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avec éclat et de se pavaner au soleil, comme d’autres triomphateurs d’un jour, dans ses rues et ses places publiques , y entre modestement le soir et choisit la nuit pour la parcourir. C’est qu’à ce moment la force et la modération sont dans un parfait équilibre chez cet homme extraordinaire, parvenu à son complet développement. Aucun entraînement excessif, nulle infatuation ne viennent encore nuire à la limpidité du coup d’œil ; aucune ambition déréglée n’a encore troublé la sérénité d’une âme qui se modère, d'une grandeur qui se contient, d’un génie qui aujourd’hui résiste à la fortune , qui s’y abandonnera demain , et plus tard voudra la violenter.
Maître de l’Autriche , l’Empereur pouvait, cédant aux vœux réitérés de l’Impératrice Joséphine, la rapprocher de lui, sinon l’appeler à Vienne, autour de laquelle manœuvraient les Russes. Le 16 il lui écrivit de se rendre dans la capitale de la Bavière, où elle trouverait, lui disait-il, un beau palais et une bonne réception, et où il lui promettait de la rejoindre aussitôt que les affaires le permettraient , c’est-à-dire aussitôt qu’il aurait conquis la paix par la défaite des Russes. Il lui prescrit en même temps son itinéraire, ses démarches , sa conduite, presque ses discours , * dirigeant tout du même coup d’œil ( c’est son immense supériorité), les grandes et les petites affaires, l’ensemble et les détails, sa campagne contre deux des plus grandes puissances de l’Europe, son gouvernement de Paris, la marche et l’organisation de la vice-
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royauté italienne et les rapports de l'Impératrice avec les cours allemandes. Voici cette lettre curieuse :
« Vienne, 25 brumaire an xiv (16 nov. 1805).
« J’écris à M. d’Harville pour que tu partes et que tu te rendes à Bade , de là à Stuttgart, et de là à Munich. Tu donneras, à Stuttgart, la corbeille à la princesse Paul. Il suffit qu’il y ait pour quinze à vingt mille francs ; le reste sera pour faire des présents , à Munich , aux filles de l’Électeur de Bavière. Porte de quoi faire des présents aux dames et aux officiers qui seront de service près de toi. Sois honnête , mais reçois tous les hommages : l'on te doit tout , et tu ne dois rien que par honnêteté. L’Électrice de Wurtemberg est fille du roi d’Angleterre : c’est une bonne femme, tu dois la bien traiter, mais cependant sans affectation.
» Je serai bien aise de te voir, du moment que mes affaires me le permettront. Je pars pour mon avantgarde. Il fait un temps affreux : il neige beaucoup ; du reste, mes affaires vont bien. Adieu, ma bonne amie. « Napoléon '. »
On te doit tout ; tu ne dois rien. Le général victorieux , plein de modeste convenance devant un ennemi vaincu , se retrouve dans la personne de sa femme. Nul n’eut mieux que Napoléon l’orgueil de. la France , plus encore que le sentiment de sa supériorité, en face des souverains et des cours de son
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temps. 11 veut qu’en Allemagne , auprès de ces familles qui avaient toute la fierté et parfois toute la morgue de leur ancienneté , Joséphine n’oublie point qu’elle est Impératrice *des Français , supérieure à ceux qui vont la recevoir et qui lui doivent tous les respects et tous les hommages. L’Impératrice s’empressa de se rendre dans la capitale de la Bavière , passant par le pays de Bade et le Wurtemberg. Elle sut se concilier le respect de tous , et de plus (elle n’aurait pu y renoncer) l’affection commune , car son tact lui avait appris la dignité de son rang , sans rien perdre de la douce aménité qui la faisait aimer.
Pendant que Joséphine exécutait son voyage , l’Empereur, après quelques jours de repos à Vienne, s’était remis à la recherche de l’armée russe , renforcée d’une partie des forces autrichiennes. On se joignit enfin le \” décembre, et le lendemain, jour anniversaire du Couronnement, eut lieu cette victoire d’Austerlitz , dont l’éclat effaçait les précédents triomphes de Napoléon , et par laquelle il scellait son avènement impérial aux yeux de la France et de l’Europe, où il ne manquait pas d’esprits prévenus qui se demandaient si dans l’Empereur des Français le capitaine serait égal au général d’Italie et d’Égypt#.
Dès qu’il vit la bataille gagnée , Napoléon s’était empressé d’envoyer à Munich , à l’Impératrice Joséphine, un de ses aides de camp pour lui faire connaître cette magnifique et décisive victoire. Non
content de cela, de ce glorieux champ de bataille , où il est resté quelques jours à attendre les propositions de paix des deux empereurs d’Autriche et de Russie , il écrit coup sur coup trois lettres à l’Impératrice, qu’il faut reproduire en entier, avec leur mémorable date :
a Austerlitz, 3 décembre 1805. — Je t’ai expédié Lebrun du champ de bataille. J’ai battu l’armée russe et autrichienne commandée par les deux Empereurs. Je me suis un peu fatigué; j’ai bivouaqué huit jours en plein air par des nuits assez fraîches. Je couche ce soir dans le château du prince de Kaunitz , où je vais dormir deux ou trois heures. L’armée russe est non-seulement battue, mais détruite. Je t’embrasse. »
« Austerlitz, 5 décembre. — J’ai conclu une trêve. Les Russes s’en vont. La bataille d’Austerlitz est la plus belle de toutes celles que j’ai données : quarante-cinq drapeaux, plus de cent cinquante pièces de canon, les étendards de la garde de Russie, vingt généraux, trente mille prisonniers, plus de vingt mille tués ; spectacle horrible !
« L’Empereur Alexandre est au désespoir et s’en va en Russie. J’ai vu hier à mort bivouac l’Empereur d’Allemagne ; nous causâmes deux heures ; nous sommes convenus de faire vite la paix.
«Le temps n’est pas encore très-mauvais. Voilà enfin le repos rendu au continent; il faut espérer qu’il va l’être au monde : les Anglais ne sauraient nous faire front.
« Je verrai avec bien du plaisir le moment qui me
rapprochera de toi. Adieu, ma bonne amie : je me porte assez bien et suis fort désireux de t’embrasser. »
« Austerlitz, le 7 décembre. — J’ai conclu un armistice ; avant huit jours, la paix sera faite. Je désire apprendre que tu es arrivée à Munich en bonne santé. Les Russes s’en vont; ils ont fait une perte immense: plus de vingt mille morts, et trente raille pris. Leur armée est réduite des trois quarts. Buxhowden , leur général en chef, est tué. J’ài trois mille blessés et sçpt à huit cents morts.
a J’ai un peu mal aux yeux; c’est une maladie courante et très-peu de chose. Adieu, mon amie; je désire bien te revoir1. »
Mais, quoique Joséphine fût plus exacte à écrire que lors de la campagne d’Italie, soit par suite d’une indisposition qu’elle éprouva en arrivant à Munich, ou plutôt par la difficulté de joindre l’Empereur dans ses brusques évolutions militaires , celui-ci était resté plus de vingt jours sans recevoir de lettres de sa femme. Les irritations d’Italie le reprennent, et voici de quel style il lui écrit de Brunn, où il attendait la conclusion de la paix retardée par la répugnance de l’Autriche à reconnaître aux Électeurs de Bavière et de Wurtemberg la qualité de roi que Napoléon exigeait pour ses alliés : « Il y a fort longtemps que je n’ai reçu de tes nouvelles : les belles fêtes de Bade, de Stuttgart et de Munich font-elles oublier les pauvres soldats qui vivent couverts de boue, de pluie et de sang?