‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 45 sur 232 · HIST011U · texte numérisé non relu

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sans charme, tracé avec enthousiasme, et malgré cela ressemblant, par un homme d’une situation modeste, subalterne même , mais par son service intérieur, placé pour en bien parler'.

Le même serviteur a disséminé, dans le cours de son récit, quelques-uns des traits de la physionomie morale de Joséphine, que nous allons grouper ici : <f La bonté, dit-il, était aussi inséparable de son caractère, que la grâce l’était de sa personne. — Bonne à l’excès, sensible au delà de toute expression, généreuse jusqu’à la prodigalité, elle faisait le bonheur de tout ce qui l’entourait; aussi jamais femme n'a été plus aimée de tous ceux qui l’approchaient, et n’a mieux mérité de l’être. — Comme elle avait connu le malheur, elle savait compatir aux peines des autres; d’une humeur toujours douce , toujours égale, aussi obligeante pour ses ennemis que pour ses amis, elle ramenait la paix partout où il y avait querelle ou discorde; lorsque l’Empereur se fâchait avec ses frères et avec d’autres personnes, elle disait quelques mots et tout s’arrangeait. — Elle avait un tact parfait, un sentiment exquis des convenances, le jugement le plus sain, le plus infaillible qu’il fût possible d’imaginer. — Joséphine avait une mémoire prodigieuse que l’Empereur savait mettre à contribution fort

1. On a contesté au valet de chambre deKapoléon la rédaction dises Mémoires. Sans doute il a été aidé, et sa rédaction a été retouchée; mais le fond doit être accepté, surtout en ce qui concerne la personne , le caractère et les habitudes des mattres que Constant a

servis.

souvent. — Elle lisait avec ce charme particulier qui se mêlait à toutes ses actions ; Napoléon la préférait à tous ses lecteurs1. » Certes, c’est encore là. une peinture en beau, mais quelque passion flatteuse que l’on puisse supposer chez celui qui l’a tracée , il n’a inventé aucun de ces traits que l’on retrouve chez un autre témoin domestique , contesté aussi , il est vrai, pour certains faits, mais dont on ne peut également rejeter, sans motifs précis, les attestations concernant une personne bien connue.

Voici comment s’exprime Mlle Avrillon, qui remplissait auprès de Joséphine le même office que Constant auprès de Napoléon : « Il n’y avait qu’une voix sur l’exquise bonté de Mme Bonaparte; on en citait une foule de traits, et l’on ne tarissait point en éloges sur les excellentes qualités dont elle était douée. Elle était d’une affabilité extrême avec toutes les personnes qui l’entouraient; je ne crois pas que jamais femme ait moins fait sentir la dépendance où l’on était d’elle. Elle était très -instruite; en outre , elle était douée de la mémoire la plus heureuse que l’on puisse imaginer , et surtout pour le rang qu’elle occupait, car elle avait par-dessus tout la mémoire des personnes , ce qui ne contribua pas peu à lui faire beaucoup d’amis. Quand elle revoyait quelqu’un qu’elle n’avait pas vu depuis longtemps , on était flatté de la voir se souvenir de tout , et entrer dans les moindres détails sur des choses

1. Mémoires de Constant, t. I", p. 21 et 39, et t. II, p. 70, 158 et 159.

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que les personnes même que cela concernait, avaient quelquefois oubliées ; elle connaissait jusqu'aux moindres particularités sur leurs familles, sur leur vie intérieure, et les rappelait toujours avec sa bienveillance accoutumée. » Après avoir parlé aussi de « son organe enchanteur, » de « son ton doux et caressant, » de « son tact parfait, » Mlle Avriilon constate, à son tour, le talent tout particulier de Joséphine pour la lecture : «Napoléon, ajoute-t-elle en terminant, aimait à l’entendre lire, car elle lisait à merveille, et elle-même aimait beaucoup à lire tout haut. 1 »

Le charme do la voix de Joséphine est attesté par l’anecdote suivante que rapporte M. de Bourrienne. C’était lors du retour de Marengo : « La joie , dit-il , fut générale, vive, profondément sentie, non-seulement dans les premiers et les seconds rangs de la société , mais par tout le monde , et l’amour que de toute part on témoigna au Premier Consul , était sincère. Qu’il était heureux! et avec quelle effusion il me dit un jour, en remontant de la parade : « Bour- « rienne, entendez-vous le bruit de ces acclama- « tions qui continuent encore? il est aussi doux « pour moi que le son de la voix de Joséphine : que « je suis heureux et lier d’être aimé d’un tel peuple! » — «Je n’ai jamais vu, ajoute le même en parlant de Mme Bonaparte, aucune femme apporter dans la société de tous les jours, autant d’égalité de carac-

1. Mémoires de Mlle Avriilon, première femme de chambre de l'Impératrice, sur la vie privée de Joséphine, sa famille et sa cour, t. I", p. 38 et 124; t. II, p. 329 et 358.

1ère , autant de eet esprit de bienveillance qui est la première condition de l'amabilité. 1 2 »

Mme Ducrest a pareillement fourni son portrait de Joséphine; il se rapporte plutôt aux dernières années de l’Empire , à l’époque où l’auteur eut occasion de connaître l’Impératrice de plus près, et c’est après le Divorce que nous aurons surtout à faire usage de ses Mémoires, qui ne peuvent offrir de renseignements personnels qu’à partir de cette date. Mais on trouve chez elle une observation qui s’applique à toutes les phases de la physionomie de Joséphine. «On a tenté inutilement jusqu’ici, ditelle, de peindre l’effet que produisait l’ensemble de l’Impératrice. Tous ses portraits sont loin du modèle: la grâce est si fugitive qu’il est impossible de la saisir, et c’était surtout ce qui distinguait cette personne si bonne quand elle n’était qu’une simple particulière , si adorable quand elle fut sur le trône. ’ » Ses portraits peints, modelés ou gravés, et celui notamment que nous avons reproduit en tête de ce livre, attestent en effet chez elle la finesse , la distinction des traits et de la tournure, la beauté des bras, de la poitrine et des épaules, l’élégance des extrémités, l’aisance du port de tête; mais ils sont impuissants à rendre l’éclat du teint et la transparence soyeuse de la peau , cette animation des yeux à la fois vifs et doux , cette éloquence du sourire et sur-

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