Archives du conseil. Registre 4. page
2. Registres de» baptêmes de la paroise»e au CarbeC. — ArchÎTes d-5 famille.
DE L*iMP£RATIUG£ JUSfiPHlME. 7
propriétés assez importantes situées au Garbet^ à Sainte-Marie, et dans l'île voisine de Sainte-Lucie. Successivement père de deux garçons et de trois filles, M. de Tascher put Içur donner toute l'éducation que comportaient les ressources offertes alors par la colonie. U n*avait pas rompu ses relations avec la France, où son frère arrivait à une position qui lui permettait d'être utile aux siens. Lorsque ses deux fils eurent atteint leur adolescence, M. Tascher de La Pagerie se décida à les envoyer à l'abbé d'Abbeville, atin qull les dirigeât vers la carrière militaire, où les rappelait le passé de leur maison. Le crédit de cet oncle et leur nom valurent aux jeunes La Pagerie, Tun en 1 750, Fautre en 1 754, leur admission parmi les pages de la seconde Dauphine, Marie-Josèphe , fille du roi de Pologne'. C'était là une école où Ton se formait à la vie de cour, à l'obéissance et à la ponctualité. Parvenus à dix-huit ans, les pages recevaient une commission d'officier dans l'un des corps de l'armée ou dans la marine. En sortant du service de la Dauphine, au bout de cinq ans, Joseph de Tascher, l'ainé des deux frères, désireux de revoir et d'aider sa famille, demanda et obtint sa nomination comme sous-lieutenant dans une compagnie franche de la marine destinée pour la Martinique. Son frère, Robert-Marguerite , plus jeune que lui de cinq années, entra plus tard, en qualité de garde, dans la marine propre-
1 . Les preuves faites par les deux frères pour entrer aux pages se voient dans les minotes originales de Pierre d'Hozier. (Cabinel des manoscrits de la Bibliothèque impériale.)
ment dite \ Les deux frères se promirent une inviolable amitié, une mutuelle assistance, et des efforts constants pour relever le lustre aujourd'hui éclipse de leur maison.
Dans le courant de Tannée 1755, Joseph de La Pagerie revint au sein de sa famille avec cette première épaulette qui donne tant de joie et tant d espoir. Il avait alors vingt ans, il venait de la cour, et en se livrant avec ardeur à son état qu'il afTectiounait, il pouvait se flatter de faire un rapide et brillant chemin dans les armes spéciales de nos colonies que la guerre allait visiter bientôt. Deux de ses sœurs ne tardèrent pas à trouver, à la Martinique, d'honorables établissements : Tune, Marie-Paule, épousa M. Le Jeune du Gué, ancien mousquetaire et chevalier de Saint-Louis, et l'autre, iMarie-Euphémie -Désirée, M. deRenaudin, fils de Michel de Renaudin, ancien lieutenant dans le régiment du Dauphin, également chevalier de Saint-Louis, et commandant des milices de son quartier. Venue de bonne heure de France, où elle s'était distinguée dans les armes, et avait même compté parmi ses membres un lieutenant général , cette dernière famille figure, dans plusieurs documents, au nombre des notables de la colonie'.
Lorsque le jeune Tascher de La Pagerie revit la Martinique , des bruits de rupture avec l'Angleterre
1. États de service des deux frères (dossier Tascher de La Pagerie; aux Archives du ministère de la marine.
2. Archives du greffe du tribunal de Fort*de-France. — Actes de la paroisse du Lamentin, du 8 mars 1759.
DE L'IMPËRAÎRICE JOSÉPHINE. 0
s'étaient déjà répandus en Europe. La paix menteuse d'Aix-la-Chapelle fut de courte durée. Les hostilités maritimes I un instant suspendues, ne tardèrent pas à recommence avec une nouvelle vivacité entre les deux nations. Enfin, au mois de juin 1755, la guerre fut formellement déclarée : elle allait s'étendre sur le plus vaste théâtre, embrassant à la fois les mers de rinde, l'océan Atlantique, le golfe du Mexique et la mer des Antilles, où la France possédait ses plus riches colonies.
La Martinique manquait de troupes, mais les co-^ Ions, réunis en milices sous les ordres du gouverneur général M. de Bompar, se préparèrent à recevoir vigoureusement Tennemi, qui annonçait surtout de mauvais desseins contre leur île, cette reine enviée des petites Antilles. Afin de la mettre à l'abri d'un coup de main, le gouverneur ordonna l'établissement de plusieurs batteries nouvelles près de la ville de Fort-Royal, où se trouve le port militaire de la colonie. Le jeune de La Pagerie fut employé à ces travaux, et l'intelligente activité dont il fit preuve dans cette circonstance fut récompensée par le grade de lieutenant en premier des canonniers-bombardiers de la côte\
Mais le ministère ayant, sur sa demande , rappelé M. de Bompar, pour lui confier un commandement important à la mer, on envoya à la Martinique le marquis de Beauharnais, qui y arriva, accompagné de
1. États de service de M. Tascher de La Pagerie. (Archives du ministère de la marine.)
