‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 160 sur 232 · Collection Didot , p · texte numérisé non relu

Collection Didot , p

Lacken amenée par la princesse Murat, Mme la maréchale Ney, etla sœur de celle-ci, Mlle Adèle Auguié, que la reine, depuis quelques jours, avait mariée au grand maréchal du palais de Hollande, M. de Broc, et prise pour dame d’honneur. C’étaient là ses meilleures amies d’enfance, et elles étaient accourues de Paris à la Haye pour la consoler. Cette stupeur, cette insensibilité dans la douleur où la mort si imprévue de son enfant avait jeté la reine Hortense, était encore entière; aussi, lorsqu'en accourant les bras ouverts et toute en larmes, l’Impératrice se trouva en présence de sa fille, immobile et inerte, et n’ayant pour elle ni un mot, ni un regard, cette mère épouvantée poussa un cri déchirant, la croyant pour toujours privée de sa raison. Cette voix des entrailles réveilla le cœur de la reine comme une commotion électrique. Pour la première fois des pleurs vinrent dans ses yeux; elle se jeta sur le sein de sa mère en sanglotant , et cette crise fut son salut, caries médecins avaient déclaré que, si elle ne parvenait à reprendre sa sensibilité, elle succomberait dans cet étouffement maternel.

L Impératrice ramena sa fille à Paris, mais il fallut longtemps pour calmer cette légitime douleur. Après quelques mois de paix intérieure à la Haye, le roi et la reine de Hollande, par la pente invincible de leur caractère, avaient vu reparaître ces mutuels chagrins qu’ils se donnaient si facilement, malgré leur désir sincère de les éviter. Mécontent des tribulations de sa politique, entre son peuple et l’Empereur qui lui demandaient des choses contradictoires, affligé de l’ac-

croissemeot de ses souffrances, le roi était retombé dans ces accès de tristesse et d humeur qui rendaient, en effet, la vie commune bien difficile. Aussi, lorsque le malheur qui venait de les frapper était arrivé, la reine Hortense, qui s’était prêtée de bonne foi à cette nouvelle expérience d’entente conjugale, se trouvait à bout de courage et d’espérances. C’était là pour un grand chagrin une disposition qui devait en doubler l'amertume. A la stupeur succéda chez elle une mélancolie obstinée que les soins de sa mère, l’affection ravivée de son époux, et les paternels encouragements de l’Empereur, eurent bien de la peine à dissiper.

On en jugera par cette lettre de Napoléon , écrite le 2 juin de Dantzick , qui venait de capituler entre les mains du maréchal Lefebvre : « Ma fille, vous ne m’avez pas écrit un mot, dans votre juste et grande douleur. Vous avez tout’ oublié comme si vous n’aviez pas encore des pertes à faire. L’on dit que vous n’aimez plus rien , que vous êtes indifférente à tout ; je m’en aperçois à votre silence. Cela n'est pas bien , Hortense ; ce n’est pas ce que vous nous promettiez. Votre fils était tout pour vous. Votre mère et moi ne sommes donc rien ! Si j’avais été à Malmaison , j’aurais partagé votre peine; mais j’aurais aussi voulu que vous vous rendissiez à vos meilleurs amis. Adieu , ma fille; soyez gaie ; il faut se résigner. Portez-vous bien pour remplir tous vos devoirs. Ma femme est toute triste de votre état; ne lui faites plus de chagrin. Votre af-

fectionné père. Napoléon » Il y a là Uh mot caractéristique qui revient souvent depuis le commencement de la campagne, sous la plume de Napoléon. Sois gaie et contente, répète-t-il dans presque toutes ses lettres à Joséphine, ce qui veut évidemment dire : Aies du calme, de la force et du sang-froid; et ici surtout c’est le sens qu’il faut donner à cette expression. Quelques jours après, l’Empereur reçut enfin une lettre de sa belle-fille : « Vos peines me touchent, lui répond-il ', mais je voudrais vous savoir plus de courage : vivre c’est souffrir, et l’honnête homme combat toujours pour rester maître de lui. Je n’aime pas à vous voir injuste envers le petit Napoléon- Louis *, et envers tous vos amis. Votre mère et moi avions l’espoir d’être plus que nous ne sommes dans votre cœur. » Un motif de consolation pour l’Empereur, était ce second neveu, qui, s’il persistait à repousser toute idée de divorce, pouvait, dans les desseins de sa politique, remplacer le fils aîné du roi de Hollande.

Cette crise avait gravement altéré la santé de la reine Hortense. Les médecins lui ordonnèrent les eaux des Pyrénées, et l’Impératrice elle-même l’engagea fortement à exécuter ce voyage qui devait lui procurer des distractions favorables à son étal ; d’autant mieux que le roi Louis de son côté, pour des raisons de santé et afin de faire diversion à son chagrin ,

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