‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 199 sur 232 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

velle. Afiu défaire taire ces bruits qui la désolaient, Joséphine demanda à l’Empereur l’autorisation de venir résider à l’Élysée, qui lui avait été assigné comme palais de ville. Napoléon, toujours soigneux de la calmer et de bien prouver à tous quels étaient les sentiments qu’il conservait à sa première femme, s’empressa défaire disposer ce palais pour la recevoir et y fit porter tous les objets quelle avait laissés aux Tuileries. Sa correspondance est pleine d’affectueux reproches à ce sujet : il ne comprend pas que l’Impératrice puisse se laisser alarmer par de telles rumeurs. « Je te saurai avec plaisir à l’Élysée, lui dit-il le 30 janvier, et fort heureux de te voir plus souvent, car tu sais combien je t’aime. » — «J’apprends que tu t’affliges, ajoute-t-il le lendemain, cela n’est pas bien. Tu es sans confiance en moi, et tous les bruits que l’on répand te frappent; ce n’est pas me connaître, Joséphine. Je t’en veux, et si je n’apprends que lu es gaie et contente , j’irai te gronder bien fort. » Trois jours après, autre lettre sur le même thème : « J’ai dit à Eugène que tu aimais plutôt à écouter les bavards d’une grande ville que ce que je te disais ; qu’il ne faut pas permettre que l’on te fasse des contes en l’air pour t’affliger. J’ai fait transporter tes effets à l’Élysée. Tu viendras incessamment à Paris; mais sois tranquille et contente, et aie confiance entière en moi*. »

L’Impératrice Joséphine vint passer la seconde quin- 1. Collection Didot, t. II, p. 138-141.

zaine Je février et les premiers jours de mars nu palais de l’Élysée, visitée par Napoléon, la cour, le monde des arts, des lettres et du liant commerce, comme si elle eût encore régné. Cette conduite de l’Empereur finit par lui procurer le calme que la Malmaison n’avait pu lui donner, et, bien persuadéo de la sincérité des sentiments de celui qui voulait être son véritable ami après avoir été son époux, reconnaissante envers lui de la manifestation qu’il en avait surtout fuite pendant ces quinze jours, elle demanda d’elle-même, toujours soigneuse des convenances, à aller passer au château de Navarre le mois d’avril, qui devait voir la nouvelle union de l’Empereur.

Nous ne nous étendrons pas sur ce point. Les faits sont assez connus pour qu’il soit, même inutile de les rappeler1. On sait la rupture des négociations avec la cour de Russie, et l’empressement de l’Autriche. Napoléon voulut que le prince Eugène allât de sa part demander au prince de Schwartzemberg, la main de l’archiduchesse Marie-Louise. Il tenait à donner par lâ à l’Empereur François la preuve que sa fille ne trouverait que de bons procédés dans la famille de sa première femme. Le vice-roi , jaloux de prouver aussi, comme au jour de la proclamation du divorce, que rien de personnel n'était dans son cœur, accepta cette mission , mais à une condition à laquelle rien ne put le faire renoncer, c’est qu’il ne serait de la part de l’Empereur l’objet d’aucune faveur iinpor-

1. Voy. l'ffistoire du Consulat et de l’Empire, t. XI, p. 36S-384.

tante que l'on eût pu considérer comme le prix de sa conduite , et un dédommagement pour le divorce de sa mère'.

Entrée en France le 27 mars, la nouvelle Impératrice des Français arriva le 1" avril à Saint-Cloud, où fut célébré le mariage civil, et, le lendemain, elle fit son entrée aux Tuileries, où les deux époux reçurent la bénédiction nuptiale : déjà, depuis un mois , l’Officialité de Paris avait annulé le mariage religieux de Napoléon et de Joséphine pour vice de forme, comme contracté secrètement et sans l’assistance du curé de la paroisse. Le prince Eugène et la reine Hortense figurèrent à leur rang dans une cérémonie où des yeux malveillants cherchèrent inutilement à lire sur leurs traits des sentiments qu’ils n’éprouvaient point, car ils trouvaient main tenant leur mère plus heureuse, dans sa retraite honorée et paisible, qu’au milieu des agitations d’une puissance depuis plus d’un an incertaine et menacée.

