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dre : on lui prêta le dessein de relever le trône; et, comme l’espérance s’enivre d’elle-même, on en vint bientôt à croire qu’il allait rétablir la monarchie au profit de la maison de Rourbon. La circonstance du mariage du dictateur de la France avec la veuve de l’un des membres de l’aristocratie d’autrefois; la vénération notoire que professait Joséphine pour le roi et la reine si cruellement immolés; les craintes qu’il était si facile de deviner dans celte âme inquiète des périls que pouvait faire courir à un époux bien-ainié tout accroissement d’une fortune déjà portée si haut; tout cela fit penser aux chefs et aux agents du parti que l’on pouvait, dans la poursuite d’un but si désiré, compter sur la femme du Premier Consul lui-même.
Déjà, dès les premiers jours du Consulat, deux des plus honorables membres du comité royaliste, MM. d’Andigné et Hyde de Neuville avaient demandé à être présentés au général Bonaparte, dans le dessein de souder ses intentions. Il les reçut poliment, et accueillit leurs insinuations en homme qui a le sentiment de sa force , et ne veut être le serviteur d’aucun parti*. Après, vinrent les tentatives directes des princes exilés, et les lettres dans lesquelles le chef de la maison de Bourbon, le conviant au rôle de Monck, lui promettait les plus hautes récompenses. On connaît la réponse faite par le Premier Consul : elle «levait ôter toute espérance. Mais les Bourbons qui
1. Histoire du Consulat et de l'Empire , par M. Tüiers, 1. 1", p. 56.
croyaient à Bonaparte la puissance de les rétablir, ne pouvaient se figurer qu’il n’en eût pas la volonté. Le comte d’Artois voulut aussi de son côté entamer avec lui une négociation, par l’intermédiaire de Mme Bonaparte. Voici le récit de cette tentative où est directement mêlé le nom de Joséphine, telle du moins que la rapporte le Mémorial, à qui nous laissons toute la responsabilité de ces détails.
« L’ouverture de M. le comte d’Artois eut plus d’élégance et de recherche encore. 11 dépêcha la duchesse de Guiche, femme charmante, très-propre, par les grâces de sa figure, à mêler beaucoup d’attraits à l’importance de la négociation. Elle pénétra facilement auprès de Mme Bonaparte , avec laquelle toutes les personnes de l'ancienne cour avaient des contacts naturels; elle en reçut un déjeuner à la Malmaison, et, durant le repas, parlant de Londres, de l’émigration, et des princes, Mme de Guiche raconta qu’il y avait peu de jours , étant chez M. le comte d’Artois, quelqu’un parlant des affaires, avait demandé au prince, ce qu’on ferait du Premier Consul, s’il rétablissait les Bourbons, ce prince avait répondu : « D’abord connétable et tout ce qui « s’ensuit, si cela lui plaisait. Mais nous ne ne « croirions pas que cela fût encore assez ; nous « élèverions sur le Carrousel une haute et magni- « fique colonne, sur laquelle serait la statue de « Bonaparte couronnant les Bourbons, n Le Premier Consul arrivant quelque temps après le déjeuner, Joséphine n’eut rien de plus pressé que de lui rendre
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cette circonstance. « Et as-tu répondu, lui dit son mari,
„ que celle colonne aurait pour piédestal le cadavre « du Premier Consul ? » La jolie duchesse était encore là : les charmes de sa figure, ses yeux, ses paroles étaient dirigés au succès de sa mission. « Elle était « heureuse, disait-elle; elle ne saurait jamais assez « reconnaître la faveur que lui procurait en ce « moment madame Bonaparte, de voir et d’en- « tendre un grand homme, un héros. » Mais tout fut vain ; la duchesse de Guiclie reçut dans la nuit l’ordre de quitter Paris, et les charmes de 1 émissaire étaient trop propres à alarmer Joséphine, pour qu’elle insistât ardemment en sa faveur : le lendemain la duchesse de Guiche était en route pour la frontière'. »
Mais les princes ne pouvaient se décider à renoncer à cette chance favorable que semblait leur avoir préparée la Providence, d’un pouvoir assez fort, pensaient-ils, pour disposer de la France, et l’entraîner où il voudrait la conduire. Malgré la réponse du Premier Consul , le comte de Lille n’avait pas désespéré. On le voit par cette lettre curieuse pour notre sujet, qu’il écrivait de Varsovie, au marquis de Clermont-Gallerande , un de ses plus habiles agents, qui avait accès aux Tuileries, et dans laquelle il insistait sur la considération des périls qui entouraient Bonaparte, considération bien plus faite pour toucher Joséphine dont c’était là, en effet, la préoccu-