‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 101 sur 232 · Histoire du Consulat et de l'Empire, t. V, p · texte numérisé non relu

Histoire du Consulat et de l'Empire, t. V, p

France aurait délégué la souveraineté à sa famille entière.

Tel était aussi le langage que faisait entendre à Mme Bonaparte l’homme qui avait capté sa confiance par son habileté à déjouer les trames des conspirateurs, dont elle avait vu le renvoi avec tant de peine, et qui , dans la conjuration de Georges , par de nouveaux et adroits services qu’il avait fait agréer sans qu’on les lui demandât, venait de reconquérir une position politique qui allait lui rouvrir les portes du ministère.

Mais la situation du Premier Consul était toujours la même depuis deux ans. Il n’avait pas d’enfants, et les chances d’en avoir étaient encore moins probables. Lucien , remarié malgré l’opposition formelle de son frère , s’était définitivement brouillé avec lui , à cause de ce mariage. Jérôme , officier de marine de dix-neuf ans, cédant à un loyal entraînement de jeune homme, venait de son côté de former aux États-Unis, pendant sa station, une union que le Premier Consul refusait également de reconnaître , quoique contractée selon les lois américaines , avec une honnête personne appartenant à l’une des bonnes familles du pays, par la raison que cette union avait été formée par son frère en état de minorité, et surtout sans son consentement. Joseph n’avait toujours pas de fils. Louis seul en avait un, qui pouvait, en l'état , et devait être par le droit dénaturé l’héritier du nouveau souverain, à défaut de ses oncles ; à moins que , s’armant de ce droit

d’adoption pratiquée dans la Rome impériale, Bonaparte, dès à présent, ne choisît lui-même pour César désigné , ce fils de Louis , ou Eugène Beaubarnais , son fils par l’affection.

Cette situation donna lieu , autour du Premier Consul , à de nouveaux débats qu’il serait trop long de déduire ici, et qui ne furent que la répétition de cette lâcheuse lutte qui avait eu lieu lors du Consulat à vie. Lucien, mécontent, s’était retiré à Rome, d’où il ne revint qu’en 1815 , pour partager noblement le sort de son frère, et leur mère l’avait suivi. Jérôme voyageait sur les côtes d’Amérique et aux Antilles , où il témoignait à la famille de La Pagerie d'affectueux sentiments pour le plus cordial accueil. Mme Bonaparte se trouvait donc à Paris en présence de Joseph, de Louis son gendre, et des sœurs du Prenîier Consul , dont l’une , la plus belle , était devenue depuis peu princesse Borghèse. N’ayant jamais reçu de sa belle-mère que des marques de la plus affectueuse amitié , Louis la payait de retour et ne pouvait lui en vouloir de quelques nuages qu’une inexpérience complète de la vie commençait à susciter dans son ménage. Cependant il refusait, avec une obstination particulière à sa nature, de consentir à l’adoption immédiate et toute naturelle que voulait faire Napoléon de son fils pour son héritier. Joséphine souhaitait vivement cette adoption , qui eût concilié ses affections avec ses intérêts. Elle en parla plusieurs fois à son gendre et beau-frère ; mais elle ne put rien obtenir , soit que , mû par une

légitime ambition, Louis Bonaparte ne voulût point, même au profit de sou fils , renoncer à ses propres chances ; soit qu’il eût la faiblesse et le tort de paraître se préoccuper de calomnies cruelles dont , mieux que personne, il connaissait la fausseté, et qu’il a flétries lui-même de sa main dans un livre que sa dureté rend peu suspect.

Si l’on en juge par le ton de la correspondance de Joséphine avec son beau-frère Joseph, il existait entre eux une amitié véritable, sentiment éprouvé, à coup sûr, par Mme Joseph Bonaparte, nature aimante, inoffensive et vivant le plus possible à l’écart. On voit , en outre , une preuve de ces bons rapports entre Joseph et sa belle-sœur dans la vivacité des termes de la réponse faite , en 1 829 , par le comte de Survilliers à quelques assertions de M. de Bourrienne, blessantes pour Joséphine comme pour plusieurs membres de la famille Bonaparte'. Mais tout dernièrement un ancien ami, se donnant pour le conseiller assidu de l’ex-roi d’Espagne , M. le comte Miot de Mélito, avec les privilèges et sous le bénéfice de cette littérature d’outre-tombe , dont le crédit est entamé, est venu jeter dans le public toute une histoire des débats de famille qui eurent lieu pour la constitution de l’hérédité impériale. 11 est loin d’assigner à Joseph le beau rôle , soit à l’égard de sa belle-sœur , soit vis-à-vis de Napoléon , pour lequel on lui fait manifester des sentiments révoltants et

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