‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 80 sur 317 · Mémorial, \" partie, p · texte numérisé non relu

Mémorial, \" partie, p

2. Napoléon et M arie^ Louise ^ souvenirs historiques de M. le baron de Mennevai, ancien secrétaire du portefeuille de Napoléon, premier Consul et Empereur, ancien secrétaire des commandements de l'Impératrice-Régente. Paris, 1S44, Amyot, lib., 1. 1*', p. 202.

Mme de Beauharnais voulut savoir ce qu'on en disait. M. Raguideau ne lui cacha pas que ses amis voyaient avec peine son union avec un militaire sans fortune, plus jeune qu'elle, qu'il lui faudrait soutenir au service, et qui pouvait être tué à Tarmée, et la laisser au dépourvu avec des enfants'. Mme de Beauharnais lui demanda si c'était aussi son avis. Il n'hésita pas à répondre affirmativement, ajoutant qu'avec sa fortune (elle avait 25000 francs de rente), elle pouvait faire uo mariage plus avantageux et qu'il se croyait, en conscience, obligé de lui faire ces représentations, dictées par son devoir, comme investi de sa confiance, et par l'intérêt qu'il lui portait. Il finit par dire, emporté par son zèle, que cet officier était, sans nul doute, un homme très-recommandable, mais qu'enfin il n'avait que la cape et l'épée. Mme de Beauharnais le remercia de ses conseils ; elle appela ensuite, en riant, le jeune homme qui était resté debout devant la fenêtre, jouant sur les carreaux avec ses doigts, et qui n'avait paru prêter aucune attention à l'entretien qui venait d'avoir lieu. Il n'est pas nécessaire dédire que ce jeune homme était le général Bonaparte. — Général, lui dit Mme de Beauharnais, avez-vous entendu ce que vient de dire M. Raguideau ? — Oui , répondit-il ; il a parlé comme un honnête homme, et ce qu'il vous a dit me donne de l'estime pour lui. J'espère qu'il continuera à se charger de nos affaires, car il m'a disposé à lui accorder ma confiance. —

l . Ceci prouve qu'aux yeux de plusieurs le général Bonaparte semblait faire un meilleur mariage que Mme de Beauharnais.

M. Raguideau, apprenant, par ce qu'il venait d'entendre, quel était ce jeune homme qu'il ne connaissait pas, fut un peu d^eoneerté. Il n'eut pas, au reste, à se repentir de sa franchise. Napoléon tint les promesses du général Bonaparte : il le nomma notaire de la Liste civile, le traita toujours avec bienveillance, et ne lui reparla jamais de la circonstance à laquelle il devait de l'avoir connu. »

Les chroniqueurs ont ajouté à cette anecdote, et, pour la rendre plus piquante, on a dit que, lors du couronnement. Napoléon, revêtu de son manteau impérial, et portant à son côté Tépée sur la garde de laquelle était montéje diamant le Régent^ avait voulu se donner le plaisir de faire venir M. Raguideau, pour se montrer à lui dans tout Téclat de sa puissance, ajoutant malicieusement: Raguideau, voici la cape et voici Vépée! M. de Menneval dément ces derniers détails : « Je regrette d'avoir à dire, ajoute-t-il, que cette petite vengeance, si spiriluellement imaginée, n'est pas venue à l'esprit de l'Empereur, alors occupé de pensées plus graves. » Et c'est ce qu'on croira sans peine.

Décidée enfin à se remarier, Joséphine chargea Mme Campan de faire connaître à ses enfants cette détermination, aimant mieux employer un intermédiaire que de leur annoncer elle-même qu'elle allait changer de nom. Hortense et Eugène adoraient leur malheureux père et devaient tenir à son nom honorable. Pouvaient-ils se douter ensuite de la splendeur à laquelle était réservé celui que leur mère était sur

le point de prendre? Ils se montrèrent fort affligés de penser qu'ils allaient avoir un beau-père. Mais ils comprirent que c'était surtout pour eux que leur mère se remariait, et le général Bonaparte en leur prodiguant toutes les marques d'une vive tendresse, aida facilement celle-ci à les ramener*.

