Moniteur du 16 août
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veuve : a Madame (lui dit Alexandre de Beauharnais), au milieu des marques flatteuses d'approbation générale qui ont encouragé l'Assemblée nationale dans ses infatigables travaux, elle n'a pu se dissimuler que des malheurs particuliers avaient altéré cette révolution. Ces désastres ont affligé les bons citoyens; ils ont servi d'excuse à Téloignement que des hommes paisibles ont montré pour le changement d^un régime proscrit par la raison, par les lumières de notre siècle, mais sous lequel du moins ils voyaient protéger le sommeil de l'esclavage.
M Les ravages, soit qu'ils aient été commis ou par une criminelle exaltation, ou par de vils brigands, ou par les perfides menées des ennemis de la patrie, sont en horreur à la nation ; ils ont fait frémir l'Assemblée nationale et mêlé d'amertume le sentiment de la pureté de ses intentions et l'orgueil de ses succès.
a 11 n'est point de sacrifices ni de dangers au prix desquels elle n'eût voulu acheter ce passage sans convulsion d'un état où la douceur des mœurs tempérait l'influence du despotisme, à un état où elle pouvait espérer de perfectionner les mœurs par l'effet d'une constitution libre. Son espoir sera comblé; mais la certitude de voir un jour ses vœux remplis ne la rend point insensible à votre douleur. Que cette assurance soit un soulagement à vos maux! Oui, l'Assemblée partage vos regrets; à la vue de vos larmes elle se sent émue et paye avec satisfaction un tribut à la nature, en recueillant avec soin les accents touchants de la vertu malheureuse. »
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Noble langage; manifestation courageuse, on ne saurait le nier, car M. de Beauharnais l'avait recherchée par devoir et sans y être précisément obligé. Il a semblé deviner les désastres qui ensanglanteront la France, et il a voulu mettre à profit sa dernière heure de pouvoir afin de donner au pays, du haat de son siège y un salutaire avertissement.
Après avoir définitivement voté, dans sa séance du 3 septembre, cette constitution qui devait vivre des siècles et ne dura qu'un jour, l'Assemblée nationale à la fin de ce mois se sépara, laissant la place à la Législative qui se réunit dès le lendemain. Avide de repos, M. de Beauhamais se retira avec sa femme et ses enfants, en Sologne, à la Ferté-Beauharnais, attendant maintenant avec plus de résignation que d'illusions ce que la Providence déciderait de la France, de sa famille et de lui.
Mais les temps n'étaient point au repos et à l'intimité de la famille. L'heure des (grands devoirs et des grandes crises allait sonner. L'Assemblée législative, composée de tous les hommes nouveaux, ardents, convaincus, siégeait à peine depuis quelques mois, que la royauté, désarmée par la Constituante, était bientôt annihilée, puis avilie, en attendant qu'elle fut entièrement supprimée. Les Girondins étaient arrivés au pouvoir. L'Europe menaçait la France. h\ France releva le gant; la patrie fut déclarée en danger, et tous ceux que le patriotisme animait et qui pressentaient avec horreur les excès sanguinaires où le pays allait tomber, accoururent dans les camps,
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aimant mieux les glorieux périls du champ de bataille que la lutte fratricide de la rue.
Les premières armées dirigées sur la frontière, au commencement de Tannée 1792| furent commandées par Rochambeau et Luckner. Alexandre de Beauharnais, qui aimait à la fois la gloire et sa patrie, s'empressa de s'arracher à ses affections et à la retraite, pour venir se ranger sous leurs ordres. Il fut attaché à Tannée du Nord, commandée par le maréchal Rochambeau. Avant de quitter la Ferté-Beauharnais , il adressait à son père, à Fontainebleau, ces lignes touchantes qui font voir qu'il connaissait bien la gravité de la situation : « Nous commençons une année critique qui me destine à de nouveaux dangers, mais j'y suis tout familiarisé et toutes mes sollicitudes •ont pour votre repos. Mes efTorts et Tinfluence que j'ai dans mon département ont réussi à maintenir Tordre public : puisse celui que vous habitez être de même, puisse la France entière être prochainement aussi tranquille.... Accueillez donc, mon père, avec bonté, mes vœux pour votre bonheur, et donnez-moi, en retour, à porter aux hasards de la guerre votre sainte bénédiction \ » II prend, en signant, la qualité d'adjudant de la 22'' division.
Alexandre de Beauharnais rejoignit bientôt Tarmée du Nord : en avril, nous le voyous à Valenciennes, employé dans le troisième corps sous les ordres du maréchal lui-même*, et, lors de la déroute de Mons,