‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 36 sur 317 · Nouveau tableau de Paris, par Mercier · texte numérisé non relu

Nouveau tableau de Paris, par Mercier

2. François de Beauharnais avait élé désigné dans la réunion de la noblesse de Paris comme député suppléant à l'Assemblée nationale; il n'y entra qu'après le 6 octobre 1789, pour remplacer Lally- Tollendal, qui sortit de France à cette époque. {Mémoires du conUe de LavaleUe, t. U, p. 254.)

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nement peut égarer un instant, mais non perdre à jamais. Séparé de sa femme, ne la voyant plus qu'à travers le prisme d'une lointaine absence, le souvenir de ses charmes, de sa bonté et des jours heureux de leur mariage, avait peu à peu chassé la pénible impression des anciennes querelles.

Mme de Renaudin avait calculé juste; cette séparation complète allait rendre possible une nouvelle et plus heureuse réunion. La vicomtesse de Beauharnais qui avait aimé son mari avec toute la naïve ardeur de ses seize ans, sentit ses illusions revenir à mesure qu'elle recevait de lui des marques d*une tendresse mêlée de repentir , et qu'elle apprenait les succès de cet époux aujourd'hui rendu à toute la sérieuse activité de son intelligence. Son cœur, sa tendresse pour ses enfants , le souci de leur avenir , la rappelaient auprès d'Alexandre : elle fit part à ses parents de son désir de retourner en France.

Pars, avait dit quoique avec peine onze ans auparavant Mme de La Pagerie à son enfant dont elle partageait les espérances; mais aujourd'hui que cette fille, revenue blessée au cœur, avait retrouvé auprès d elle le calme et la guérison, elle la suppliait de rester et de ne pas Tabandonner seule entre son père et sa sœur, depuis quelque temps malades Tun et l'autre, pour aller se jeter dans cette fournaise de Paris qui menaçait de tout dévorer , et où elle n'avait trouvé , une première fois , au lieu des brillantes destinées qu'on lui avait prédites, que les chagrins et l'outrage. M. de La Pagerie, qui avait Cant souffert

(les débats malheureux de cette union ^ quoique se sentant plus gravement atteint dans sa santé qu'on ne pouvait le penser, et qu'il dût craindre, ce qui eut lieu, de ne pas revoir sa Joséphine, la laissa libre dans sa décision.

Mme de Beauharnais s'était déjà dit tout cela à ellemême. Adorée des siens , elle leur rendait avec usure leur vive affection; elle avait surtout pour sa mère une tendresse dont toute sa vie elle lui donna les plus touchantes preuves. Mais Tappel d'Alexandre avait retenti dans son cœur. Ën6n, le devoir parlait; sa place était auprès de son époux. A Paris allaient bientôt surgir les périls et les grandes catastrophes ; là se trouvait le rendez-vous de tous les courages et de tous les dévouements : Joséphine se décida donc à partir et elle mit à profit une occasion que lui offraient les troubles mêmes de la Martinique.

Après le départ du gouverneur, la ville de Fort- Royal s'était organisée révolutionnairement. Une partie de ses habitants avait suivi M. de Damas ; l'autre forma une garde nationale et se joignit aux troupes, et Ton nomma un maire-adjoint, chargé de remplacer le baron de Tascher, toujours retenu prisonnier au fort Bourbon. Mais une chose inquiétait les meneurs de cette révolution , c'était la présence sur rade des quatre bâtiments de guerre composant alors la station navale, placée sous les ordres de M. Durant de Braye , ami de la famille La Pagerie. On avait voulu gagner les équipages; ce fut peine inutile. Les officiers étaient dévoués, le commandant

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résolu; ils surent maintenir les matelots dans le devoir. Ceux-ci, au reste, partis de France depuis longtemps , avaient plus envie de la revoir que de se laisser attarder aux troubles de la Martinique. Voyant qu*il ne pouvait utilement s'immiscer dans cette guerre civile, et désirant rendre fidèles au Roi les vaisseaux qui lui avaient été confiés , Durant deBraje encouragea les dispositions qu'il remarquait dans ses troupes , et il leur fit espérer un retour prochain dans la mère patrie. En même temps, il faisait savoir à la vicomtesse de Beauharnais, dont il connaissait les intentions , que si elle persistait à vouloir quitter la Martinique y il lui offrait un passage à son bord. Celle-ci ne pouvait trouver une occasion plus favorable et plus sûre. Elle n'eut que le temps d'embrasser sa famille qu'elle ne devait plus revoir et de réunir quelques effets, et elle vint prendre place, avec la jeune Horlense, alors âgée de huit ans, sur la frégate la Sensible^ que montait le commandant.

