‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IChapitre 99 sur 317 · L'ordonnateur en chef de Tarmée · texte numérisé non relu

L'ordonnateur en chef de Tarmée

2. Nous rapprochons avec soin les souvenirs de cette première campagne d'Italie qui tient tant de place dans l'existence de Joséphine et dans laquelle « cœur et génie , Napoléon se révèle tout entier : t Le général en chef, dit un de ses aides de camp a, était alors dans toute l'ivresse de son mariage. Mme Bonaparte était charmante, et tous les soucis du gouvernement de l'Italie, n'empêchaient pas son mari de se livrer avec abandon à tout son bonheur intérieur. C'est pendant ce court séjour à Milan que le jeune peintre Gros, de-

a. Mcmoires et Souvenirs do comte de Lavallette, t. 1*', p. 493.

Pour compléter le tableau de cette glorieuse existence dont cependant le faste coûtait à la modestie de Joséphine, on peut lire les deux lettres suivanlesi écrites par elle à ce moment, et adressées par l'intermédiaire du duc de Serbelloni, l'une à sa tante, Mme de Renaudin, qui, veuve depuis quelques mois, venait de changer de nom en épousant son vieil ami le marquis de Beauharnais, l'autre à ses enfants, dont l'éloignement , joint à sa mauvaise santé, empoisonnait tous ces plaisirs et ce bonheur d'Italie.

« M. Serbelloni vous fera part, ma chère tante^ de la manière dont j'ai été reçue en Italie, fêtée partout où j'ai passé, tous les princes d'Italie me donnant des fêtes, même le grand-duc de Toscane, frère de l'empereur. Eh bien ! je préfère être simple particulière en France. Je n'aime point les honneurs de ce pays-ci. Je m'ennuie beaucoup. Il est vrai que ma santé contribue beaucoup à me rendre triste ; je suis souvent incommodée. Si le bonheur devait procurer la santé, je devrais me bien porter. J'ai le mari le

puis si célèbre, fit le premier portrait qu'on ait du général : il le représenta sur le pont de Lodi , au moment où, armé d'un drapeau, il s'élance en avant pour décider les troupes. Le peintre ne pouvait obtenir un moment d'audience; Mme Bonaparte prenait son mari sur ses genoux après le déjeuner et le fixait pendant quelques minutes. J'ai assisté à trois de ces séances; l'âge des époux, la modestie du peintre, et son enthousiasme pour le héros excusaieot cette privante. Ce portrait était alors d'une étonnante ressemblaDoe : quelques copies en ont été faites; mais l'original est entre les mains de la reine de Hollande, Mme la duchesse de Saint-Leu. i

1. Lettre autographe et inédite con8er\'ée dans les archives de la famille de Tascher. Elle est sans date, mais elle a été écrite, ainsi que l'indique la suivante, dans les premiers jours de septambre.

plus aimable qu'il soit possible de rencontrer. Je n'ai pas le temps de rien désirer. Mes volontés sont les siennes. Il est toute la journée en adoration devant moi, comme si j'étais une divinité; il est impossible d'être meilleur mari. M« Serbelloni vous dira combien je suis aimée. Il écrit souvent à mes enfants ; il les aime beaucoup. Il envoie à Hortense, par M. Serbelloni, une belle montre à répétition, émaillée et entourée de perles fines, à Eugène une belle montre d'or.

a Je vous prie de dire à M. Benjamin qu'il n'est pas possible de l'employer dans ce moment-ci à l'armée, comme fournisseur; on garde les anciens qui y sont. Si je trouve une place qui lui convienne , je l'en préviendrai ^

« Écrivez à ma tante*; dites-lui qu'elle mande à M. Calmelet de lui donner de ma terre tout ce qu'elle aura besoin. J'embrasse mon papa de tout mon cœur ; mille amitiés à toute votre société. Adieu, ma chère tante, ma chère maman ; croyez à mes tendres sentiments. Je tâcherai de vous faire passer un peu d'argent, pour ce que vous m'avez demandé, par la première occasion*. » J. B.

1. Déjà commence cette sollicitation perpétuelle de Joséphine, qui ne savait repousser aucune demande ni refuser aucune prière, caractère qui lui permit de faire tant d'heureux, mais qui produisit aussi des mécontents, car elle ne pouvait réussir toujours.

2. Sa grand'tante, Mlle Thérèse de Tascher, restée à la Pagerie, dans les environs de la terre de la Ferté-Beauharnais.

3. Ce mariage de Mme de Renaudin avec le marquis de Beauharnais eut lieu à la grande satisfaction de tous les membres de celte Emilie, reconnaissants des soins délicats et du long dévouement

c Milan, le 6 septembre 1796*.

« M. le duc de Serbelloni part dans Tinstant pour Paris, et m'a promis, ma chère Hortense, d'aller le lendemain de son arrivée à Saint-Germain. 11 te dira combien je parle de toi , combien je pense à toi , et combien je t'aime. Eugène partage avec toi ces sentiments, ma chère fille; je vous aime tous les deux à l'adoration. M. Serbelloni te remettra, de la part de Bonaparte et de la mienne, de petits souvenirs pour toi, Emilie, Eugène et Jérôme*. Fais mille amitiés à Mme Campan; je compte lui envoyer une collection de belles gravures et de beaux dessins d'Italie. Embrasse pour moi mon cher Eugène, Emilie et lérôme. Adieu, ma chère Hortense, ma chère fille, pense souvent à ta maman , écris-lui souvent ; tes

dont cette amie sublime (ceci est une expression poétique de Mme Fanny de Beauharnais) avait entouré la vieillesse de leur chef. Dans une lettre de cette date adressée aux deux époux, Mme la marquise Françoise de Beauharnais félicite son oncle et beau-père de son mariage a avec celle qui, en le consolant de ses malheurst répand toute sorte d'agrément sur sa vie. > S'adressant ensuite à Mme de Renaudin, elle lui fait connaître un fait dont nous devons honorer la bonté de Joséphine : « Je vous fais part (lui dit-elle) des procédés de Mme Bonaparte pour moi et ma fille. Depuis quelque temps, sachant que mes moyens ne me permettaient pas de lui donner les maîtres que je lui désirais, elle a bien voulu y suppléer, et dans ce moment elle vient de la mettre dans la même pension que ma nièce; elle pourra, grâce à ses bontés, y acquérir les talents qui lui manquent. C'est pour moi un bien grand bonheur de lui devoir cette reconnaissance. » (Archives de famille.)

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