Moniteur du k juillet
Nous retrouvons dans les archives de sa famille cette lettre, datée de VAssemUèc nationale, le lundi 27 juin au soir, et adressée
A M. de Lamethy qui Tavait remplacé comme président, Buccéda M. de Fermont, et, le 31 juillet, en quittant le fauteuil celui-ci annonça , au bruit des mêmes applaudissements, que le scrutin venait d'appeler encore à la présidence Alexandre de Beauharnais. C'était une marque d'affection et d'estime qu'avait voulu lui donner la Constituante , car sous cette présidence allait s accomplir l'acte le plus important de l'existence de cette assemblée, c'est-à-dire la révision, le coordonnement et le vote définitif de la nouvelle constitution de la France.
La discussion s'ouvrit le 5 août : « Je crois inutile de dire à l'Assemblée, fit remarquer le président, que jamais matière n'exigea une attention plus grande et un silence plus profond. » L'avertissement n'était pas inutile. L'Assemblée nationale avait déjà rendu, sur cbaque matière séparément, des décrets organiques dont la réunion en un seul et même acte devait former la constitution. 11 semblait donc qu'il n'y eût plus aujourd'hui qu'à procéder à un simple
à soD père avec cette suscriplion : A Monsieur de Beouhamah^ dbf/ iTenadre^ à Foulaimbleau :
c Je me reprocherais si mas'tuation actuelle que les circonslances critiques ont rendue périlleuse, pénible et honorable plus qu*sucuM autre présidence, m'empiVhail de vous offrir l'expression de me» sentiments. Je suis épuisé de fatigue, mais je trouve des forces dans mon courage et dans resi>érance que, méritant par mon zèle bm partie des éloges qu on m'a prodigués, je peux être utile à U choM publique et au maintien de la tranquillité du royaume. Je vous prie, mon p( re , de recevoir mes hommages et d'agréer TexpresiioD de mon resp«'Cl et de mon lendre dévouement.
« .Mexandre Be.%ciiaiinais b
DE L'IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. . i79
travail de révisioni de classement et de rédaction. Mais la discussion ne tarda pas à renaître. Â chaque instant, on revenait sur le fond, les uns pour reprendre et les autres pour étendre les conquêtes faites sur la royauté. On sait bien qu'on va se quitter et que l'heure suprême approche. De là ces mouvements en arrière et en avant qui menacent à chaque instant de tout détruire : le côté gauche veut introduire dans la constitution plus d'éléments démocratiques et le côté droit plus d'esprit monarchique. Après plus d'un débat orageux, la constitution fut enfin votée telle que le comité l'avait proposée. C*est la monarchie qui l'emporte de nom , mais on sent la république fermenter sous les pieds. La Constituante vient de décréter pour la France un souverain inviolable et libre, pendant qu'elle laisse aux Tuileries un roi surveillé et que l'on punira comme responsable. Durant la période la plus orageuse de cette discussion , laquelle correspondit à sa présidence , M. de Beauharnais fit preuve de la même lucidité et de cette ferme impartialité qui Tavait signalé déjà. Sa présence d'esprit ne se démentit point pour répondre à toutes les députations qui venaient apporter à la Constituante leurs dernières félicitations sur son œuvre proclamée impérissable. Les réponses d'Alexandre de Beauharnais, un peu déclamatoires comme tout ce qui émanait de lui, résonnent fréquemment des grands mots de droits du peuple, de patrie, d'indépendance nationale, de bonheur de rinimanité; mais ce langage était sincère chez lui,
cap jamais âme plus franche n'aima avec plus de passion la France et la liberté.
De ses réponses, nous ne voulons en relever qu'une; elle fera connaître au vrai cette généreuse nature, à laquelle n'ont pas été épargnés les reproches comme à tous les hommes modérés de cette mémorable époque ^ contradictoirement accusés d'à* voir été ou trop ou trop peu révolu tiopnaires.
La veille du jour où devait finir sa présidence, le 12 août, une dame Guillin s'était présentée à M. de Beauharnais pour obtenir justice du meurtre de son époux égorgé dans les environs de Lyon, sous prétexte de conspiration. Ému par les détails de cet acte sauvage, le président voulut, dans l'espoir d'empêcher le retour de semblables excès, que la femme de la victime vînt les Faire connaître elle-même à l'Assemblée, u Messieurs, rlit-il le lendemain avant de quitter le siège de la présidence*, une citoyenne, dont le mari a été victime d'une insurrection, dont les possessions ont été pillées, dont la maison a été brûlée, dont le beaupère, presque septuagénaire, est en prison depuis dix mois, demande à paraître à la barre et à offrir son hommage et sa pétition à TAsseniblée nationale. »
Admise à la barre, Mme Guillin fit à la Constituante le récit de ses malheurs, et déposa sa plainte entre les mains du président, qui, après avoir consulté l'Assemblée, la renvoya au comité des rapports pour y faire droit. Puis, s'adressatit à la malheureuse