Histoire de l'impératrice Joséphine. II
Retour d’Italie. — Fêtes données au général Bonaparte et à si femme. — Vie retirée du général. Délassements littéraires. — Pensionnat de Mme Campan; progrès de Mlle de Beaubarnais. — Expédition d’Égyplo; débuts d’Eugène. — Joséphine acquiert la Malmaison. — Son existence pendant l’absence de son mari. — Bonaparte revient en France. — Dix-huit brumaire.
La nouvelle du retour du général Bonaparte ne fut pas plutôt connue, que tous les personnages du jour, môme ceux qu’il ne connaissait point, s'empressèrent d’accourir dans son petit hôtel de la rue Chantereine. Mais rien ne pourrait donner une idée de l’ivresse qu’il rencontra sur son passage , lorsqu’il traversa Paris pour aller faire sa visite aux cinq rois pâles d’envie et de crainte, qui trônaient au Luxembourg. Ceux-ci comprirent qu’il valait mieux s’associer à uu tel élan que de chercher, sans doute inutilement, à le contrarier. Le Directoire et les deux Conseils des Anciens et des Cinq-Cents , offrirent séparément au général Bonaparte une fête et un banquet, en même temps que l’Institut le choisissait pour un de ses h <
HISTOinE
membres, et que le Conseil municipal de Paris substituait au nom de la rue Clianlereine, celui de rue de la \ictoire. A l imitation du gouvernement, les autorités secondaires voulurent aussi lui donner des fêtes. Il y parut simple et grave, comme un homme au-dessus de la vanité et au niveau de sa renommée.
La plus remarquable de ces fêtes particulières fut, sans contredit, celle de M. de Talleyrand, alors ministre des Relations extérieures. Celui-ci était trop lin pour ne pas avoir compris l’espèce de froideur dédaigneuse que le général avait apportée dans les banquets officiels , manifestation médiocre à ses yeux de la part d’un gouvernement qui avait d’abord pensé à lui offrir Chambord à titre de récompense nationale, et où avait régné une contrainte réelle, sous un semblant d’ovation. Le ministre des Affaires étrangères voulut l’honorer d’une manière plus délicate et plus intime, et il attendit pour cela l’arrivée de Mme Bonaparte. Ce fut même à elle que sa soirée fut plus particulièrement offerte1. 11 savait que c’était le meilleur moyen d’arriver au cœur de son époux, dont la passion d’Italie avait fait bruit à Paris. En homme d’exquises façons, il vint, au préalable, leur faire agréer l’ordonnance de la fête, prendre leur jour, et les prier de vouloir bien dresser la liste des personnes qu’ils désiraient voir invitées. Joséphine se contenta d’indiquer quelques noms, celui du poète
1. Mémoires, Journal et Souvenir* de Stanislas Girardin. Paris, 1S28, t. III, p. 142.
Arnault, entre autres, de qui nous tenons ces détails1. Les lettres d’invitation, sans doute d’après une inspiration du futur antagoniste de l’Angleterre, exprimaient le désir que les étoffes de ce pays fussent bannies des toilettes’, au grand déplaisir des élégantes du jour, et de Joséphine elle-même, chez qui plus d’une fois l’amour de la mousseline l'emporta sur le patriotisme.
Celte soirée qui fut magnifique et à laquelle assistaient, comme de simples mortels, sans manteaux et sans plumes, les cinq membres du Directoire, eut lieu dans l’hôtel Galiffet de la rue du Bac , affecté alors au département des Relations extérieures. Le souvenir de sa magnificence élégante nous a été conservé par l’une de celles qui brillèrent à l’hôtel Galiffet, nous voulons parier de Mme la duchesse d’Ahrantès, alors âgée seulement de quinze ans, et qui à ce propos fait, dans ses Mémoires, l'éloge du talent tout particulier qu’avait M. de Talleyrand pour l’organisation et la direction de ses fêtes. Elle s’y trouvait avec sa mère, reste du sang des Comnène, encore jeune et belle, et que le général Bonaparte, trois ans auparavant, si l’on en croit la fille, avait voulu épouser. Mais Mme de Permon était alors en délicatesse avec le général, pour quelque retard involontaire apporté dans une affaire qu elle avait recommandée, ce qui n’empêcha pas celui-ci de lui faire bon visage, et d’appeler galamment sur sa beauté et son origine