‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 83 sur 317 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Premières victoires de Bonaparte. — Lettres d'amour du général à sa femme. — Joséphine va retrouver son mari en Italie. — Glorieuse existence des deux époux. — Le général Bonaparte vainqueur de quatre armées autrichiennes. — Préliminaires de Léoben. — Cour de Montebello. — Paix de Campo-Formio.

Nous l'avons dit, nous ne voulons point, à propos de la biographie de Joséphine, refaire l'histoire de rhomme prodigieux au sort de qui elle venait de lier sa destinée. Que dirions-nous, au reste, qui ne soit connu de tous et pour les siècles. Début merveilleux ! Ce général qui n'a pas vingt-sept ans, arrive au milieu de Tannée d'Italie réduite à une périlleuse défensive, et, dès qu'il se montre, il est reconnu pour maître par ce vieux Schérer qu'il vient remplacer, et par tous ses aînés en services et en gloire, Kellerman, Kilmaine, Augereau, Masséna, Laharpe, Serrurier, etc. Il parle, on l'écoute avec déférence ; il commande, on obéit; il punit et Ton courbe la tête; il combat, et on Tadmire. Ses soldats sont sans pain, il sait les nourrir;

ils sont sans chaussure, et^ sur un geste, ils' accomplissent ces marches forcées, hardies, imprévues, qui forment le fond de sa stratégie, de cette science nouvelle de la guerre, qui renverse les règles anciennes et prend Tennemi toujours en défaut. Son armée enfin est dans sa main comme un coursier ardent et docile; il l'électrise de sa parole, la fascine de son regard et aux moments solennels, Tenlèvepar son exemple^ Un éditeur vraiment national a eu Theureuse idée

de réunir sur cette première campagne d'Italie la correspondance entière de Bonaparte avec les généraux placés sous ses ordres, avec les divers gouvernements de la péninsule et les agents diplomatiques de la France accrédités auprès d'eux, avec le Directoire de Paris et les illustrations de Tépoque*. Il est impossible de lire cet admirable recueil dans lequel sont cotés, jour par jour, les plans, les opérations et les triomphes du général Bonaparte, sans s'associer aux acclamations de la France et de l'Europe entière émues du bruit de ces victoires retentissantes, de ces

1. c Depuis longtemps, lui écrit Masséna, vous connaissez la justice que je rends à vos talents militaires. (Lettre du 29 mars 1796, collection Panckouke, t. l", p. 23.)— Le lendemain (ibid.^ p. 25), c*est au tour d'Augereau : c Je me félicite, ajoute-t-il, d'être sous vos ordres, connaissant votre civisme et vos talents militaires. » On voit par là que la réputation de Bonaparte était bien faite, et que sa nomination au commandement de l'armée d'Italie paraissait toute naturelle à ses frères d'armes.

2. Correspondance inédite , officielle et confidentielle de Napoléon Bonaparte avec les cours étrangères, les princes, les ministres et les généraux français et étrangers en Italie, en Allemagne et en Egypte. Paris, 1819, chez Panckouke. 7 vol. in-8.

noms immortels : Millesimo, MontenottC; Mondovi, Lodiy Rivoli, Arcole, etc. Mais c'est surtout dans les relations du jeune général avec les membres du Directoire, hier ses protecteurs, aujourd'hui ses égaux, demain ses protégés, qu'éclatent» soit qu'il approuve, qu'il conseille ou qu'il blâme, cette hauteur de vues, cette profondeur politique, cette assurance de soi, ce don du commandement, enfin, qui constituent la nature de ceux que Dieu semble avoir institués les dominateurs des hommes, et ont fait le prestige des Alexandre, des Annibal, des César, des Gharlëmagne comme des Napoléon.

Parti de Paris le 21 mars, le général Bonaparte arriva, le 27, à Nice, où se trouvait le quartier général de Tarmée dont il allait prendre le commandement. Après s'être fait reconnaître, il concentra aussitôt ses troupes et se mit en mesure de reprendre l'offensive. Les vingt premiers jours d'avril se passèrent sans que le Directoire eût aucune nouvelle des opérations du jeune général, et ses ennemis, car il en avait, puisque déjà il comptait des jaloux, commencèrent a le taxer, lui de présomption et le gouvernement d'imprudence. Les lettres qu'il écrivait à sa femme, toutes pleines des expressions de son amour, ne lui parlaient point de ses dispositions militaires, de sorte que, le 21 avril, elle apprit, en même temps que toute la France, la première victoire de son mari, datée de Montenotte. Mais, à partir de cette date jusqu'au 20 mai, ce fut pour Mme Bonaparte

une succession non interrompue d'émotions glorieu- 1 20

ses et d'hommages personnels qui firent d'elle, à PariSy la femme la plus honorée^ la plus fêtée et la plus heureuse. Chaque jour, par les communications directes que lui faisait le gouvernement, par les messages du Directoire aux deux Assemblées, et la publication dans le Moniteur des rapports du général en chef de l'armée d'Italie, elle était tenue au courant de tous les détails de la marche et des opérations de son époux dont chaque pas était une victoire. Rien ne vaut, pour connaître ce brillant moment de la vie de Joséphine et de Texistence de la France, comme un coup d'œil jeté sur le répertoire toujours vivant de notre histoire nationale.

C'est le 25 avril que parut dans le Moniteur le premier rapport du général Bonaparte, rendant compte avec une simplicité antique de la bataille de Montenotte gagnée le 1 1 du même mois. Il loue tout le monde et n'oublie que lui : « Généraux, dit-il, officiers et soldats ont soutenu dans cette journée mémorable la gloire du nom français. » Deux jours après, seconde dépêche annonçant la victoire plus importante de Millesimo, et même ton de supériorité modeste. Mais Salicetti, son compatriote, qui lui avait été adjoint en qualité de commissaire du gouvernement, se croit tenu à moins de discrétion, et il rend franchement justice à ce génie militaire qui fait explosion avec tant d'éclat: w Le plan du général en chef (avait-il dit de Montenotte) a été on ne peut plus savamment combiné^ >•

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