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s’était encore accrue par les infirmités précoces qui, depuis trois ans, lui étaient survenues, et qu’il attribuait, en grande partie, au froid excessif et prolongé qu’il avait enduré pendant la cérémonie du couronnement. Menacé de perdre l’usage d’un bras et d’une jambe, cette position l’irritait, l’humiliait, et attristait une humeur que parvenaient difficilement à dissiper les soins de sa femme.
On se figure tout ce qu’une pareille situation donnait à Joséphine de préoccupations et de peines secrètes, et ses efforts pour maintenir en uuion ces deux époux qui lui étaient si chers, et qui se trouvaient malheureux bien plus par leur imagination que par la réalité. Elle aurait voulu donner à sa fille, d’un cœur si élevé, d’un esprit si distingué, toutes les douces qualités d’intérieur qui avaient fait sa force et son bonheur. L’Empereur intervint aussi, pour obtenir du cœur aimant et bon de Louis, ces concessions de manières, et cette cordialité mêlée de vouloir et de fermeté, qui lui semblaient le propre d’un homme maître dans son intérieur, au lieu des bouderies inopportunes et muettes d’une timidité qui était prise pour de la sécheresse et pouvait même passer pour dureté. « Vous êtes de grands enfants, » leur disait parfois Napoléon qui comprenait peu de pareilles positions sans abandon et sans mutuelle énergie. Toutefois il y avait une chose qui formait le lien et devait être le rapprochement entre les deux époux : leur amour égal et passionné pour leurs deux enfants, qui étaient aussi la consolation et l’espérance de Napoléon
et de Joséphine. L’Empereur se flattait également que les nouveaux et sérieux devoirs de la royauté seraient une occasion de guérison pour ces deux natures malades, transportées bientôt d’un intérieur inoccupé et trop isolé, sur un théâtre nouveau plein de mouvement, d’exigences et de distractions.
C’était l’espoir de Joséphine, et cette pensée seule pouvait lui faire supporter le vif chagrin qu’elle ressentait du départ de sa fille, et qui n’était point adouci par la vue d’une couronne placée aussi sur celte tête chère. « Depuis ton départ, lui écrit-elle un mois après, j’ai toujours été souffrante, triste et malheureuse, j’ai même été obligée de garderie lit, ayant eu quelques accès de fièvre. La maladie a tout à fait disparu, mais le chagrin me reste. Comment n’en pas avoir, d’être séparée d’une fille comme toi, tendre, douce et aimable, qui faisait le charme de ma vie?... Comment va ton mari? Mes petits-enfants sont-ils bien portants? Mon Dieu ! que je suis triste de ne plus les voir quelquefois ! Et ta santé, ma chère Hortense, est-elle bonne? Si jamais tu étais malade, fais-le moi dire ; je me rendrais tout de suite près de ma bienaimée fille.... Adieu, ma chère Hortense, ma tendre fille; pense souvent à ta mère, et persuade-toi bien qu’il n’y a pas de fille plus chérie que toi ‘. » L’effet prévu par Napoléon et Joséphine ne tarda pas à se produire, et après quelques mois de séjour en Hollande, le couple royal se trouva, par la force des cho-
1. Collection Didot, t. 11, p. 255. — Lettre du 15 juillet 1S06.
ses, ramené pour un temps à de meilleurs rapporta qui procurèrent à l’Impératrice une bien vive satisfaction, encore accrue par toutes les bonnes nouvelles qui lui venaient d Italie.
Là elle n’avait que des sujets de satisfaction, et à cause du ménage délicieux que faisaient le vice-roi et la vice-reine, chaque jour plus heureux et plus remplis de reconnaissance pour celui qui les avait unis, et à cause des sentiments touchants et vraiment paternels que l’Empereur témoignait aux jeunes époux, devenus ses enfants. Pour bien connaître ce cœur si sensible et si bon dans l’intimité de la famille, il faut lire ces quatre précieuses lettres, publiées récemment par l’éditeur de la correspondance du prince Eugène , et adressées par Napoléon à sa belle-fille adoptive '.
« 19 janvier 1806. — Ma fille, la lettre que vous m’avez écrite est aussi aimable que vous. Les sentiments que je vous ai voués ne feront que s’augmenter tous les jours; je le sens par le plaisir que j’ai à me ressouvenir de toutes vos belles qualités, et au besoin que j’éprouve d’être assuré fréquemment par vousmême que vous êtes contente de tout le monde et heureuse par votre mari . Au milieu de toutes mes affaires, il n’y en aura jamais pour moi de plus chères que celles qui pourront assurer le bonheur de mes enfants. Croyez, Auguste, que je vous aime comme un père et que je compte que vous avez pour moi toute