‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 50 sur 232 · LE RUISSEAU DE LA MALMAISON · texte numérisé non relu

LE RUISSEAU DE LA MALMAISON

Vers pour la fête de Madame du Mol S.

(C'est le dieu du ruisseau qui parle.)

Parmi les jeux que pour vous on apprête,

Permettez, belle Églé, que le dieu du Ruisseau,

Qui, charmé de baigner votre heureuse retraite,

Vous voit rêver souvent au doux bruit de son eau ,

Vienne s’unir à cette aimable fête.

C’est à vous que je dois le destin le plus beau :

Mes ondes, avant vous, faibles, déshonorées.

Sur un terrain fangeux se traînaient ignorées;

C’est vous de qui les soins, par des trésors nouveaux ,

Ont augmenté les trésors de ma source;

C’est vous qui, dans leur course,

Sans les gêner, avez guidé mes eaux.

Vous de Marly, Naïades orgueilleuses,

Qu’au haut des monts, vos eaux ambitieuses S’élèvent avec peine et fassent gémir l’air Du bruit affreux de leurs chaînes de fer;

Moi dans ma course vagabonde ,

A son penchant j’abandonne mon onde.

Que dans de pompeuses prisons ,

Le marbre «les bassins tienne vos eaux captives :

HISTOlltE

Lorsque Mme Bonaparte acheta la Malmaison , la propriété était loin d’avoir l’importance à laquelle elle arriva par des accroissements successifs. Elle ne comprenait que le château , alors en mauvais état , le parc tel qu’il se retrouve encore aujourd’hui , après que les terres acquises au nom de Joséphine ont été vendues par ses héritiers, et une petite ferme.

Une fois propriétaire de la Malmaison, dès l’automne de \ 798 , et pendant la belle saison de l’armée suivante, Mme Bonaparte, voulant obtenir l’approbation de son époux pour son acquisition, dont le site et l’ombre lui plaisaient surtout, se mit avec ardeur à l’œuvre, et ordonna d’elle-même les premiers travaux de restauration et d’embellissement qu’avait rendus

Entre des fleurs et des gazons Je laisse errer mes ondes fugitives.

Allez baigner des rois le séjour enchanté ;

Moi, j'arrose des lieux où se plaît la beauté.

Là , prenant tour à tour vingt formes différentes ,

Mes flots se font un jeu d’exprimer dans leur cours ,

De la cbarmaute Eglé les qualités brillantes.

Kl savent toujours plaire en l’imitant toujours.

La pureté de ces eaux transparentes D’un cœur plus pur encor peint la naïveté ;

Le jet brillant de ces eaux bondissantes.

De son esprit peint la vivacité.

Voit-on mes Ilots, au gré de la nature ,

Suivre négligemment leur cours;

C’est l'image de ses discours.

Qui nous plaisent sans imposture.

J’aime à répéter dans mes eaux L’azur des cieux , les fleurs de mon rivage,

Et la verdure des berceaux :

Mais j’aime cent fois mieux réfléchir son image.

(Œuvres de J. Delille. fol. Le Fèvre, 1833, en un seul volume,

nécessaires la négligence d’un long séquestre. Elle y employa un ami d’un goût parfait, un artiste véritable en même temps qu’un savant , M. Alexandre Lenoir, qui, avant le retour d’Égypte , eut rendu la maison non-seulement habitable, mais digne, en partie, de l’hôte déjà si illustre et bientôt si puissant qui .allait l’occuper. Entre autres embellissements, M. Lenoir fit placer à la porte du château donnant sur le parc, et en tête du pont-levis qu’on y voyait alors, deux petits obélisques en marbre rouge de quatorze pieds de haut, chargés d’hiéroglyphes dorés, et provenant de l’ancien château de Richelieu. Cette décoration égyptienne était une délicate surprise que Joséphine et son intelligent conseil voulaient procurer au conquérant du Nil’.

Revenu d’Égypte, Bonaparte approuva le choix fait par sa femme de la Malmaison , ainsi que les travaux ordonnés par elle. La situation , la distance lui con-

1. Nous ignorons l’époque à laquelle ont commencé les relations de M. Alexandre Lenoir avec Joséphine; sans doute elles dataient de la rue Chantereinc, et les goûts d'art de Mme Bonaparte lui avaient fait accueillir comme il le méritait un homme si honorable et si connu par son lalent de dessinateur et sa science d'antiquaire, créateur de ce Musée des monuments français qui avait sauvé tant d'œuvres remarquables de la destruction révolutionnaire. Dès avant le Consulat, Joséphine avait pour lui une amitié qu'elle lui conserva jusqu'au bout et dont M. Lenoir se montra digne par un dévouement aussi désintéressé que fidèle.

M. Alexandre Lenoir a publié en 1836, dans un recueil encyclopédique. le Dictionnaire de la Conversation, un travail malheureusement trop court, sur la Malmaison, qui nous a fourni les détails les plus certains relativement à la restauration de cette résidence historique.

venaient : c’était assez loin pour le délivrer des importuns, et pas assez pour nuire à l’expédition des affaires. Dès qu’il eut pris possession des Tuileries, pendant le printemps de l'année 1800 et jusqu’à Marengo, il commença par se rendre à la Malmaison régulièrement tous les samedis , afin d’y passer le dimanche et même quelquefois le lundi; mais à son retour d’Italie, pendant le reste de la belle saison, il y revint plusieurs fois par semaine , partageant ainsi la passion de Joséphine, qui s’y était presque installée avec sa fille. Dans ces jours de congé, ainsi qu’il les appelait, le Premier Consul s’occupait avec ardeur et joie, au milieu d’une troupe d’ouvriers de toute sorte, à démolir, à bâtir, à planter, afin d’approprier la Malmaison à leur mutuelle convenance , aimant à en référer au goût de sa femme, à qui , notamment, il avait laissé la direction des jardins et du parc'. 11 pensait au produit, et s’ingéniait comme un vrai fermier , à trouver les moyens d’accroître les fruits fort médiocres d’une terre très-longtemps négligée, et, du reste, établie beaucoup plus pour l’agrément que pour l’utilité. A force de calculer, il arrivait à un revenu de 8000 francs par an; mais ce chiffre resta sur le papier , car la Malmaison coûta énormément et ne. rapporta rien*.

Tout en embellissant la maison d’habitation, Bonaparte et Joséphine lui conservèrent son ancien plan , ses défauts comme ses avantages. L’intérieur fut en-

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