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8a femme, le 13 mai 1757. Le 31 da même mois, le nouveau gouverneur vint , selon rusage^au conseil souverain pour y faire enregistrer ses pouvoirs, conçus dans les termes les plus flatteurs pour lui et les plus rassurants pour la colonie. La commission de M. de Beauharnais rétablissait lieutenant général des îles de la Martinique, de la Guadeloupe, Marie-Galante, Saint-Martin 9 Saint-Barthélémy, laDésirade, la Dominique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, Gayenne et ses dépendances, avec Tautorité supérieure sur tous les gouverneurs particuliers de ces diverses colonies \ Le nom de Beauharnais, destiné à la célébrité et à
1. Dans les lettres patentes qui Tinvestissaient de son important commandement, le roi s'exprimait ainsi : « Étant nécessaire de pourvoir au gouvernement général de nos Iles d'Amérique, nous avons cra ne pouvoir faire un meilleur choix pour remplir cette importante charge que de notre très-cher et bien-aimé le marquis de Beauharnais. Les services distingués qu'il nous a jusqu'à présent rendus, et les preuves de valeur, de zèle, d'expérience et de capacité qu'il a données en toutes occasions, dans les différents détails auxquels il a été employé, nous sont des gages assurés du succès avec lequel il remplira tous les objets de son gouvernement, à notre satisfaction et à l'avantage des colonies qui en dépendent. •• (Registres du conseil souverain de la Martinique, de l'année 1757.)
Le dossier du marquis de Beauharnais, aux archives de la marine, renferme la minute du rapport fait au roi en conseil, relativement au remplacement de M. de Bompar : c On propose pour le remplacer, dit le ministre, le sieur de Beauharnais, capitaine de vaisseau et major de la marine à Rochefort. C'est un sujet aimé et estimé dans son corps. 11 est d'un caractère doux et liant; il a du talent. Il s'est toujours conduit avec beaucoup de sagesse ; il a bien rempli toutes les missions dont il a été chargé, et d'ailleurs son nom est au^si C'Onnu dans le service des colonies que dans celui de la marine. » Le roi avait écrit au bas de ce rapport le mot bon sur le vu duquel étaient expédiées les lettres de nomination.
D£ L*1MPÉRATA1C£ JOSÉPHINE. H
une si éminente fortuoe, était alors Tun des beaux noms de la marine française. Issu d'une honorable famille de la ville d'Orléans ^ plus considérable par ses richesses, ses grandes alliances et ses hauts emplois j que par son ancienneté , le nouveau gouverneur général de la Martinique y arrivait avec le prestige des services surtout rendus à TÉtat par la dernière génération de sa maison. En effet, depuis le commencement du siècle seulement, les fastes de la marine avaient eu à enregistrer le nom de son père et celui de quatre de ses oncles, servant tous à la fois la France sur les mers ou dans les colonies : Jean de Beauharnais de Moulon, lieutenant de vaisseau ; Claude de Beauharnais, chevalier de Saint-Louis et capitaine de vaisseau, en 1 727 ; Guillaume de Beauharnais, dit le chevalier de Beau ville, capitaine de vaisseau en 1734; François de Beauharnais, baron de Beauville, successivement commissaire de marine, intendant de la Nouvelle-France (Canada), appelé en la même qualité à Rochefort, et enfin, en 1739> intendant général des armées navales ; Charles, appelé le marquis de Beauharnais, tour à tour capitaine de vaisseau, chef d'escadre, chevalier de Saint-Louis, gouverneur de Québec, lieutenant général pour le roi au Canada, en 1726, commandeur de Saint Louis, et finalement, en 1748, lieutenant général des armées navales; sans compter un oncle par alliance, Michel Begon de IjSl Picardière, mari de Jeanne de Beauharnais, mort en France, inspecteur général de la marine, après avoir été intendant au Canada et premier pr^-
it HISTOIRE
Bident du conseil souverain de cette colonie \ Chose rare assurément que cette entrée de toute une famille dans une même carrière au service du pays. La profession de marin était donc naturellement indiquée au marquis François de Beaubarnais, chef alors de sa maison, devenu capitaine de vaisseau/ et, ainsi qu^on Ta vu y major de la marine à Rochefort, pendant que son frère Claude, après avoir commandé Fartillerie au Canada, naviguait au loin avec le grade de lieutenant de vaisseau qu'il devait successivement échanger contre "celui de capitaine et de chef d'escadre*.
