‹ Histoire de l'impératrice Joséphine. IIChapitre 85 sur 232 · Lettre autographe et inédite (Archives de famille · texte numérisé non relu

Lettre autographe et inédite (Archives de famille

que j’ai le plus grand désir de vous voir; qu’il ne manque à mon bonheur que celui de vivre auprès de vous. Donnez-moi, ma chère maman, cette satisfaction et il ne me manquera plus rien. Vendez votre habitation de la Martinique et venez acheter une propriété en France. Vous devez désirer de vivre maintenant avec vos enfants : vous ne pouvez plus habiter les colonies, d’après le désir qu’ils ont de vous voir habiter avee eux.

« Je vous ai mandé l’heureux accouchement d’Hortense : il y a trois semaines qu’elle nous a donné un gros garçon. Bonaparte le fera baptiser à son retour à Paris ; il en est le parrain et moi la marraine : il s’appellera Napoléon. Louis Bonaparte vous a écrit pour vous faire part de l’accouchement de sa femme; il est le plus heureux des hommes, d 'être père et surtout d’un gros garçon. Je vous annonce avec plaisir que ce mariage est très-heureux et qu’ils s’aiment beaucoup.

« Vous devez avoir maintenant près de vous mon beau-frère Jérôme Bonaparte. Je suis sûre que vous l’aimez beaucoup. Je vous prie de l’embrasser pour moi sur une joueet de lui donner un petit soufflet sur l’autre pour ne pas nous donner de ses nouvelles.

« lingène est avec nous au Havre ; il se porte bien ; Bonaparte vient de le nommer colonel. Tascher se fait aimer de tout le inonde; c’est un modèle de sagesse ; Bonaparte l’a placé dans un régiment : il se trouve bien heureux. Vous pouvez assurer mon oncle que si son fils était mon enfant, je ne l’aimerais pas

plus que je n’aime ce bon Tascher ‘.Vous feriez bien, ma chère maman, de profiter des occasions qui arrivent au Havre pour m’envoyer les arbres et les graines que je vous demande : envoyez-m’en de toutes les espèces possibles, même celles qui viennent dans les bois.

u Je. vous envoie des journaux ; vous verrez l’accueil qu’a reçu Bonaparte à Rouen; il serait difficile de vous peindre l'enthousiasme du peuple partout où Bonaparte s’est montré. Adieu , ma chère maman ; nous vous embrassons tous de tout notre cœur et nous vous aimons de même. »

Le Premier Consul acheva son voyage au milieu des mêmes démonstrations, par Fécamp, Dieppe, Gisors et Beauvais, et, vers le 15 novembre, il rentra à Saint-Cloud avec la conviction qu’il était encore plus populaire en province qu’à Paris. Joséphine avait partagé tous ses honneurs : en sortant de chez le Consul, les autorités allaient lui présenter leurs compliments ; le soir, elle tenait cercle comme aux Tuileries; à son entrée dans les villes, les jeunes filles , vêtues de blanc , lui offraient des fleurs; dans les théâtres on chantait des couplets où elle était désignée par de flatteuses allusions. Le Premier Consul avait permis ces hommages, afin de bien dire à tous, amis ou ennemis, qu’il ne voulait s'élever que Joséphine à ses côtés

Après ce voyage l’Empire était possible ; mais

1. Il est ici question de l'alné des cousins de Mme Bonaparte, arrivé en France quelques années avant ses autres frères.

le général Bonaparte était moins pressé que son entourage : il se décida à attendre. Six mois se passèrent dans une sorte d’oisiveté qu’il promenait de Saint- Cloud à la Malmaison, où Joséphine allait encore plus souvent que lui fuir les fatigues de la représentation officielle. « Le Premier Consul vivait presque désœuvré, rêvant aux améliorations qu’il pourrait introduire dans les diverses parties de l’administration , aux encouragements à donner à l’agriculture, au commerce, à l’industrie, aux travaux d’utilité et d’embellissement que réclamaient Paris et les villes des départements qu’il voulait aller visiter successivement'. » Paësiello et Canova, mandés en France , venaient, l’un par ses chants, l’autre par son ciseau, charmer et parer Saint-Cloud. Mme Bonaparte, maintenant sans craintes et pour son mari et pour elle, partageait sa vie heureuse entre cet époux admiré de l’Europe, adoré de la France ; son fils, pour qui l’affection paternelle du Premier Consul ne faisait que croître ; sa fille et ce petit-fils, aujourd’hui sa force et sa garantie; ses fleurs et ses collections, lorsqu’un coup de tonnerre, la rupture de la paix d’Amiens, vint de nouveau déchaîner les orages , rendre le pays à la lutte, Bonaparte à son génie, et Joséphine à sa destinée.

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