‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 124 sur 232 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

jours sans donner de ses nouvelles. Ces cinq jours virent le commencement des hostilités sur la route de Stuttgart à Ulm, le passage du Danube par l’armée française, les premiers succès de Murat et de Ney, et l'occupation d’Augsbourg, dont Napoléon fait le centre de ses opérations. 11 annonce de cette dernière ville ces heureux résultats. « J’ai couché aujourd’hui chez l’ancien électeur de Trêves, qui est fort bien logé. Depuis huit jours je cours. Des succès assez notables ont commencé la campagne. Je me porte fort bien, quoiqu’il pleuve presque tous les jours. Les événements se suivent avec rapidité. J’ai envoyé en France quatre mille prisonniers, huit drapeaux, et j’ai quatorze pièces de canon à l’ennemi. Adieu, mon amie , je t’embrasse1. » Deux jours après , autres succès plus importants. Les Français sont à Munich ; les Autrichiens ont été obligés d’abandonner la Bavière, et, après une série d'actions malheureuses, leur plus forte armée se trouve réduite à s’enfermer dans Ulm. « Mon armée , ajoute l’Empereur par un mot daté de onze heures du soir, est entrée à Munich. L’ennemi est au delà de l’inn d’un côté: l’autre armée de soixante mille hommes , je la tiens bloquée sur l’iller, entre Ulm et Memmingen. L’ennemi est battu, a perdu la tête, et tout m’annonce la plus heureuse campagne, la plus courte et la plus brillante qui ait été faite. Je pars dans une heure pour Burgau-sur-l’Uler. Je me porte bien; le temps est ce-

1, Lettres de Napoléon, etc. Collection Didol, t. 1", p. 138.

pendant affreux. Je change d’habit deux ibis par jour, tant il pleut. Je t’aime et t’embrasse'. »

Au milieu de ses savantes et précises combinaisons, on sent, surtout à cette date, chez Napoléon la confiance du génie , la certitude du joueur qui connaît son jeu et a deviné celui de l’adversaire; ou mieux encore, la science du mathématicien qui, étant (Tonnés les projets de l’ennemi qu’il a su pénétrer, et leurs mouvements qu’il prévoit, détermine ainsi par avance et poursuit ses propres opérations , seconde partie du problème dont la victoire est la solution assurée.

La semaine qui suivit fut entièrement employée par l’Empereur à tourner et à entourer l'armée autrichienne enfermée dans Ulm. Ainsi bloquée, elle était perdue; en effet, le 17, elle se vit obligée de capituler. Après sept jours de silence , Napoléon , de son quartier général d’Elchingen, mande ce grand résultat à l’Impératrice, dans la lettre suivante où il annonce en même temps la soumission probable de l’Autriche et ia défaite immanquable des Russes. « J’ai été, ma bonne Joséphine , plus fatigué qu’il ne le fallait ; une semaine entière, et, toutes les journées, l’eau sur le corps et les pieds froids m’ont fait un peu de mal ; mais la journée d’aujourd’hui , où je ne suis pas sorti, m’a reposé. J’ai rempli mon dessein; j’ai détruit l’armée autrichienne par de simples marches ; j’ai fait soixante mille prisonniers, pris cent vingt

Page 1