Le divorce accompli, l’histoire de l’Impératrice Joséphine semble finie; son rôle public du moins est terminé, et c’est une fois parvenus à ce moment de sa vie, que tous les contemporains de l'Empire qui ont écrit sur leur temps, apprécient quelle fut la première femme de Napoléon. Il y a pour son historien convenance et devoir à réunir ù l’instant où elle quitte la scène politique les principaux jugements

1. Eu égard à la situation faite jusque là au prince Eugène par l'alTection de Napoléon, on no peut voir une faveur digne de ce nom dans le titre qu’il reçut alors de Grand-duc héréditaire do Francfort.

dont elle a été l’objet; mais pour ne pas multiplier les citations, nous ne les demanderons qu’aux souvenirs authentiques des témoins les plus sérieux et les mieux placés pour bien juger.

« Joséphine, à cette époque, écrit M. de Bausset, avait quarante-six ans; il était impossible d’avoir plus de grâces dans les manières et dans lemaintien- Scs yeux et son regard étaient enchanteurs, son sourire plein de charmes; l’ensemble de ses traits et sa voix étaient d’une douceur extrême; sa taille était noble, souple et parfaite : le goût le plus pur et l’élégance la mieux entendue présidaient à sa toilette, et la faisaient paraître beaucoup plus jeune qu’elle ne l’était en effet. Mais tous ces brillants avantages n’étaient rien auprès de la bonté de son cœur. Son esprit était aimable et gai ; jamais elle ne blessa l’amour-propre de personne, et jamais elle n’eut que des choses agréables à dire; son caractère fut toujours égal et sans humeur. Dévouée à Napoléon, elle lui communiquait, sans qu’il s’en aperçût, sa douceur et sa bienveillance, et lui donnait, en riant, des conseils qui lui ont été plus d’une fois utiles. Au risque de me répéter, je dirai que, toujours prête à obliger, elle fit connaître à Napoléon le prix de l’indulgence et de la bonté, et que je ne connais personne qui puisse dire qu’elle ait refusé un bienfait et les secours dans tout ce qui pouvait dépendre d’elle. Aussi les bénédictions et les vœux la suivirent dans son naufrage, et plus tard les hautes puissances de l’Europe s’empressèrent, parleurs hommages, de s’unir aux sentiments de toute

DE L’IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. k'J'.i

la nation. Plus qu’aucune femme que j’aie connue, elle avait ce goût de la société qui, en général, a tant de charmes pour les femmes aussi heureusement partagées. La nature lui avait donné des sentiments toujours vrais, toujours bons. Peu de femmes ont eu au même degré ce sentiment délicat qui les porte à - s’oublier elles-mêmes pour- ne s’occuper que de l’objet qui leur est cher ; cette patience, ce courage vrai, cette tranquillité dans l’excès du malheur; cette noblesse de la bienfaisance, qui répugne à toute ostentation ; ces recherches fines et ingénieuses dans la manière de présenter le bienfait; cette suite, celte constance, j’oserai dire, dans la volonté d’obliger; enfin cette sensibilité qui ne lui faisait ambitionner d’autre prix que le retour des sentiments qu’elle méritait d’obtenir*. »

— « L’Impératrice Joséphine, ajoute M. le duc de Rovigo*, descendit du rang suprême avec beaucoup de résignation, en disant qu’elle était dédommagée de la perte des honneurs par la consolation d’avoir obéi à la volonté de l’Empereur. Elle quitta la cour, mais les cœurs ne la quittèrent point ; on l’avait toujours aimée, parce que jamais personne ne fut si bonne. Sa prévenance envers tout le monde fut la même étant Impératrice qu’elle l’avait été auparavant; elle donnait avec profusion et avec tant de bonne grâce, qu’on aurait cru être impoli que de ne pas accepter ; on ne pouvait entrer chez elle sans en revenir comblé. Elle

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