‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 44 sur 232 · Mme la duchesse d’Abrantés, t. IV, p. U · texte numérisé non relu

Mme la duchesse d’Abrantés, t. IV, p. U

reçus encore fort tard, car Joséphine avait l’habitude

de se coucher à une heure avancée, et on allait

souvent cher elle après le spectacle. On l’y trouvait causant, brodant, faisant de la tapisserie , jouant au tric-trac, au reversi et au wist, jeux où elle était d’une certaine force, et, quand le cercle s’était un peu éclairci, faisant une partie de billard avec quelques préférés , et parfois avec le Premier Consul luimême , qui cherchait dans ce jeu un exercice utile à sa santé.

11 n’y a qu’une voix sur la parfaite bonne grâce, sur l’art à la fois naturel et savant déployé par Joséphine dans ce salon consulaire où, avant d’être souveraine , elle régnait déjà par le charme et la séduction qui étaient en elle. Le moment est venu de reproduire quelques-uns des principaux traits de sa physionomie. Comme pour sa fille et pour son fils, nous aimons mieux les demander aux contemporains, que d’essayer de nous-mêine un portrait de seconde main, où l'on voudrait peut-être voir de la fantaisie, malgré notre soin pour rester dans le» limites de la sincérité.

« L’Impératrice Joséphine, dit un homme de la plus particulière intimité', était d’une taille moyenne, modelée avec une rare perfection : elle avait dans les mouvements une souplesse, une légèreté, qui donnaient à sa démarche quelque chose d’aérien, sans exclure néanmoins la majesté d’une souveraine.

1. Constant, premier valet de chambre de l’Empereur, t. II, p. 153.

Sa physionomie expressive suivait, toutes les impressions de son âme, sans jamais perdre de la douceur charmante qui en faisait le fond. Dans le plaisir comme dans la douleur, elle était belle à regarder. Jamais femme ne justifia mieux qu’elle cette expression que les yeux sont le miroir de l’âme. Les siens, d’un bleu foncé, étaient presque toujours à demi fermés par ses longues paupières, légèrement arquées, et bordées des plus beaux cils du monde; et quand elle regardait ainsi, on se sentait entraîné vers elle par une puissance irrésistible. Il eût été difficile à l’Impératrice de donner de la sévérité à ce séduisant regard; mais elle pouvait et savait au besoin le rendre imposant. Ses cheveux étaient fort beaux , longs et soyeux; leur teint châtain clair se mariait admirablement à celui de sa peau, éblouissante de finesse et de fraîcheur. Au commencement de sa suprême puissance, l’Impératrice aimait encore à se coiffer, le matin, avec un madras rouge, qui lui donnait l’air de créole le plus piquant à voir. Mais ce qui , plus que tout le reste, contribuait au charme dont elle était entourée, c’était le son ravissant de sa voix. Que de fois il est arrivé à moi, comme à bien d’autres, de nous arrêter tout d’un coup en entendant cette voix, uniquement pour jouir du plaisir de l’entendre ! On ne pouvait peut-être pas dire que l’Impératrice était une belle femme; mais sa figure toute pleine de sentiment et de bonté, mais la grâce angélique répandue sur toute sa personne, en faisaient la femme la plus attrayante. » Tel est le portrait complet et non

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