Les publications du mariage de Bonaparte et de Joséphine eurent lieu à la mairie du deuxième arrondissement de Paris dans lequel demeurait Mme de Beauharnais , et la célébration en fut indiquée au 19 ventôse, correspondant au 9 mars 1796. Quinze jours auparavant, Napoléon reçut enfin ce titre de général en chef de l'armée d'Italie qu'il allait entourer de tant de gloire. La nomination est du 22 février. La veille, à l'Opéra, Barras en avait complimenté Mme de Beauharnais. Néanmoins, dans Tacte de célébration de son mariage, Bonaparte prend encore la qualité de général en chef de l'armée de l'intérieur. Peut-être sa commission ne lui avait-elle pas été délivrée encore, ou plutôt, ne pouvait-il prendre son nouveau titre qu'après avoir été reconnu par l'armée qui lui était confiée, son prédécesseur devant la commander jusqu'à son arrivée au quartier général.

1. Correspondance de Mme Campan avec la reine Ilortense; Introduction, p. XIV. c Six mois après (l'entrée d'Hortense à Saint-Germain), Mme de Beauharnais vint me faire part, dit Mme Campan, de son mariage avec un gentilhomme corse, élève de TÉcole militaire, et général. Je fus char{j;ée d*apprendre celte nouvelle à sa fille, qui s'affligea longtemps de voir sa mère changer de nom. » (Tiré du Mémoire de Mme Campan cité et analysé dans la notice de M. Barrière placée en tête des Mémoires sur Marie^ Antoinette.)

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L'acte du second mariage de Joséphine contient quelques mentions qui méritent d'être relevées. Rédigé par le sieur Leclercq, officier public de l'état civil du deuxième arrondissement, il constate que les témoins du général Bonaparte furent le directeur Barras, comme membre du gouvernement et son chef de Vendémiaire, et le capitaine Lemarrois, aide de camp du général. Nous avons vu, par les fragments de sa correspondance, que Bonaparte en avait plusieurs ; mais il avait probablement donné la préférence au capitaine Lemarrois, parce que c'est cet officier qui, en introduisant le jeune Beauharnais auprès de son général , avait été la cause occasionnelle de son mariage avec la mère de cet enfant. Les témoins de Joséphine furent Tallien, à qui celle-ci avait voué de la gratitude pour sa mise en liberté et la restitution d'une partie de sa fortune, et un sieur Galmelet, qualifié d'homme de loij ami particulier et conseil de la famille Beauharnais \

On donne aux époux les noms de Napolione Bonaparte ^ prononciation italienne de ce nom dans quelques mois si retentissant, et de Marie-Joseph- Rose de Tascher. Le général est dit domicilié rue d'Antin, ce qui était sans doute son domicile particulier, car, comme commandant en chef de l'armée de l'intérieur, il logeait alors au quartier général de la division militaire, rue des Capucines, dans un hôtel occupé depuis par les archives du ministère

1. Souvenirs historiques de M. le baron de Menneval, t. 1*% p. 340. — Nous donnerons cet acte à la fin de l'ouvrage.

des affaires étrangères '. Le domicile de Joséphine est indiqué rue Chantereine, dans ce petit hôtel devenu historique, d'où, quatre ans plus tard, sortira tout armé le Dix-huit Brumaire, pour répondre à la voix de la France en péril.

Mais la particularité la plus remarquable offerte par Tacte de célébration de Tofficier de l'état civil, est celle qui concerne Tâge des deux époux. Le sieur Leclercq leur donne à Tun et à Tautre, vingthuit ans. Napoléon étant né, dit-il, à Ajaccio, le cinq février mil sept cent soixante-huit y et Marie- Joseph-Rose de Tascher, à la Martinique, le vingttrois juin mil sept cent soixante-sept. Or Napoléon est réellement venu au monde le 15 août 1769; il avait donc, au 9 mars, jour de son mariage, vingtsix ans sept mois et non vingt-huit. Quant à Joséphine, née le 23 juin 1763, elle avait trente-deux ans et demi au jour de son second mariage. C'est donc en vieillissant Napoléon de dix-huit mois et en ôtant quatre ans à Mme de Beauharnais, que Ton était arrivé à assigner aux deux conjoints, un âge à peu près uniforme.

Ce qui a lieu de surprendre, c'est que TolBcier public prétende tenir sous ses yeux et avoir lu aux parties et aux témoins, les actes de naissance sur lesquels il aurait pris ces dates erronées. Nous dirons comme l'ancien et véridique secrétaire de Napoléon : « Il fut procédé à cet acte civil, avec une

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