Correspondance , l. 1", p
3. Joseph et Lucien avaient, chacun, deux tilles alors en bas âge.
d’adopler, pour filles , ces deux jeunes parentes de l’Impératrice, du nom de Stéphanie, afin de leur donner un état qui en fît, en Europe, des partis enviables. Le prince régnant de Bade se montra très-satisfait lorsque celui qui avait déjà agrandi son territoire, et pouvait y ajouter encore, lui offrit pour son petit-fils, Mlle de Beauharnais, alors dans sa seizième anuée, adoptée par lui et devenue ainsi princesse Impériale. Elle méritait cette haute fortune par son charmant esprit et de solides qualités, d’abord un peu mêlées, mais facilement dégagées grâce à sa droite nature et au tact de sou institutrice, et qui lui avaient mérité d’aussi bonne heure l'estime et l’affection de son père adoptif. Le prince Charles de Bade, venu à Paris, s’empressa de se rendre à Saint-Germain et trouva sa future fort de son goût : elle avait, en effet, la plus jolie taille, une physionomie heureuse, piquante, et de l’esprit dans ses yeux comme dans ses discours. Le mariage eut lieu le 8 avril, avec une pompe tout impériale ’.
Après deux mois passés à Paris, le prince Charles conduisit sa jeune épouse dans sa famille. Mais avant de partir, il voulut aller remercier Mme Canipan des soins particuliers et couronnés de succès dont
1. La décision suivante avait été rendue le 3 mars 1805, au sujet de la princesse Stéphanie.
« Notre intention étant que la princesse Stéphanie-Napoléon , notre fille, jouisse de toutes les prérogatives dues à son rang, dans tous les cercles, fêtes et à table, elle se placera à nos côtés; et dans les cas où nous ne nous y trouverions pas, elle sera placée à droite de l'Impératrice. Signé Napoléon. » M. de Menneval, t. I", p. 220.'
elle avait entouré l’éducation de la princesse. C’est Mme Caïn pan, elle-même, qui nous raconte cette visite : a Le prince de Bade qui est venu à Saint-Germain, dit-elle à la princesse Louis devenue reine, est resté une demi-heure avec moi. Il m’a dit, sur mes principes d’institution et sur ma personne, des choses si obligeantes que je n’oserais les répéter; mais il m’a paru si charmé de sa jeune épouse, que je dois en faire part à Votre Majesté. « Chaque jour, m’a dit le « prince, je suis plus satisfait de la princesse, et j'ai « voulu vous le dire, madame : elle a de vrais prin- « cipes de vertu, de la piété, de la modestie, infini- « ment d’esprit, et dans quatre ans ce sera une prin- « cesse charmante sur tous les points. « J’ai retenu, entre autres expressions, celles-ci : « Son étoile est « étonnante; mais elle est en tout faite pour son étoile, « et elle la justifiera. « Enfin, il avait l’enchantement de l’amour : c’est un grand bonheur pour elle, et Votre Majesté doit sentir combien mon cœur en a joui ’. »
La jeune grande-duchesse fut accueillie avec une cordialité parfaite par l’aïeul de son époux. 11 n’en fut pas de même de sa belle-mère, la margrave de Bade, et du prince Louis, beau-frère de celle-ci. Ils eussent, sans doute, désiré une alliance avec l’une des anciennes maisons souveraines de l’Europe, pour le prince Charles, beau-frère par ses trois sœurs, des rois de Bavière, de Suède, et de l’Empereur de Russie.