‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 23 sur 232 · Ancien gouverneur des Antilles · texte numérisé non relu

Ancien gouverneur des Antilles

2. Le Consulat et l'Empire, Histoire de la France et de Napoléon Bonaparte, do 1799 à 1815, par A. C. Thibaudeau. Paris, Jules Renouard, 1834. T. II, p. 202.

pliine qui n’était pas dans le secret du génie et des aspirations de son époux. Pour qui a étudié les documents, les souvenirs et le langage du temps, il devient évident qu’elle n’a nullement souhaité le souverain pouvoir pour son mari et par conséquent pour elle, et qu elle a espéré, désiré même, au début du Consulat, voir rendre à la royauté héréditaire ce palais des Tuileries où elle n’était pas entrée sans un certain serrement de cœur, en pensant à ses antiques maîtres et à ses derniers hôtes, et dont l’éclat était singulièrement obscurci à ses yeux par les anxiétés qui l’y poursuivaient.

Bourriennc, dans la partie de ses Mémoires qui paraît lui être vraiment personnelle, contient à eet égard de formelles affirmations. A l’en croire, l'appel du chef de la maison de Bourbon avait produit dans l ame du Premier Consul une certaine agitation. « Je dois dire, ajoute-t-il1, que Joséphine et Hortense le conjurèrent de donner de l’espoir au roi; que cela ne l’engageait à rien , et lui laisserait le temps de voir s’il ne pourrait pas par la suite jouer un rôle bien autrement grand que celui de Monck. Les instances étaient si fortes qu’il me disait : « Ces diables de « femmes sont folles. C’est le faubourg Saint-Ger- « main qui leur tourne la tête : on en a fait l’ange tu- « télaire des royalistes; mais cela qe me fait rien, « je ne leur en veux pas. » Mme Bonaparte me dit qu’elle le poussait à cette démarche pour que lui-

1, Mémoire», t. IV, p, 76.

même ne songeât pas à se faire roi, ce qui réveillait toujours pour elle un pressentiment de malheur qu’il lui était impossible d’écarter de son esprit. »

L’ancien secrétaire de Napoléon , se faisant fort de confidences au moins douteuses, prétend qu’à cette époque le Premier Consul lui aurait aussi exposé à lui-même les motifs d’ordre public et de politique nationale qui le portaient à repousser les propositions des princes : « Pesez bien, lui aurait dit Bonaparte’, toutes les difficultés de ce qu’on me propose : comment garantir tant de droits acquis , tant de résultats matériels contre les efforts d’une famille rentrant dans son pouvoir, et revenant avec quatre-vingt mille émigrés et l’influence du fauatisme? Que deviendront ceux qui ont voté la mort du roi; les hommes qui se sont prononcés avec exaltation dans la révolution ; les domaines nationaux; une foule de transactions passées depuis douze ans? Êtes-vous homme à prévoir jusqu’où ira la réaction?... Croyez-moi, les Bourbons s’imagineraient avoir conquis leur héritage; ils en disposeraient à leur guise. Les engagements les plus sacrés, les promesses les plus positives disparaîtraient devant la force. Mon parti est pris; n’en parlons plus. Mais je sais combien ces femmes vous tourmentent : vous devez les faire revenir de leur aveuglement, de leurs ridicules pressentiments; qu’elles me laissent faire et qu’elles tricotent. » Nous ne pouvons prendre pour authentique ce langage

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