Mémoires do M. le duc de Rovigo, t.IV, p
dans la cathédrale de sa propre capitale, chose inouïe depuis dix-huit siècles, car Charlemagne , ainsi que tous ses successeurs à l’empire d’Occident, étaient allés recevoir à Rome leur couronne impériale. Après quelques hésitations , le sage et vénérable Pie VU se décida à donner cette marque de reconnaissance à l'homme qui avait tant fait et qui pouvait tant faire encore pour l’Église. Il pensa aussi, et avec raison, que la présence du vicaire de Dieu en France, au
milieu de ce Paris récemment revenu à la foi , ne
pouvait que tourner à l’avantage et au progrès des idées religieuses. Quelques puissances s’étaient vivement opposées à ce que le Pape vînt couronner Napoléon : la nouvelle de sa venue en fut accueillie avec plus de joie. « L’Impératrice Joséphine , dit M. Thiers *, tenait plus que Napoléon lui-même au sacre , qui lui semblait le pardon du ciel pour un acte d’usurpation ; aussi reçut-elle à Saint-Cloud le cardinal Caprara (qui venait annoncer l’arrivée du Pontife, toutefois sous certaines réserves), en lui prodiguant les attentions les plus aimables. De son côte Napoléon lui témoigna sa vive satisfaction , et tous deux lui dirent qu’ils considéraient la chose comme arrangée ; que le Pape serait reçu à Paris avec les honneurs dus au chef de l’Église universelle, et que la religion recueillerait de son voyage des biens infinis. « Au dehors l’impression produite par un fait aussi considérable fut générale et profonde. La voici fidèle-
ment résumée : « Le bruit de la venue du Pape ayant transpiré, l’opinion en avait été saisie et émerveillée, la population dévote enchantée, l’émigration profondément chagrine, l’Europe surprise et jalouse1. » Mais avant le couronnement, Napoléon voulait exécuter son expédition d’Angleterre, qu’il persistait à croire possible. Au mois d’août il partit pour Boulogne , pendant que l’Impératrice se rendait aux eaux nouvelles d’Aix-la-Chapelle, où il se proposait de la rejoindre après son inspection , afin de parcourir ensemble les départements frontières. Tous, marins, soldats, pleins d’ardeur, demandaient à s’embarquer. La mort de l’amiral La Touche-Tréville , qui devait amener sa flotte de Toulon , et prendre le commandement en chef de l’expédition , vint nécessiter un nouvel ajournement. L’Empereur arriva vers le commencement de septembre , à Aix-la-Chapelle , cette ancienne capitale de Charlemagne, qui faisait de nouveau partie de l’Empire français. Il y fut reçu avec les plus grands honneurs par cette population allemande qui déjà , depuis quelques jours , prodiguait à l’Impératrice Joséphine d’affectueuses démonstrations.
Après une quinzaine passée en fêtes , l’Empereur et l’Impératrice se rendirent à Mayence, autre ville devenue française, où de nouveaux hommages les attendaient. Tous les princes d’Allemagne, situés dans le voisinage, vinrent leur offrir leurs félicita-