Mémorial, 1" partie, p. 75, 76 et
DE L’IMPÉltATUICE JOSÉPHINE.
Mercy-Argenteau , de Zuidwyck, de Tournon, de Bondy, de Barol, Germain et d’Angosse. Ils se complétaient par d'autres chambellans tirés du royaume d’Italie. Après eux venaient trois préfets du palais , MM. de Luçay, de Bausset et de Saint-Didier. Dans les autres services on trouvait aussi des noms d’autrefois très-significatifs : l’abbé de Broglie au nombre des aumôniers ordinaires ; MM. de Canisy et de Villoutreys, avec la qualité d’écuyers; aux chasses, M. de Girardin; un Grillon et un Contades aux pages. Les pages, au nombre de quarante, faisaient à la Ibis un service intérieur et extérieur. Ils étaient menés militairement et devenaient officiers à dix-huit ans.
La maison de l’Impératrice Joséphine fut ainsi composée : premier aumônier, M. Ferdinand de Hohan, ancien archevêque de Cambray; dame d’honneur, Mme Chastulé de La Bochefoucauld; dame d'atours , Mme de Lavalette; dames du palais, Mmes de Rémusat, de Luçay, de Talhouet, de Lauriston , maréchale Ney, d'Arberg , maréchale Lannes, Duchâtel, Walsh-Serrent, de Colbert, Savary, Octave et Philippe de Ségur, deTurenne, de Montalivet, de Bouille, de Vaux, Marescot, de Pérou, Solar , Lascaris-Vingtimilia, de Brignolé, de Gentile, de Canisy, de Chevreuse, Maret, Victor de Mortemart, et Montmorency- Matignon. Huit chambellans furent attachés au service de l’Impératrice. Le général Nansouty remplissait les fonctions de premier chambellan ; les autres étaient MM. de Beaumont , Hector d’Aubussonu îfi
La Feuillade, de Galard de Béarn, de Saint-Simon- Courtemer, de Grave, de Montesquiou et du Manoir. M. d'Harville, sénateur, fut nommé chevalier d’honneur; le général Ordener, premier écuyer; les colonels Fouler et Corbineau, écuyers.
Dans les tableaux de la cour pour les quatre premières années de l’Empire, tous les noms qui précèdent sont ainsi donnés sans qualité et sans titres. Mais à partir de 1809, tous les titres anciens reviennent, en même temps qu’apparaissent ceux de la nouvelle noblesse créée par Napoléon.
Les maisons de l’Impératrice-Mère et des princesses offrent ce même mélange de noms anciens et modernes. Parmi les noms d’autrefois on distingue ceux de MM. de Clermont-Tonnerre , de Cossé-Brissac , de Forbin, d’Aligre, de Cambis, de Jaucourt, de Quelin, d’Arjuzon, de Laville, de Villeneuve, Victor d’Arlincourt, et de Mmes de Fontanges, de Bressieux, de La Borde-Méréville, de Barrai , de Chambaudoin , de Bréhan, dc doubers, d’Albaret, de La Grange , • de Mailly-Couronel, etc. Si l’on ajoute à ces noms quelques autres, tels que ceux des ducs de Choiseul- Praslin et de Luynes, placés de bonne heure au Sénat; du marquis de Fénelon, ministre à Francfort; du comte de Montesquiou-Fezensac, fait grand chambellan à la place de M. de Talleyrand, devenu vice- Grand électeur, on en conclura qu’une très-grande partie de l’ancienne noblesse, sinon toute, dès cette première partie de l’Empire , s’était ralliée au gouvernement de Napoléon.
Son génie , les services par lui rendus à la société , la gloire dont il décorait la commune patrie , ses avances généreuses et constantes à des adversaires, dont quelques-uns étaient des ennemis, la persuasion qu’un empire si fort ne pouvait périr, et que l’ancienne monarchie, objet de stériles regrets, était passée sans retour, avaient surtout amené ce résultat; mais il faut en attribuer quelque chose, principalement en ce qui concerne les femmes, aux antécédents de l’Impératrice Joséphine, à son influence sociale, au souvenir de toute sa conduite passée envers le parti royaliste, et à la notoriété de son facile et charmant caractère, qui ne faisait présager aux dames destinées à vivre dans son intimité que de doux et agréables rapports.
