‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 20 sur 232 · Mémorial, l" partie · texte numérisé non relu

Mémorial, l" partie

ivrante atmosphère de sollicitations , de prières et d’aclions de grâces. Plusieurs même s’ingéniaient à se trouver avec elle, soit par sa propre famille, soit par les nombreuses alliances des Beauharnais, quelques liens de parenté que l’on tenait, quoique parfois très- fugitifs, pour très -prochains et surtout pour très-précieux. De la* mère ces hommages se reportaient sur la fille, et Mlle Hortense de Beauharnais, définitivement sortie de pension, était presque plus courtisée, car on la disait encore mieux disposée pour les royalistes et la royauté , et l’on s’occupait de son établissement dans plus d’une grande famille du faubourg. Le Premier Consul fermait les yeux. A quelques exceptions près, l’ancienne noblesse ne se présentait point dans les réunions publiques des Tuileries, moins par répugnance que parce que le Consul eût craint d’effaroucher la révolution : on la voyait surtout le matin , dans l’appartement particulier de Joséphine. Mais Bonaparte permettait que sa femme et sa belle-fille se rendissent à des dîners et même à des bals que ce monde à la fois satisfait et hésitant leur offrait.

L'une des solliciteuses les plus assidues auprès de la mère et de la fille, était l’ancienne femme de chambre de Marie-Antoinette, sollicitée à son tour à Saint- Germain , pour le crédit réel qu’on lui supposait sur son élève et sur Mme Bonaparte. Hortense avait laissé là de vieilles amies, Mmes de Beauveau, de Poix, de niùpital, etc., qui dans cette retraite par elles

choisie, vivaient fort intimement avec son grandpère et sa grand’tante'.

Cette situation porta au plus haut point les illu-

1. On trouve dans la correspondance de Mme Campan avec son élève de nombreuses traces de ces sollicitations. Nous prenons au hasard :

« Dites à sotro chère maman que Mme de Poix, qui a passé la matinée avec moi hier, lui recommande bien madame.... pour la première radiation ; elle est veuve, n'a rien en France, aime son pays pour ses amis; il n’y a réellement nulle conséquence à presser son affaire » (t. I", p. 77). « Ma chère llorlcnse, vous trouverez ci-jointe une lettre de Mme de Loslanges, qui parait avoir à réclamer auprès de votre maman un service bien essentiel pour la radiation définitive de M. de NicolaV, son oncle, le seul des trois frères qui ne soit point tombé sous la hache de Robespierre. Je lui ai conseillé d'aller vous voir » (tbid. p. 116). t M. Gruel, neveu de Mme del Hôpital, ma chère Hortense, a éto arrêté, il y a dix à douze jours, par mesure de sûreté, comme chouan amnistié ; mais il a été interrogé, et j’ai la certitude qu’on'ne trouvera en lui qu'un être fort innocent, rentré uniquement pour avoir du pain par la famille de sa femme. J'en ai déjà parlé à votre maman : je lui demande dans cette lettre de le recommander vivement pour une prompte sortie» (r bid. p. 137). «Je joins ici une lettre que l'apcien évêque de Saint-Malo m'a priée de vous envoyer pour ces mêmes dames qui vous ont déjà fait parvenir la peinture de leur malheur. Il assure qu'elles no sont nullement coupables, mais seulement imprudentes par des liaisons avec des gens qui cachaient comme leur plus secrète pensée, le plus exécrable de tous les projets (l’attentat du 3 nivôse). J'ai souligné ce qui vous est nécessaire de lire » («fci'd. p. 167).

Nous devons joindre ici cette curieuse anecdote racontée par Mme Campan au mari de l'une de ses élèves les plus chéries, chez lequel, sous la Restauration, elle se relira pour mourir, et qui s'est fait son chroniqueur honnête et fidèle :

« En 1801, M. Dubreuil, médecin, et Mme de l'Hôpital, tous deux habitants de Saint-Germain, furent arrêtés et conduits an Temple, le premier pour avoir tûlé le pouls de l'enfant de M. Talon, émigré, la soconde pour l'avoir reçu plusieurs fois. La présence quoique cachée de M. Talon, avait donné de l'ombrage au gouvernement. La police rusée d'alors ne put le saisir; ayant manqué le but principal, elle se rattacha aux circonstances. Je me rendis de suite aux Tuile-

sions qui, même dans les plus mauvais jours de la révolution, n'avaient jamais abandonné le parti royaliste. On voyait le Premier Consul rétablir l’or-

ries. Dés que le Premier Consul m’aperçut : « Vous venez, me dit-il, me parler pour les hululants de Saint-Germain. Votre dame de l’Hôpilal est une intrigante. — Permettez, général ; on a pu lui reprocher d'étre autrefois un peu légère, mais è soixante-dix-huit ans, il n’en reste rien. Pour intrigante, non ; un peu de coquetterie siérait mieux à son esprit, mais elle est aveugle. Elle reçoit quelques personnes tous les soirs, et dans la crainte de manquer de politesse, elle fait la révérence même aux absents. »

* Lorsque Napoléon eut appris ces deux circonstances, il devint furieux, et me dit en prè.-ence de Joséphine : « Une femme de soixante-dix-huit ans, aveugle, est toujours innocente en politique. Le ministre a commis un acte barbare, indigne de mon gouvernement. Quand Fouché s'entendrait avec mes ennemis, il n'aurait pu mieux faire ; c’est dans un accès de délire qu’il a commis cette faute. Je n’entends pas que mon autorité soit employée pour consommer de tels actes. Je veux que la raison puisse avouer tout ce qui émane de mon pouvoir; un gouvernement doit avoir des vues grandes et des idées généteuses.... Qu’a fait le médecin? — Général, il a donné des soins à l'enfant rie M. Ta!on; il visite tous les jours, depuis bien des années, sa compagne d'infortune au Temple. — C'est incroyable! un médecin a le droit de tâter le pouls de mes amis comme de mes ennemis, sans qu'un ministre puisse le trouver mauvais ; celte profession n’imprime pas, comme les places, une opinion de commande. L'abus déconsidère l'autorité et la compromet; je vais m’en expliquer avec le ministre et faire sortir les deux victinies. » Crispé de colère, il sonna avec violence, et ordonna qu’on allât chercher Fouché qui, pour me servir d'une expression bien vulgaire, reçut un fameux galop. Cependant les prisonniers ne sortirent que trente heures après cette conversation, tant le ministre blessé mit de lenteur et de mauvaise volonté à remplir les formalités qui devaient procurer leur sortie. Une voilure de Joséphine alla les prendre ; ce qu’apprenant Mme de l'Hôpital, elle s’écria : « E-t-re le bel attelage blanc de Mme Bonaparte? — Eh! qu'importe, madame, qu'il soit blanc ou noir, reprit M. Dubiouil avec humeur, pourvu qu'il nous éloigne d'ici I » ( Journal anecdotique de Mme Campan, ou Souvenirs recueillis dans ses entretiens, par M. le docteur Maigne, p. 12.) Nous aurons d'autres emprunts à faire à cet intéressant ouvrage.

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