CHAPITRE X
Premiers temps du mariage de Napoléon. — Jalousie de Marie- Louise; Joséphine craint d’élre éloignée; l’Empereur la rassure. — Elle s'établit à la Malmaison. — Naissance du Roi de Rome; l’Impératrice Joséphine veut le voir. — Le prince Eugène, en 1812 et 1813. — Événements de 1814. — Chute de l’Empire. — Douleur do Joséphine; sa maladie; sa mort; ses funérailles.
Nous l’avons dit, le second mariage de Napoléon accompli, l’histoire de l’Impératrice Joséphine semble terminée. Elle n’offre plus d’événements saillants jusqu’à l’heure de sa mort, dernière et véritable page historique dans une biographie qui en comptait deux, le Divorce et le Couronnement. Quatre années nous restent à raconter. Nous le ferons avec la brièveté a laquelle nous astreint l’étendue forcément donnée aux autres parties de ce livre.
Après les regrets et les marques de sensibilité prodiguées à Joséphine, l’Empereur s’était laissé aller au charme de posséder une femme jeune, douce, naïve, qui n’était pas devenue sans appréhensjon l’épouse de celui qu’on se plaisait à peindre comme violent
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et dur, et qui, par conséquent, avait d’abord besoin d’être rassurée. Napoléon l’entoura de soins tendres et délicats, cherchant à se rajeunir pour se mettre au niveau de ses dix-neuf ans, et la comblant de tout ce que la puissance, le luxe et les arts pouvaient procurer de jouissances à une princesse simplement élevée, quoique née à l’ombre de l’un des premiers trônes de l’Europe. Marie-Louise se montra sensible à ces soins d’un homme d’une si grande renommée , et elle rendit à l’Empereur, pour sa tendresse croissante , un amour calme et naïf comme sa nature , amour sincère toutefois aux jours prospères, mais qui devait s’éteindre au lieu de grandir au milieu des épreuves et des revers.
Ces douceurs de la lune de miel impériale étaient redites, commentées, exagérées au château de Navarre. Joséphine avait abandonné avec courage sa place sur le trône de Napoléon , mais elle entendait conserver la place promise dans son souvenir et dans son cœur. Elle avait attendu et redouté les commencements de cette union nouvelle, comme une épreuve décisive sur les sentiments de son époux , et comme une occasion qui indiquerait au public et à ellemême la véritable et déûnitive situation que le divorce devait lui faire. Naturellement prompte à s’alarmer, elle était disposée à voir où ils n’étaient pas des symptômes d’oubli. En partant de Malmaison, quelques jours avant le mariage , elle avait écrit à l’Empereur. Arrivée à Navarre et trouvant le château peu habitable, elle lui fit demander par sa fille les
moyens (l’exécuter d’indispensables réparations, ou, à défaut, l’autorisation de retourner à la Malmaison au mois de mai. Tout à ses nouveaux devoirs, Napoléon, par un sentiment de délicatesse et non d’oubli, était resté quinze jours sans lui répondre. La tête de Joséphine se monte. Elle se figure que cet éloignement de Navarre n’est que le prélude d’un éloignement définitif que l’on dit souhaité par la nouvelle Impératrice et exigé par l’Autriche. Elle presse alors le prince Eugène d’obtenir de l’Empereur, moins les avances nécessaires pour réparer Navarre , que la permission de rentrer à la Malmaison ; car pour elle ce retour aux portes de Paris devient la pierre de touché de sa position. Eugène n’eut pas de peine à obtenir de l’Empereur ce qui probablement n’était contrarié par personne, et ce qu’il n’avait jamais eu l’intention de refuser.
Nous trouvons à cet égard , dans le recueil que nous avons mis à contribution si souvent, trois lettres que nous devons reproduire, car elles font connaître mieux qu’aucun récit, pendant cette première et caractéristique année du divorce, la situation respective des deux époux. Deux de ces lettres ont été adressées par Joséphine à Napoléon. Ce sont les seules qu’il nous ait été donné de rencontrer; elles sont belles et ne pouvaient être omises dans ce livre. La première, préparée, travaillée, fruit peut-être d’un concert entre l’Impératrice et celles de ses dames qu’elle aimait à consulter, affecte la forme officielle, forme inusitée jusque-là, et que Joséphine avait cru
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commandée par la nouvelle position et le silence de l’Empereur. Mais dans la seconde, explosion d’un cœur satisfait au sein de l’infortune, l’amie de Napoléon se révèle tout entière. Voici celte remarquable correspondance :
a Navarre, le 19 avril 1810.
a Sire ,
« Je reçois, par mon fils, l’assurance que V. M. consent à mon retour à Malmaison , et qu’elle veut bien m'accorder les avances que je lui ai demandées pour rendre habitable le château de Navarre. Cette double faveur, Sire, dissipe en grande partie les inquiétudes, et môme les craintes que le long silence de V. M. m’avait inspirées. J’avais peur d’être entièrement bannie de son souvenir : je vois que je ne le suis pas. Je suis donc aujourd’hui moins malheureuse, et même aussi heureuse qu'il m’est désormais possible de l’être.
« J’irai à la fin du mois à Malmaison , puisque V. M. n’y voit aucun obstacle. Mais je dois vous le dire, Sire, je n’aurais pas sitôt profité de la liberté que V. M. me laisse à cet égard, si la maison de Navarre n’exigeait pas pour ma santé, et pour celle des personnes de ma maison, des réparations qui sont urgentes. Mon projet est de demeurer à Malmaison fort peu de temps; je m’en éloignerai bientôt pour aller aux eaux. Mais, pendant que je serai à Malmaison, V. M. peut être sûre que j’y vivrai comme si j’étais à mille lieues de Paris. J’ai fait un grand sacrifice, Sire, et chaque jour je sens davantage
toute son étendue. Cependant ce sacrifice sera ce qu’il doit être; il sera entier de ma part. V. M. ne sera troublée dans son bonheur par aucune expression de mes regrets.
« Je ferai sans cesse dos vœux pour que V. M. soit heureuse, peut-être même en ferai-je pour la revoir; mais que V. M. en soit convaincue, je respecterai toujours sa nouvelle situation, je la respecterai en silence; confiante dans les sentiments quelle me portait autrefois , je n’en provoquerai aucune preuve nouvelle; j’attendrai tout de sa justice et de son cœur.
« Je me borne à lui demander une grâce, c’est qu’elle daigne chercher elle-même un moyen de convaincre quelquefois et moi- même et ceux qui m’entourent , que j’ai toujours une petite place dans son souvenir, et une grande place dans son estime et dans son amitié. Ce moyen, quel qu’il soit, adoucira mes peines, sans pouvoir, ce me semble, compromettre, ce qui importe avant tout, le bonheur de V. M.
« Joséphine. »
Jiéponse de l'Empereur.
t Compiëgne, le 21 avril 1810.
h Mon amie, je reçois ta lettre du 19 avril; elle est d’un mauvais style. Je suis toujours le même ; mes pareils ne changent jamais. Je ne sais ce qu’Eugène a pu te dire. Je ne t’ai pas écrit parce que tu ne l’as pas fait, et que j’ai désiré tout ce qui peut t’être agréable*