Deux femmes qui ne firent point partie de la nouvelle cour, et que nous connaissons déjà , Mme la comtesse de Montesson et Mme Campan , fournirent encore dans cette circonstance, à l’Impératrice Joséphine, le tribut de leur expérience. Elles lui Grent connaître les traditions de la cour d’autrefois, et ce fut à elle d’en prendre ou d’en négliger ce que permettait ou défendait l’esprit du temps. Mme de Montesson ne survécut que deux ans à la formation de l’Empire, et cette mort causa de vifs regrets à l'Empereur et à Joséphine. Quant à Mme Campan, quoique soigneuse de vivre à l’écart, et ne voulant pas quitter une profession où bientôt elle allait rendre de nouveaux et plus signalés services, elle continuait, sous le double agrément de l’Impératrice et de son an-
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cienneélève. une correspondance libre, franche quoique toujours guidée par les convenances, où l’une et l’autre trouvaient les plus utiles indications, et des avis que le dévouement seul pouvait dicter.
Mais là ne se bornait pas son intervention. Par un sentiment qui l’honore, elle demanda à l’Impératrice Joséphine de prendre à son service la plupart des anciens employés de la maison de ses infortunés maîtres, ceux du moins qui, comme elle, leur avaient été fidèles, et qui se trouvaient dans des positions intéressantes. Beaucoup en avaient témoigné le désir, et Joséphine, avec le facile assentiment de l’Empereur, s’empressa de les admettre auprès d’elle1.
Dans son désir d’être utile à son élève de prédilection, Mme Campan réunit et lui adressa, en une sorte
1. Voici à cet egard une curieuse lettre de Mme Campan, adressée à a princesse Louis, sur le ton do la plus maternelle tendresse :
« Mon cher ange, je vous ai beaucoup entretenue, l'autre jour, du désir sincère et ardent de plusieurs officier» de service de Louis XVI et de la Heine , d’élre attachés à l’Empereur et à l’Impératrice. Jo puis et je dois vous assurer que l’espoir de voir quelques-uns de ces braves gens replacés près de Leurs Majestés , a déjà fait une grande sensation à Versailles. Je viens d’écrire au général Duroc pour lui recommander de nouveau M. Gentil, frère de la première femme de mon mari; c’est un homme très-intéressant et qui lient à une des familles les plus estimées et anciennement les plus riches de Versailles ; j'avais remis son mémoire à l'Impératrice. J’ai pris la liberté de vous faire présenter Mme Marco (Saint-Hilaire); sa nomination a charmé tous les camarades de son mari et toute sa nombreuse famille; j’espère que vous aurez été contente de son extérieur : elle a une qualité charmante et très-utile dans une femme de chambre, quelque distinguée qu'elle soit, c’est d’être d’une adresse étonnante; elle a de plus beaucoup de talents , elfe entretient une harpe comme un accordeur, écrit a merveille, et est douce et respectueuse.
c J'ai eu, à raison de mon ancienne position ut des bontés actuelles
de mémoire, le résultat de ses réflexions sur les devoirs et les dangers du pouvoir souverain. Ces pages où les plus graves leçons de l’histoire se mêlent aux fines appréciations du temps présent, font le plus grand honneur au caractère et à l’esprit de celle qui les a écrites, et forment une digne suite aux conseils que nous avons enregistrés déjà. Quelques extraits nouveaux les feront mieux apprécier au lecteur qu’aucune analyse.
« Les princes, dit Mme Campan en débutant', ne peuvent être récompensés de leurs vertus et de leurs sacrifices que par l’histoire. La voix publique finit par y graver en caractères ineffaçables l’opinion formée sur eux. Ils doivent donc être sans cesse oc-
de votre auguste famille, au moins soixante pétitions ou lettres; j’ai été obligée d’écriredes refus aussi polis qu'ils peuvent l’être, et je désire que vous sachiez les seules personnes que j’ai recommandées, pour qu'on ne dise pas que j’ai passé les bornes que la discrétion et le respect m'indiquaient , ou au moins pour que j’aie en vous un juge instruit. — M. Gentil , ancien possesseur d'une charge de cinquante mille écus, perdus à jamais pour lui. M. Riquebourg, contrôleur de la maison , homme de la plus grande utilité pour les bureaux et la tenue des états, recommandé par Mme Marmont. M. Bardel , commis de ta même classe , qui a fourni les états que j’ai remis à l’Impératrice. M. Dumontier, comme huissier de la chambre. M. Franchet, le troisième piqueur de la Reine. Daignez aussi permettre à M. Glatignv, valet de chambre ordinaire de la Reine, jeune homme parfaitement élevé, de vous présenter, d’ici à deux jours , une lettre et une pétition pour l’Impératrice; vous me ferez grand plaisir de le recommander fortement. Toutes ces personnes ont plus d’un siècle d’existence de leurs familles dans les mêmes emplois, et on peut compter sur leur profond respect, leur dévouement et leur reconnaissance. » (Lettre d'octobre 1804. Correspondance de Mme Campan, t I", p. 263.)