On était alors dans les premiers jours de septembre 1700. Le 4, les capitaines des navires marcliands qui étaient venus en grand nombre hiverner dans le port du Carénage, se présentèrent a la municipalité et demandèrent qu'une députation fût envoyée sur les bâtiments de la station, afin de s'assurer de leurs desseins et d'engager le commandant à les faire rentrer dans le port. La députation eut lieu ; mais par son ton et ses exigences, elle acheva d'indi^ser les équipages. Loin de > ouloir rentrer au Carénage ,

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d'où ils n'auraient pu sortir à leur volonté , les marins demandèrent à grands cris à retourner en France. Durant de Braye , profitant de cet entraînement, fit mettre la députation à terre et ordonna d'appareiller. Les artilleurs du fort Bourbon, avec leur facilité ordinaire, le menacèrent défaire feu sur lui ; il n'en tint compte , et la Sensible se mit en mouvement, suivie du vaisseau V Illustre et d'une corvette : le brick la Levrette resta seul pour faire le service local. Cette petite escadre était encore dans la rade quand elle fut assaillie par l'artillerie du fort, des bastions duquel le baron de Tascher put voir ses deux nièces gagner le large à travers des boulets qui ne devaient point atteindre cette future impératrice et cette future reine, et bientôt cingler à pleines voiles vers la France*.

Après une rapide traversée Mme la vicomtesse de Beauharnais arriva en France dans le courant du mois d'octobre. Elle courut à Paris, et y fut reçue avec une sincère joie par son mari, qu'elle trouvait plus épris que jamais, par son fils Eugène, charmant et timide enfant de dix ans, qui avait de bonne heure conçu pour sa mère un culte auquel son cœur fut toujours fervent, par son beau-père, dont elle n'avait cessé d'être la fille chérie , et par Mme de Renaudin, heureuse comme une mère l'eût été, de

1. Histoire de la Martinique, par M. Daney, l. V, p. 108. — Le baron de Tascher fut, quelque temps après, rendu à la libcrlc, lorii de la prise de posses8i(jn du forl Bourbon, par le nouveau gouverneur de la Martinique, le comte de Béhague.

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voir son neveu et sa nièce revenus enfin aux sentiments des premiers jours de leur mariage ^

1. A la fin du précédent chapitre* nous avons relevé quelquesunes des erreurs accréditées sur la jeunesse de Joséphine. Les dix premières années de son mariage que nous venons de raconter, ont aussi été l'objet des mémos inventions , des mêmes fables, sorties toujours de cette inépuisable source que nous avons signalée. (V. Mlle Lenormant , chap. vi— x.) Il serait trop long de les émimérer. La brouille entre M. et Mme de Bcauharnais y est attribuée à la présence à Paris et aux tentatives du même créole, qui est le personnage essentiel de ce roman obstiné. Non-seulement cetto brouille est dans toute son intensité quand Joséphine se décide à partir pour la Martinique, mais elle dure encore au retour, et il faut tous les efforts d'une amie des deux époux, Mme de Montmorin, pour les remettre ensemble. On sait ce qu'il en fut.

Fidèle à son système, l'écrivain de la Bioyraphie'Michaud adopte d'abord tous les détails fournis par une aussi grave autorité. Pui^ viennent les enjolivements accoutumés. Mlle Lenormant, en attribuant ces querelles de ménage à la jalousie de M. de Beauharnais envers ce fantastique Williams, plaçait même au-dessus du soupçon la vertu de sa jeune femme. Lécrivain de parti n'attend point pour démasquer ses batteries, que Joséphine, par son mariage avec le général Bonaparte, soit devenue une proie politique contre laquelle tout est permis. Dès ces premiers temps, quand elle compte à peine dix-sept ans, il en parie de ce style des pamphlets d'Où Ire-Manche contre Napoléon et les siens, dont les Anglais ont à la fois honte et remords. II montre ensuite la vicomtesse de Beauharnais aux expédients et presque dans la misère ù son retour de la Martinique, ses ressources ayant été en grande partie absorbées par le prix de son passage Or nous avons vu Joséphine revenir sur un bâtiment de l'État, c'est-à-dire gratuitement, et elle était si |>eu aux expédients, que nous trouvons sur les livres de compta de Mme de Renaudin, un total de 17 ^03 fr. envoyés à elle par sa nièce, pendant son séjour dans la colonie, en bonnes traites, pour achats, empiètes, payemenl de pages et de pensions, et remboursement d'anciennes avances. (Arch. de famille.)

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