‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 102 sur 232 · I. Bourrimne et ses erreurs. Caria · texte numérisé non relu

I. Bourrimne et ses erreurs. Caria

dénaturés , non-seulement opposés à la vraisemblance , mais encore démentis par l’affection notoire et persistante des deux frères. Afin d’accréditer sou récit, M. Miot se pare de la confiance exceptionnelle que lui aurait accordée le frère aîné de l’Empereur, et se fait fort de confidences épanchées dans le secret le plus profond et, on le voit, bien gardé, d’une intimité sans réserve. C’est donc sous l’invocation du dévouement le plus pur que l’ami du roi Joseph rapporte ces conversations qui entacheraient sa mémoire. U le déshonore affectueusement.

Quant aux sœurs de Napoléon, leur jalousie malheureusement troj) réelle non-seulement contre Joséphine, mais contre sa fille et son fils, n’avait rien perdu de cette vivacité que les femmes apportent dans les hostilités de famille, Ixs approches de l’Empire devaient rendre nécessairement ces sentiments plus vifs encore. Prévoyant qu’en vertu de la tradition salique , leurs enfants ne seraient point appelés à la succession impériale, elles reproduisirent tous les efforts déjà tentés par elles, lors du Consulat à vie , pour pousser leur frère à se séparer de sa femme, et à se rendre libre avant son élévation au rang suprême, afin d’épouser alors, pouvant choisir, l’une des princesses de l’Europe qui lui donnerait des héritiers directs. Cette éventualité devait évidemment les froisser moins que de voir passer aux enfants de leurs autres frères , au préjudice des leurs, celte couronne que la nation allait placer dans leur famille.

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Napoléon s’inquiétait grandement aussi de cette question d’hérédité , et l’idée d’une autre union plus féconde, même en dehors de toute pression, devait naturellement lui venir, à la veille de monter sur le trône. Un héritier de lui, aurait coupé court à toute discussion, à toute compétition de famille. Dans les arguments en faveur d’un divorce, avant la proclaihation de l’Empire, il y avait donc uue certaine force politique faite pour le frapper. Mais dans le langage dont on l’entourait , il apercevait une passion qui lui déplaisait. Et d’ailleurs, il faut le dire à sa louange, son affection pour sa femme était, à cette date, plus forte que les considérations politiques. Il ignorait, il ne voulait pas rechercher ce que pourraient demander les nécessités futures de la monarchie qu’il allait fonder. Pour le moment, il entendait rester uni à cette femme qu’il avait tant aimée, qu'il chérissait encore , et qui avait pour lui un si sincère attachement. Il déclara d’un ton qui ne permettait plus de réplique , que s’il était Empereur, Joséphine serait Impératrice.

Quant à la question d’hérédité , elle fut résolue d’une façon qui semblait concilier les convenances du présent avec les nécessités de l’avenir, les justes prétentions de la famille Bonaparte, avec les sentiments et même les intérêts de Joséphine. A défaut d’enfants de l’Empereur, la dignité impériale fut déclarée héréditaire dans la famille du Premier Consul , c’est-à-dire dans les lignes de Joseph et de Louis, les deux autres frères se trouvant exclus, par

suite de leurs mariages ; mais on donna à Napoléon la faculté de choisir un successeur par la voie de l’adoption parmi les enfants de ses frères. On lui attribua, en outre, un pouvoir absolu sur les membres de sa famille dont il devenait le chef, afin de faire respecter ses volontés. Telle fut cette conclusion qui était pour Joséphine un nouveau succès remporté dans le cœur de son époux.

Le public et la plus grande partie du monde politique applaudirent à cette double solution. Il y a, en France, un sentiment de générosité, une délicatesse innée, une chaleur de cœur qui ne pouvaient faire défaut à une femme placée dans une telle situation , et d’ailleurs , déjà généralement aimée à cause de son caractère, et pour services rendus de toute sorte : bons offices constants à ceux qui approchaient du Premier Consul, bienfaits sans compter à ceux qui, placés plus loin, lui faisaient connaître leurs besoins. On voyait ensuite avec plaisir, et cela par dévouement pour lui, Napoléon faire ce que le cœur conseillait. Quant à Joséphine, malgré son peu d’ambition personnelle, elle avait lutté pour maintenir sa place dans le cœur de son époux, et son rang auprès de sa personne. C’était pour elle une question d'affection et de dignité; l’épouse y était intéressée et la mère aussi, car de la position qui lui serait faite dépendaient celle de sa fille et surtout celle de son fils.

Le 18 mai 1804, le Sénat, organe de la nation, se transporta en corps à Saint-Cloud, apportant le sé

nalus-consulte qui proclamait Napoléon Empereur des Français, et Joséphine Impératrice. « Napoléon, debout, en costume militaire, calme comme il savait l’être quand les hommes le regardaient , sa femme tout à la fois satisfaite et troublée, reçurent le Sénat que conduisait l’archichancelier Cambacérès1. » Après son discours à l’Empereur, s’adressant à la nouvelle Impératrice, et reproduisant en quelques ligues pleines d éloges et de vérité, le langage même de l’opinion publique, l’archichancelier s’exprima ainsi :

« Madame,

« 11 reste au Sénat un devoir bien doux à remplir, « celui d’offrir à Votre Majesté Impériale, l’hommage « de son respect et l’expression de la gratitude des « Français. Oui , madame , la renommée publie le h bien que vous ne cessez de faire. Elle dit que tou- « jours accessible aux malheureux, vous n’usez de a votre crédit auprès du chef de l’Etat, que pour sou- « lager leur infortune, et qu’au plaisir d’obliger, « Votre Majesté ajoute cette délicatesse aimable qui « rend la reconnaissance plus douce et le bienfait « plus précieux. Cette disposition présage que le nom « de l’Impératrice Joséphine sera le signal de la con- « solation et de l’espérance; et comme les vertus « de Napoléon serviront toujours d’exemple à ses « successeurs, pour leur apprendre l’art de gouver-

'1. M. Thiers, t. V, |>. 229.

le

« ner les nations, la mémoire vivante de votre bonté « apprendra à leurs augustes compagnes, que le soin « de sécher les larmes est le moyen le plus sûr de a régner sur les cœurs. Le Sénat se félicite de saluer « le premier Votre Majesté Impériale, et celui qui a « l’honneur detre son organe, ose espérer que vous « daignerez le compter au nombre de vos plus fidèles « serviteurs’. »

La France appelée à décider si Napoléon serait Empereur héréditaire, consacra bientôt sa quatrième dynastie par une presque unanimité de cinq millions et demi de votes, contre deux mille opposants. Nous ne décrirons point les fêtes qui eurent lieu à ce sujet. Mais qu’on nous permette de placer ici une anecdote bizarre et peu connue, qui se rattache à la proclamation de l’Empire, et dans laquelle la nouvelle Impératrice joue un rôle parfaitement assorti à son caractère.

La première motion de nommer Napoléon Empereur, avait été faite dans le sein du Tribunat, par un tribun du nom de Curée. Ce nom jusque-là obscur, avait frappé l’attention d’un savant distingué, M. Langlès, conservateur des manuscrits à la Bibliothèque nationale et membre de l'Institut, de plus républicain sincère et convaincu, à qui agréait peu l’élévation du Premier Consul au trône. Un jour qu’il parcourait une vieille édition in-quarto de Virgile, le hasard arrêta ses yeux sur le passage du

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