1. Archives du ministère de la marine. (Dossier Beaubarnais.) — Archives de famille.
2. Un autre grand-oncle du gouverneur de la Martinique a été ce Jacques de Beaubarnais, seigneur de Miramion^ conseiller au parlement de Paris, dont le nom a été surtout connu par la grande piété de sa veuve. C'est à elle que Ton doit la fondation des filles de la Sainte-Famille, qui, réunies à celles de Sainte-Geneviève, furent appelées Mxramionnes. (Voy. l/^moiresdeTallemant des Beaux, éd. in-12; t. IX, p. 23^.) «Pour Mme de Miramion, cette mère de l'Église (écrivait le 29 mars 1696 Mme de Se vigne en annonçant sa mort), ce sera une perte publique. >
Le fait qui commença la réputation de Mme de Miramion est l'enlèvement dont elle fut l'objet de la part de cet audacieux Bussy, qui, par sa conduite, préludait à VHistoire amoureuse des Gaules. On trouve dans les Mémoires de Mlle rx)chelet (t. I, p. 138), un piquant récit de cet événement, mis par le chroniqueur dans la bouche de la reine Hortense :
c Quelqu'un , dit la lectrice de la reine , m'avait beaucoup parlé d'une curieuse collection de portraits qui était enfouie dans un vieux château (à Époisse) , où Bussy-Rabutin avait passé le temps de son exil , sous le règne de Louis XIV. Gomme nous passions fort près de ce château , et que je désirais que la reine pût se distraire, je rengageai beaucoup, elle qui aimait tant les art», à venir voir cette collection si vantée. Elle y consentit. Nous nous dirigeâmes donc vers
La colonie devait donc bien augurer d'un gouverneur, bon marin lui-même, et qui lui arrivait entouré d'une telle notoriété. Mais les colonies avaient étéy à cette époque, trop négligées par la métropole. Les écrivains locaux font un tableau pitoyable de la situation de la Martinique, et, en particulier, de la ville de Fort-Royal, à la fois la forteresse et la clef du pays, et dont la garnison ne s'élevait pas à plus de
le château de Bussy-Rabutin. Nous entrâmes dans une avenue fort soignée : c C'est ici, me dit la reine, qu'une de mes arrière-tantes f Tut amenée de force et délivrée par un La Rochefoucauld. — Gomc ment, madame? m'écriai-je ; racontez-moi, je vous prie, une hisc toire dont je n'ai nulle idée. — C'est un hasard, me dit la reine, f que j*en sois instruite; car de notre temps on n*est pas très-savant K sur sa généalogie. Depuis que je suis reine, j'ai tant de parents, s que je les accueille sans beaucoup d*examen; mais je sais avec a certitude que, sous Louis XIV, une Mme de Miramion, qui était ff Beauharoais par elle ou par son mari, je ne me rappelle plus po- « sitivement, devint veuve à Tâge de quinze ans; elle était immenff sèment riche, et il prit fantaisie à Bussy-Rabulin, qui ne pouvait K obtenir sa main, de la faire enlever; il y réussit et la fît amener c dans ce^ château, qui lui appartenait. Désespérée de se trouver 1 bientôt en son pouvoir, elle fit le vœu, si elle était assez heureuse i pour échapper pure des tentatives dont elle allait être Tobjet, de <: consacrer sa vie et sa fortune à Dieu. Elle était déjà dans cette r avenue ; il faisait nuit : elle distinguait les lumières du château, et t il est facile de se faire une idée de ses angoisses, lorsqu'elle enf. tendit un bruit de chevaux et d'hommes armés; c'étaient ses libé- « rateurs. Un La Rochefouchauld, instruit de cet enlèvement, avait « réuni quelques gentilshommes des environs, et ils arrivèrent à e temps pour la sauver des griffes de Bussy-Rabutin. Elle fut rame- « née à Paris. Elle consacra sa vie à Dieu et aux bonnes œuvres, c Par son immense fortune, elle aida même Louis XIV dans un moc ment où ses finances étaient embarrassées; ensuite elle fonda la c Salpètrière et plusieurs autres établissements d'utilité publique, « et moamt, à moitié sainte, abbesse du couvent des Miramionnes, c qu'elle avait fondé. 9
cinq cents hommes \ M. de Beauharnais s'empressa de signaler le mal au gouvernement qui lui promit ties secours qu'on ne lui envoya point. On se flattait que les anglais, fortement engagés au Canada, dans rinde et en Europe, n'auraient ni le temps ni les moyens de diriger une expédition sérieuse contre les îles du Vent. Mais le gouverneur général apprenant les grands préparatifs qu'ils faisaient à la Barbade contre nos Antilles, et notamment contre la Martinique, ne s'abandonna point, et chercha à tirer le meilleur parti possible des faibles ressources qu'il avait sous la main. Il prodigua les encouragements aux corsaire de l'île, dont l'heureuse intrépidité faisait à l'ennemi plus de mal que nos escadres; il réorganisa les milices locales, toujours pleines de bravoure, mais trop souvent indisciplinés; il se consulta fréquemment avec les principaux habitants et les officiers des diverses armes placées sous son commandement; il donna des ordres pour la mise en état des , fortifications destinées à couvrir Fort-Royal et Saint-Pierre, et un plan général de défense fut arrêté en prévision des événements *.
Ce fut dans cette circonstance que le marquis de Beauharnais fit la connaissance de la famille de La Pagerie. Parmi ceux qui secondèrent le mieux son administration , se trouvaient M. de Tascher, le fils de celui-ci, toujours lieutenant des canoniers, et
1 . Études hi^itotiques et 8t(tti$tique$ sur la population de la Marti' nique, par M. le docteur Rufz. Saint-Pierre, 1854, 1. 1, p. 276.