‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 12 sur 232 · Mémoires de Constant, t. !•', p · texte numérisé non relu

Mémoires de Constant, t. !•', p

sa femme d’aller prendre les eaux de Plombières, nécessaires à sa -santé. Dans les instances de Joséphine il y avait comme un pressentiment : elle semblait prévoir et vouloir prévenir les accès et les souffrances d’une mutuelle jalousie qu’allait éveiller cet éloignement'.

Leurs adieux furent touchants; ils pouvaient ne plus se revoir. Après avoir reçu également les tendres embrassements de son fils qui pouvait aussi et faillit ne pas revenir, et avoir vu disparaître à l’horizon l’Orient qui portait les objets de ses affections, Mme Bonaparte prit la route de Plombières où elle fut reçue comme était assurée de l’être la femme déjà aimée du plus populaire de nos généraux.

Son mari avait refusé de la prendre avec lui de peur de l'exposer à de trop grands périls : elle était à peine arrivée aux eaux que, pour la seconde fois depuis deux mois, elle fut sur le point de périr , ce qui

1. Ce désir de Mme Bonaparte de suivre son mari en Égypte est certain. Voici une lettre qui confirme ce que nous venons de dire, et qu’elle écrivait à sa fille, le 26 floréal an vi (15 mai 1798) :

» Je suis à Toulon depuis cinq jours, ma chère llortense; je n’ai point été fatiguée de la route, mais bien chagrine de t'avoir quittée si précipitamment sans pouvoir te dire adieu, non plus qu’à ma chère Caroline. Mais, ma chère fille, j'en suis un peu consolée par l’espoir que j'ai de t’embrasser bientôt. Bonaparte ne veut pas que je m’embarque avec lui ; il désire que j’aille aux eaux avant que d’entreprendre le voyage d’Égypte. Il m'enverra chercher dans deux mois. Ainsi, mon llortense, j'aurai encore le plaisir de te presser contre mon cœur, et de t'assurer que tu es bien aimée. Adieu, ma chère fille.

t Joséphine Bonaparte. >

(Lettres de Napoléon à Joséphine, etc. Recueil Didot , t. II, p. 217.)

prouve que le danger est aussi capricieux que l’heureuse fortune.

Elle occupait le premier étage d’un hôtel avec plusieurs dames de sa connaissance, notamment avec Mmes de Crigny, depuis Mme Denon, et de Cambis. Cette dernière, en cet instant penchée sur le balcon en bois de l'appartement, appelle Mme Bonaparte pour lui faire admirer nu joli petit chien anglais qui passait dans la rue. Joséphine arrive suivie de cinq ou six autres personnes de sa société. Le balcon, trop chargé , s’écroule sous leurs pieds , et l’on pense les cris et la terreur de ces dames précipitées ainsi de plus de vingt pieds de haut. Par un second et véritable prodige personne ne fut tué, mais Mme de Cambis se brisa la cuisse, et Mme Bonaparte fut tellement meurtrie que, pendant quelques instants, on la crut perdue. Un de ses domestiques eut l’idée, qui se trouva bonne , de la faire envelopper dans la peau d’un mouton fraîchement dépouillé. Elle resta plusieurs jours en danger. Croyant qu’elle allait mourir , elle envoya chercher sa fille à Saint-Germain. Hortense, en arrivant, trouva sa mère hors de péril; mais les bras et les mains avaient tant souffert , que la malade fut longtemps avant de pouvoir s’en servir. 11 fallait lui couper ses aliments et la faire manger , office dévolu à la tendre et gracieuse sollicitude de sa fille. Les soins de celle-ci son charmant esprit, l’influence de sa seule présence, hâtèrent la guérison de Joséphine , en chassant de son âme une noire mélancolie causée par ses « 3

souffrances et l'incertitude où elle était du sort de

son rnari et de son fils*.

Mme Bonaparte resta encore trois mois avec sa fille, à Plombières. C’est-là qu elle reçut enfin les premières nouvel les de celte expédition où se trouvaient enjeu des existences si chères. Les lettres de son mari et de son fils lui en faisaient connaître les principaux événements, de la prise de Malte à celle du Caire. Jusque-là, le général en chef et ses trois aides de camp qui les intéressaient le plus, Eugène, Louis et Lavalette , avaient échappé à tous les périls. Mais Joséphine dut renoncer à son voyage d’Afrique. Son mari lui écrivait qu’il n’y fallait plus songer, et qu'il refusait formellement de l’exposer aux hasards d’une traversée où elle courait le risque de tomber entre les mains des Anglais, sans parler de dangers de Ui guerre et des maladies qui s’annonçaient déjà. Bien lui en prit, car elle sut plus tard, que la Pumone qui était revenue en France et sur laquelle elle voulait s’embarquer, avait été capturée par la croisière anglaise, à sa nouvelle sortie de Toulon*.

Vers la fin de septembre, Mme Bonaparte quitta Plombières avec Ilortense dans le dessein d’aller s’établir à la campagne. Bonaparte avait prié son frère aîné de lui choisir une propriété dans les environs de Paris, ou en Bourgogne qu’il affectionnait, afin de s’y reposer à son retour. Celui-ci ne le fit pas, et

1. Correspondance de Mme Gain pan avec la reine Ilortense, t. I", . 3 et 12. Mémoires de Conslan i, 1. 1*', p. 36.

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