Mémoires de Bourrienne, t. III, p
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tièrement restauré et successivement orné à l’égal d’un palais, mais on ne toucha pas aux constructions. Rien, pas même sous l’Empire, n’indiquait au dehors une demeure princière. Seulement , à la grille d’entrée du parc, sur la route de Paris, furent élevés, dès l’abord, deux pavillons d’ordre dorique, servant de corps de garde aux troupes de service'. Une longue allée de platanes qui existe encore conduisait de cette grille d’entrée à la porte de l’habitation.
Tout ce château se composait d’un rez-de-chaussée et d’un étage. On y entrait par un porche semblable à une tente, qui servait de péristyle. Le grand vestibule, soutenu par quatre fortes colonnes en stuc et allant de la porte d’entrée à celte du jardin située en face, partageait en deux le rez-de-chaussée. D’un côté étaient les salons de réception, la salle de billard et une galerie; de l’autre, la salle à manger, une grande pièce dont le Premier Consul fit une salle du conseil et son cabinet de travail. Ce cabinet avait la forme d’une lente militaire ; il était meublé dans le même goût. Plus tard, on construisit à chaque extrémité de la façade deux petites ailes avançant sur la cour d’arrivée ; mais cette addition fut plutôt pour le service des communs que pour celui des habitants du château’.
Au premier étage se trouvaient la chambre à coucher et l’appartement particulier du Premier Consul et de Mme Bonaparte , ainsi qu’une grande galerie
1. fluet/, leChdteau de Hichelieuet la Malinaison, par MM. Jacquin et Duesberg, p. 128.
2. fluet/, etc., p. 128. Mme la duchesse d'Abrantès, t. III, p. 213.
pour les réunions d’apparat, qui régnait dans toute la longueur du bâtiment. Au-dessus, dans un demiétage formant le couronnement du château, on avait disposé une série de petits appartements et de chambres pour les officiers du général et ses invités.
Les hommes les plus habiles du temps furent employés à la décoration extérieure et intérieure de la Malmaison. On cite, outre M. Lenoir, MM. Percier, Fontaine et Bertault. Pour ce travail, on mit à contribution les restes defc châteaux voisins, dévastés par la Révolution : à titre d’achat, bien entendu, non à titre de dépouilles. La façade donnant sur la cour d’arrivée fut ornée, par les soins de M. Alexandre Lenoir, d’une suite de statues en marbre, copiées d’après l’antique et provenant de la destruction du parc de Marly. M. Lenoir décora encore le péristyle et le vestibule de bustes en marbre et en bronze, représentant des dieux de la Fable et des grands hommes de l'antiquité, recueillis dans la démolition du château de Richelieu '.
L’agencement de la plupart des pièces intérieures échut àM. Percier. Il fit peindre la salle à manger par Laffitte. On y voyait, sur un fond de stuc , des groupes de figures allégoriques chargées de rappeler la guerre, l’industrie et les arts. Le salon qui précédait cette pièce et le grand salon reçurent une ornementation sobre et sévère conforme au goût de l’époque. Dans le premier, on remarquait, sous l’Empire, les
1. M. Lenoir, article Malmaison, dans le Dictionnaire de la Conversation.
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deux beaux tableaux de Gérard , représentant, l’un, l’Impératrice Joséphine assise sur un divan de velours jaune, l'autre, la reine HorteDse et ses enfants : dans le salon de réception figurèrent, dès le Consulat, deux autres peintures de premier ordre , dont le sujet était emprunté aux poésies d’Ossian, alors la passion littéraire de Bonaparte , et dues aux pinceaux rivaux de Gérard et de Girodet. M. Percier donna à la salle du conseil un aspect tout militaire; on ne peignit sur les murs que des trophées de guerre. Ce fut pareillement d’après ses dessins et sous sa direction que la bibliothèque attenante au cabinet du Premier Consul, fut construite et disposée. « L’intérieur de cette bibliothèque, ajoute M. Lenoir, d’un style sévère et orné de colonnes, le tout en bois d’acajou, fut confié à M. Démalterre, qui s’en acquitta avec Fa pureté et le goût qu’il met dans tout ce qu’il fait en ébénisterie1. »
Plus tard, Joséphine fit construire, par M. Bertault, au premier étage de l’aile droite, une spacieuse galerie pour loger les tableaux et les objets précieux qu'elle recueillait avec un empressement sinon une science d’artiste. On y distinguait, entre autres chefsd’œuvre des écoles flamande et hollandaise, la Ferme d'Amsterdam de Paul Potter, la Chasse que les hommes font aux animaux et la Représaillc des animaux exercée sur l'homme, par le même; une Entrée de forêt, par Berghem , et surtout l’un des ouvrages les plus es-
1. Dictionnaire de ta Concertation, et l'ouvrage de MM. Jacquin et Duesberg, p. 253 et 255.
timés de David deniers, l'Arquebuse, reinar(]uable, en outre, par le nombre et la grandeur des figures hautes de quinze pouces, chose bien rare chez ce maître. Parmi les productions françaises des deux derniers siècles, on voyait les Quaire heures du jour , de Claude Lorrain, et le Paclia faisan l peindre sa maîtresse, de Carie Vanloo. Mais la plus grande place était réservée à la peinture moderne, témoignant ainsi de la généreuse protection de la maîtresse du logis pour les artistes vivants. 11 serait trop long d’énuinérer ces œuvres contemporaines; contentons-nous de citer 1rs Nymphes , de Mme Mayer, la Mort de Raphaël , de Bergeret, un fort beau tableau de Grand, Stella dans la prison de l’Inquisition de Rome, et une Vue de la salle du xi il' siècle, au Musée des monuments français, chefd’œuvre de Boulon. Quelques-unes de ces peintures étaientd’un grand prix ; on le vit bien lorsqu’à la mort de l’Impératrice Joséphine ses héritiers furent obligés de vendre le château de la Malmaison et les collections qu’il renfermait. L’empereur de Russie voulut avoir les six premiers tableaux que nous venons de citer, et il ne crut pas les payer trop cher, en y joignant toutefois deux sculptures de Canova, par la somme de 800 000 fr.‘.
Outre les peintures, la galerie de la Malmaison contenait des statues et des antiques de toute sorte. Canova y brillait surtout par deux de ses plus gracieux ouvrages, la Danseuse et le Paris que la Russie nous