‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 38 sur 317 · L'n faœ la rue do Poiiicrs · texte numérisé non relu

L'n faœ la rue do Poiiicrs

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femme était en route, il s*était signalé par sa courageuse défense de la conduite de Tancien gouverneur de la Martinique, M. de Bouille, vigoureusement attaqué par la presse et les sociétés populaires, pour sa rude répression de l'insurrection prétorienne de Nancy. Mirabeau et lui firent rendre par TAssemblée un décret qui approuvait le marquis de Bouille, et félicitait de leur bravoure , le directoire de la Meurthe et les gardes nationaux qui avaient aidé le général. Six mois après , Mirabeau mourait emportant^ comme il Tavait dit, le deuil de la monarchie.

L'année comprise entre son arrivée et ia clôture de TAssemblée constituante , fut passée par Mme de Beauharnais sur un théâtre pour lequel elle n'avait point été préparée. Elle eut la sagesse et le bon goût de n'y chercher aucun rôle poH tique, qui, au reste , aurait répugné à sa nature. Elle se contenta de tenir avec un ton dès lors remarqué, son salon, où Ion voyait parfois réunis les membres de l'Assemblée avec lesquels votait son mari, MM. de I^ Fayette, d'Aiguillon^ de Grillon, d'André, de Montesquiou , de Bi- ^ron, etc., c'est-à-dire les membres militaires de ce qu'on appelait le parti constitutionnel , ainsi que les chefs de ce parti, Barnave, Chapelier, Mounier, Thouret et autres. Joséphine avait alors vingt-sept ans, elle était dans tout l'éclat de sa jeunesse et la perfeolion de ses manières ; elle s'altira facilenient les honiuiai:(»s (le cvWv société, où l'on trouvait plus d'animalion , mais encore autant de politesse qu'avant la révolution. Dans le monde de cette époque, la vicom-

tesse de Beaubarnais distinguait plus particulièrement quelques intimes : le comte Mathieu de Montmo^ , rency , le collègue le plus lié avec Alexandre dans TAssemblée; le parent et l'ancien colonel decelui-ci, le duc de La Rochefoucauld ; le marquis de Caulaincourt^ qui déjà depuis longtemps entourait Joséphine des soins et des bons conseils d'une franche amitié; le prince de Salm^Kirbourg et la princesse de Hohenzollem, sa sœur, que la vicomtesse visitait souvent, en retour, dans leur délicieux hôtel , presque un palais , affecté aujourd'hui à la chancellerie de la Légion d'honneur. Mme de Beaubarnais voyait plus fréquemment alors sa tante Fanny , revenue toute triomphante de son voyage d'Italie /et plus ardente que jamais après la prose et les vers, mais se faisant pardonner sa manie par une démonstrative et réelle affection pour sa filleule Hortense. Joséphine avait pris une gouvernante chez elle , Mme Lanoy, chargée de faire, sous ses yeux , la première éducation de sa fille , pendant qu'Eugène étudiait au collège Louis -le-Grand le latin pour lequel il n'avait qu'une médiocre vocation *.

Mme de Beaubarnais aurait pu s'estimer heureuse si de la Martinique ne lui était venue l'une des plus grandes douleurs que son âme pût ressentir. Elle n'avait pas touché la France, que la maladie de son père, aggravée sans doute par cette séparation, avait pris le caractère le plus alarmant, et, le 6 novembre, M. de La Paierie était mort, emporlarit les regrets et restimo

1. Afmiteur du 8 février 1790. — Souvenirs d'un Sexagénaire , f>ar A. V. Arnaull, t. II, p. 293.

de toute la colonie. Un an après, presque jour pour jour y mourait aussi la sœur de Joséphine, et sa mère, comme elle Tavait redouté, se trouva alors seule au milieu de ses Trois-Ilets déserts.

Après quelques mois passés au sein de sa douleur et au milieu d'une trêve politique qui pouvait faire espérer la réconciliation des partis ^ Mme de Beauharnais fut témoin d'une série d'événements qui, en bouleversant la France, allaient aussi exercer leur influence sur la destinée de son mari et sur la sienne. Il faut qu'on nous permette de raconter avec quelques détails ces faits de la Révolution, mais seulement (nous ne recherchons point d'inutiles digressions) en ce qui concerne le rôle du vicomte de Beauharnais. Il est impossible de faire bien connaître l'histoire de la femme sans retracer en même temps celle du mari, car, à cette époque, la vie de l'un est la vie de l'autre ; ils sont unis par une solidarité de périls, de responsabilité et de courage qui fait forcément de leurs deux biographies un seul et même récit. D'ailleurs, on a peu étudié ce rôle de M. de Beauharnais, de 1789 à 1794; il ne fut pas sans importance, ainsi que le lecteur va en juger.

Le 20 du mois de juin 1791 , le malheureux Louis XVI , gêné dans sa liberté, oppressé dans sa conscience, voulut enfin se soustraire à ses cruels embarras par la fuite. Ce même jour, le vicomte de Beauharnais venait d'être porté à la présidence de l'Assemblée nationale, de sorte que, le Roi ayant pour ainsi dire abdiqué, il se trouvait à cet instant le

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principal personnage de l'État. Alexandre de Beaiiharnais fut au niveau de sa situation.

Le lendemain matin , il prit possession du fauteuil d'un air grave et soucieux. On s'attendait à quelque communication importante (la vérité n'était point encore connue), l'attente de l'Assemblée ne fut pas trompée. « Messieurs, dit le président en ouvrant la séance, j'ai une nouvelle affligeante à vous donner. M. Bailly est venu , il n'y a qu'un instant, chez moi, m'apprendre que le Roi et une partie de sa famille ont été enlevés cette nuit par les ennemis de la chose publique *. »

La première impression de l'Assemblée fut la douleur et la consternation ; pendant quelques instants elle garda un profond silence. Mais bientôt les esprits se redressent. Chacun fait sa proposition ; on indique les partis les plus contradictoires, et le président se voit obligé d'interposer son autorité : « Les motions se renouvellent, dit-il, une foule de questions incidentes se succèdent avec rapidité; j'engage les opinants à attendre qu'une question soit vidée avant d'en proposer une autre, p Ces paroles sont entepdues et l'on procède avec le calme et la dignité d'un corps qui représente la nation. Coup sur coup TAssemblée, s'emparant résolument du pouvoir, prit toutes les mesures que pouvait lui inspirer la gravité des circonstances. Elle se déclara, en outre, en permanence jusqu'à la fin de la crise, et chargea son

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