon notre bon La Fontaine. Elle avait le mol abandon, les mouve- * nients souples et élégants et la gracieuse négligence

des créoles. Son humeur était toujours égale ; elle était douce et bonne, affable et indulgente avec tout le monde sans acception de personnes. Elle n'avait ni

un esprit supérieur, ni beaucoup d'instruction , mais son exquise politessci son grand usage du monde et de la cour, et de leurs innocents artifices, lui faisaient toujours trouver à commandement ce qu'il y avait de mieux à faire ou à dire. L'Empereur Tavait beaucoup aimée, et conservait pour elle un sentiment d'aiîection qu'avaient fortifié Thabitude et ses attachantes qualités; on eût dit qu'elle était née pour le rôle que lui avait imposé l'élévation du rang où elle était montée avec lui. Associée à sa fortune^ elle l'avait secondé par l'ascendant de sa douceur et de sa bonté; elle avait épousé sa gloire autant que sa personne. Quoique entièrement étrangère à la politique et aux affaires du gouvernement, elle avait concilié à Napoléon, autant qu'il était en son pouvoir^ la faveur des partis. Elle aimait le luxe et la dépense, plus peut-être que n'aurait dû le permettre son humeur bienfaisante; car elle était souvent, à cause de cela, dans l'impuissance de la satisfaire, quoique, dans plusieurs cir« constances, Napoléon eût généreusement réparé les suites de sa trop grande facilité... • L'Impératrice Joséphine mettait dans sa manière d'obliger ou de reconnaître un service", un charme et une délicatesse qui lui gagnaient les cœurs ^... 0

11 faut clore ces citations par quelques passagéâ des souvenirs de Sainte-Hélène, qui, en complétant ceux que nous avons reproduits déjà, fourniront en même temps quelques traits de la physionomie de

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