‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 108 sur 232 · M. Thiers, t. V, p · texte numérisé non relu

M. Thiers, t. V, p

Digiti

l’Empire. En cas de minorité, ils composaient aussi le Conseil de régence, et ils élisaient l’Empereur à défaut d'héritier dans la famille impériale.

Le 6 juillet, il fut pourvu à quatre de ces grandes charges : Joseph Bonaparte fut nommé à la plus éminente, et reçut le titre de grand électeur; Louis, déjà parvenu hiérarchiquement au grade de général de division, fut nommé connétable; les second et troisième Consuls trouvèrent une honorable et opulente retraite dans les fonctions d’archichancelier d’Empire et d’architrésorier. La dignité de grand amiral et celle d’archichancelier d’Etat furent réservées : M. de Talleyrand prétendait hautement à cette dernière , mais on pensait que l’Empereur en disposerait en faveur d’Eugène de Beauharnais , « qui ne sollicitait rien, mais, avec une soumission parfaite , attendait tout de la tendresse de son père adoptif1. » En caractérisant ainsi, avec autant d’équité que de justesse , la position et les sentiments d’Eugène , l’historien de l’Empire ne pouvait connaître le passage suivant de ses Mémoires, que l’on dirait écrit tout exprès pour justifier cette appréciation :

« J'arrive maintenant au grand et important événement qui plaça la couronne impériale sur la tête du Premier Consul ; il s’écoula plusieurs mois entre son élection et son couronnement. Pendant ce temps, l’Empereur, voulant entourer le trône de toute la

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dignité , de tout le respect nécessaires au pouvoir monarchique , rétablit l’ancienne étiquette et la fit observer avec soin. Dès ce moment je cessai d’avoir des relations aussi intimes avec lui , et pendant quelque temps je me trouvai , par mon grade et par mes fonctions , relégué dans le salon d’attente le plus éloigné de ses appartements. Je n’en murmurai point et je concevais parfaitement que cela dût être ainsi. Mais il ne manqua pas de gens, courtisans ou autres , qui , sous le masque de l’intérêt et du zèle , cherchèrent à m’irriter , me témoignant de l’étonnement de ce que le beau-fils de l’Empereur, après avoir vécu si longtemps dans son intimité, se trouvait tout d’un coup placé si loin de lui. Je fermai la bouche à ces bons amis de cour , en leur disant que je me trouvais très-bien partout où mon devoir me plaçait. Et cela était vrai '. »

Mais l’Empereur ne pouvait ni ne voulait oublier celui qu’il s’était habitué à regarder comme un fils. Quelque temps après il lui fit offrir, par l’Impératrice, les fonctions de grand chambellan, les premières de toutes à la cour. Malgré son désir d’être auprès de l’Empereur, Eugène ne crut pas devoir accepter. Sa vocation n’était pas là. C’est lui qui nous le dit dans sa modestie, ou peut-être dans sa fierté : « Je refusai cet honneur, en m’excusant sur ce que cet emploi ne convenait ni à mes goûts ni à mon caractère ; ma vocation était toute militaire ,

1. Mémoires et Correspondance du prince Eugène, t. I", p. 91.

et, jusqu’alors, je n’avais connu d’autre métier que celui des armes. Je dois avouer cependant que si l’Empereur m’eût, fait offrir la place de grand écuyer, je l’aurais peut-être acceptée, parce qu’il y avait là des chevaux que j’aimais passionnément, et quelque chose qui ressemblait à un régiment'. » Loin de s’offenser de ce refus, Napoléon, au mois de septembre, servant son beau-fils de son goût , le nommait à l’une des trois places de colonel général, qui venaient immédiatement après les maréchaux de France , rétablis et désignés en même temps au nombre de vingt , et le mettait à la tête de l’arme des chasseurs, où il avait commencé sa carrière. « Cette nomination , ajoute Eugène , me fit le plus grand plaisir, puisque, en me donnant une dignité aussi éminente, l’Empereur me laissait pourtant dans mon élément*. » Ce choix fut agréable à 1 armée , et le public se plaisait à y découvrir l’annonce de plus hautes dignités. On voyait s’élever les enfants de l’Impératrice Joséphine avec la même satisfaction qui avait accueilli l’élévation de leur mère.

Restait à organiser la Cour, la maison de l’Empereur et celle de l’Impératrice. Ici les compétitions étaient grandes , les candidats nombreux. L’élan était donné. On revenait à la monarchie avec l’entraînement particulier aux réactions françaises, et l’on se précipitait vers les riches et nombreux em-

1. Mémoires et Correspondance du prince Eugène, l. I", p. 92.

2 Ibid.

plois de palais qui allaient être créés, car Napoléon voulait entourer son trône d’un éclat qui ne le cédât en rien aux époques les plus fastueuses de la monarchie française, et qui éclipsât toutes les cours des puissances actuelles de l’Europe. Il y avait sans doute là de la vanité (permise toutefois), mais il y avait aussi le désfr de placer, même en ces choses secondaires, la France au-dessus des autres peuples, et la volonté de faire honorer dans sa personne la qualité d élu et de représentant de la grande nation.

C’est dans un chapitre suivant que nous voulons offrir le tableau de la cour impériale , comme nous l’avons fait pour la cour consulaire. Nous nous contenterons ici d’en citer les principales charges , en indiquant leurs titulaires. L’oncle de l’Empereur, devenu cardinal Fesch, fut nommé grand aumônier ; M. de Talleyrand, grand chambellan; Berthier, grand veneur; M. de Caulaincourt, grand écuyer; M. de Ségur, l’ancien ambassadeur de Louis XVI auprès de Catherine , grand maître des cérémonies; et pour conserver à cette cour son cachet militaire , Duroc fut maintenu à la tête de l’administration intérieure, avec le titre supérieur de grand maréchal du palais. Aux dames qui étaient déjà auprès de Mme Bonaparte, on en ajouta plusieurs autres, et , au premier rang, comme principale dame d’honneur, fut placée une alliée de la famille de Beauharnais, Mme la duchesse de La Rochefoucauld. Des grands officiers furent aussi attachés à la personne de l’Impératrice, et, soit pour la maison de l’Empereur, soit pour celle

de Joséphine, on vit bien des noms de l'ancienne noblesse, et bien des personnages que la démocratie avait comptés dans ses rangs, demander à l’envi à faire partie de la nouvelle cour. « Tous les choix étaient connus avant d etre inscrits au Moniteur, publiés de bouche en bouche, au milieu des discours intarissables des approbafeurs ou improbateurs, qui avaient fort à faire pour dire tout ce que leur inspirait un si singulier spectacle. Chacun applaudissait ou blâmait , suivant ses amitiés, ses haines, scs prétentions satisfaites ou déçues, presque personne suivant ses opinions politiques , car il n’y avait plus d’opinions politiques alors, excepté chez les royalistes entêtés , ou chez les républicains implacables1. » Fouché avait mis à pousser à l’Empire l'ardeur qu’il employa , dix ans après , à poursuivre sa chute. Le ministère de la police fut recréé pour lui. L’Impératrice Joséphine, par les motifs que nous avons fait connaître, travailla beaucoup , et sûrement contribua un peu à sa rentrée dans le Gouvernement’. »

L’élection nationale , l’unanimité populaire donnaient certes à Napoléon tous les droits et toute l'autorité qui lui étaient nécessaires; mais il voulut , comme aux avènements, royaux de l’ancienne monarchie, faire consacrer par la religion son sceptre et sa couronne. Ce qui était grand , extraordinaire le séduisait. Il demanda à être sacré par le Pape, et cela

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