‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 63 sur 232 · Mme d’Abrantès, t. 111, p · texte numérisé non relu

Mme d’Abrantès, t. 111, p

l’heure du dîner : il travaillait ou prenait l’air dans son jardin particulier, et entretenait les personnages qui avaient affaire à lui. Les jeunes femmes que nous avons vues aux Tuileries, tenaient compagnie à Mme Bonaparte; on causait, on lisait, on brodait, on parcourait le parc et les serres; puis Mme Bonaparte recevait les visites nombreuses qui lui arrivaient de Paris, et ses invitées redevenaient libres jusqu’au dîner, que le Premier Consul voulait toujours servi à six heures précises. D’abord il n’y eut qu’une seule table , où étaient admis ses aides de camp et les employés de sa maison. Lorsqu’il faisait beau temps et que la soirée paraissait sûre , Bonaparte ordonnait que l’on servît dans le parc , et on mettait la table sous les arbres à gauche de la grande pelouse. Chaque mercredi avait lieu un dîner de cérémonie auquel assistaient les deux Consuls , les ministres et quelques autres personnages. Après dîner, on se promenait pendant une heure, et l’on rentrait ensuite au salon pour passer une véritable soirée de famille'.

Le Premier Consul jouait au reversi , aux échecs , au trictrac, et ne se faisait pas faute de tricher, afin d’égayer un passe-temps qui n’avait pour lui rien d’intéressant, ce qui dépitait sa femme, qui savait et voulait jouer sérieusement. Mais le plus grand délassement était la musique, qu’aimaient avec passion Bonaparte, qui ne s’y connaissait pas, Joséphine, qui s’y entendait un peu , et sa fille , qui y excellait.

I. Souvenirs de M. de Menneval, t. I, p. 68. Mémoires de Mme la duchesse d’Ahrantès, t. III, p 214, et IV, p. 326.

HISTOIHK

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Chaque soir, c’élait quelque concert improvisé où faisaient leur partie les anciennes amies de pension d’Hortense; et Mme Campan, que le voisinage et la liberté de la Malmaison y amenaient de temps en temps, aurait pu se croire encore au milieu de ses élèves.

Une pareille existence gaie , libre , animée , plaisait au Premier Consul. « Cette vie patriarcale (dit son second secrétaire, qui venait d’entrer en fonctions à la place de M. de Bourrienne ') avait de l’attrait pour lui. Il paraissait vraiment un père au milieu de sa famille. Cette abnégation de sa grandeur, ses formes simples et nobles , les manières séduisantes et la gracieuse familiarité de Mme Bonaparte, avaient un charme inexprimable. Je ne revenais pas de ma surprise, en voyant cette simplicité de mœurs dans un homme qui, de loin, paraissait si imposant. Je m’attendais à des brusqueries, à des inégalités d’humeur. Au lieu de cela, je trouvais Napoléon patient, indulgent, facile à vivre , nullement exigeant, d’une gaieté assez souvent bruyante et railleuse, et quelquefois d’une bonhomie charmante; mais cette familiarité n’éveillait pas l’idée de la réciprocité. Il voulut que je me misse tout à fait à mon aise. Aussi dès les premiers jours, je n’éprouvai plus avec lui la moindre gêne; je n’avais plus peur de lui. J’étais entretenu dans cette disposition d’esprit par tout ce que je voyais de ses manières enjouées et affectueuses

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