‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 189 sur 232 · Histoire du Consulat et de l'Empire , t. XI, p · texte numérisé non relu

Histoire du Consulat et de l'Empire , t. XI, p

2. Fragments extraits des Mémoires inédits de. Mme la duchesse de Saint-I.eu. Paris , 1834, dans le tome I" do la collection publiée par le libraire Lcvavasscur, sous le litre de Mémoires de tous.

pour l’associer de son vivant à l’Empire ou le nommer son successeur. Le prince Eugène n’avait point ces illusions de la tendresse conjugale, mais il ne pensait pas néanmoins qu’il venait assis er au sacrifice de sa mère.

A la révélation que lui fit, en l’étreignant avec tendresse, sa sœur qui ne l’avait pas revu depuis 1805, sa première pensée fut pour sa mère, la seconde pour sa femme. Il s’informa si l'Impératrice avait eu la force de supporter ce coup. Rassuré sur elle, il s’affligea de la déception réservée à la mère de ses enfants qui, modeste pour elle-même, avait rêvé pour eux et pour lui au delà de ce trône d’Italie qu’elle leur croyait irrévocablement acquis, et auquel il fallait renoncer, car il n’avait été promis que dans le cas où l’Empereur n’aurait point d’enfants, et celui-ci ne divorçait qu’afin d’en avoir. Mais ce n’était point en vue d’une couronne qu’Eugène s’était montré si dévoué. 11 aimait Napoléon à cause des soins donnés à sa jeunesse, des sentiments manifestés à son épouse et à lui-même, et de l’affectueuse considération jusqu’ici prodiguée à sa mère. L’Empereur pouvait à sa volonté l’élever ou l’abaisser; il savait bien qu’il n’y avait pas là .un concurrent ipais un fils, un ambitieux mais un honnête homme, prince par occasion, et consolé en redevenant soldat.

Comme sa sœur, le prince Eugène pensa que pour ce qui pouvait rester de bonheur à leur mère, il valait mieux qu’elle s’éloignât de la France, afin de ne point assister au triomphe d’une rivale. Quant aux enfants

de Joséphine, après ce qu’ils avaient été et ce qu’ils avaient pu être, leur position ainsi amoindrie allait procurer un tel triomphe à leurs rivaux, il ne faut point dire ennemis, que pour eux aussi la retraite semblait préférable, d’autant plus que les croyant désappointés on les prendrait nécessairement, les malveillants pour point de mire, et les mécontents pour point de ralliement, et qu’on léur donnerait ainsi la posture la plus opposée à leurs sentiments et à leur dignité, celle de mécontents humiliés et impuissants. Le vice-roi partagea donc le projet de sa sœur de quitter tous ensemble des grandeurs où ils n’avaient point trouvé le bonheur, et le séjour des cours où l’on se venge par du dédain envers ceux qui tombent, des hommages qu’on s’est cru forcé de leur rendre pendant qu’ils étaient debout. C’est dans ces sentiments que le prince Eugène arriva à Paris, bien assuré, après le premier moment de désillusion, de faire partager ses idées et ses projets au cœur dévoué et courageux de son épouse.

Les enfants de l’Impératrice se rendirent d’abord chez leur beau-père, Eugène, résigné à tout, souffrant pour les siens bien plus que pour lui-même. — Napoléon, qui l’aimait, le serra dans ses bras, lui expliqua ses motifs, lui démontra l’impossibilité de le faire régner, lui Beauharnais, sur les Bonaparte si difficiles à soumettre, et lui retraça ses projets pour conserver aux Beauharnais une existence conforme aux quelques années de grandeur dont ils avaient joui. Il conduisit ensuite les deux enfants de Joséphine à leur mère.

L’enirevue fut longue et douloureuse. « Il faut que notre mère s’éloigne, répétait Eugène, comme déjà l’avait dit la reine de HoHande, il faut que nous nous éloignions avec elle, et que tous ensemble nous allions expier dans la retraite une grandeur éphémère qui a troublé plus qu’embelli notre existence. » Napoléon, ému, bouleversé, pleurant comme eux, leur dit qu’il fallait au contraire rester auprès de lui, avec leur mère, dans tout l’éclat de la situation où il voulait les maintenir, pour bien attester que Joséphine n’était ni répudiée ni disgraciée, mais sacrifiée à une nécessité d’État, et récompensée de son noble sacrifice par la grandeur de ses enfants, et par la tendre amitié de celui qui avait été son époux. Après beaucoup d'exagérations, car les exagérations apaisent la douleur comme les larmes elles-mêmes, les enfants de Joséphine, comblés des témoignages d’affection de Napoléon, éprouvèrent un soulagement qui passa dans le cœur de leur mère. In peu de calme succéda à ces violentes agitations, mais elles laissèrent sur le noble visage de Napoléon des traces profondes, dont furent frappés ceux qui ne le croyaient capable de concevoir dans son âme impérieuse que des volontés fortes et aucune affection tendre*. »

Loin de désirer quitter la France, l'Impératrice Joséphine demandait comme seule grâce dans son infortune, à rester le plus près possible de l’homme qu’elle chérissait peut-être plus encore depuis qu’il

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