‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 5 sur 232 · T. IV, p · texte numérisé non relu

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génie; David, dont le grand talent faisait oublier la carrière politique; cl Talma, une liaison, presque un ami de la première heure, ancien maître du logis, que Napoléon et Joséphine n’oublièrent jamais et estimèrent toujours. Moins intimes, niais assidus encore, venaient Joseph Chénier, avec ses façons brusques et son ton tranchant qui dissimulaient la mélancolie profonde où l’avaient jeté d’atroces calomnies; Volney , Andricux, Picard, Colin d’Harleville, Baour l.ormian, Parceval-Grandmaison, Alexandre Duval et Bouilly , l’intéressant et naïf auteur de pièces applaudies et des Coules à ma fille, qui s’était découvert une parenté avec la famille de I a Pagerie et qu’à cause de cela, Joséphine recevait avec une nuance plus marquée de bienveillance*. Nous énumérons sans classer et surtout sans juger ; nous n’en avons ni le désir ni le temps.

Aux littérateurs et aux artistes se joignait l’élite des savants. Le général Bonaparte accueillait surtout ses collègues de l’Institut avec une gracieuse coquetterie. C’avait été pour lui une grande satisfaction et un succès prisé à l'égal d’une victoire que sa nomination dans le premier corps scientifique de l’Europe. 11 prit avec empressement ce titre de membre de l’Institut, le fit imprimer sur ses lettres et adopta de prédilection le costume académique pour les cérémonies officielles. Pouvoir joindre ainsi le relief de la science à son renom de capitaine, c’était pour lui une distiuc-

1 . Mémoires et Sourenirsou met ItécapUulatioru, part. N. Bouilly. T. Il ,p. 155.

lion de plus parmi les autres généraux que déjà il dominait.

La société de l’hôtel de la rue de la Victoire, où l’on voyait peu de femmes *, se composait encore des généraux de l’intimité de Bonaparte, d’anciens amis de Joséphine, de quelques hommes politiques fort rares, mais sûrs, qui devinaient l’avenir et la mission du jeune général, et, préoccupés des dangers de la patrie, lui auraient déjà donné le pouvoir s’il l’eût voulu.

Continuant une habitude prise à l’armée d’Italie , le général Bonaparte donnait de fréquents dîners. Les savants, les écrivains et les artistes formaient la majorité des convives, et c’est dans ces réunions intimes, dont Joséphine faisait les honneurs avec son affabilité accoutumée, que Bonaparte se laissait aller à sa passion, qui chez lui était un talent, pour la conversation. « Les soirées qui suivaient ces dîners, ajoute le chroniqueur du cénacle, étaient employées d'ordinaire à la lecture de l’ouvrage d’un des convives.... Pendant ces soirées consacrées aux Muses, le salon du général, devenu leur sanctuaire, était fermé à tous les profanes. » Ducis y récitait de mémoire ses plus belles scènes. Bernardin de Saint-Pierre y donna la primeur de son dialogue de Socrate , que l’auditoire , sans le lui dire , trouva quelque peu long*.

Mais les lecteurs les plus assidus étaient Legouvé et Arnault. En pleine Terreur, le premier avait osé

1. Nous ne trouvons, à cet Agard et pour ce moment précis, uucunc indication dans les récits contemporains.

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