CHAPITRE V
Préparatifs contre l’Angleterre. — Voyage du Premier Consul et de Mme Bonaparte sur les côtes et en Belgique. — Conspiration de Georges. — Douleur de Joséphine en apprenant la mort du duc d’Enghien. — Elle sauve M. de Pulignac. — Proclamation de l'Empire. — Idée du Divorce repoussée par Napoléon. — Il veut que Joséphine soit sacrée et couronnée avec lui. — Cérémonie du Sacre.
L’Europe avait accepté , non point seulement sans répugnance, mais avec une satisfaction marquée , la nouvelle élévation du général Bonaparte. A Vienne , à Berlin, à Saint-Pétersbourg on félicitait nos ambassadeurs de ce progrès vers un ordre plus durable, et on se félicitait soi-même de voir cette Révolution française, qui avait procuré tant de trouble et d’épouvante, contenue, réglée par un vigoureux génie qui rendait , il est vrai , la France grande et forte , mais non plus inquiétante et agressive pour ses voisins ; et l’Angleterre elle-même avait paru dominée par 1 impression générale.
Comment une année à peine après les feux de joie
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HISTOIRE DE L’IMPÉRATRICE JOSÉPHINE. Stl
de la paix, la guerre était-elle devenue imminente? L’illustre historien de Napoléon nous l’a déduit avec son plus complet talent d’analyse et son éclatante netteté1. Soit que le parti de la guerre, le plus puissant en Angleterre par le préjugé national, et surtout par le génie de William Pitt, son chef, n’eût cherché dans la paix qu’une trêve pour se mettre mieux en état de reprendre la lutte; soit que le gouvernement anglais , s’étant flatté que cette paix aurait pour la Grande-Bretagne plus d'avantages et pour la France plus d’inconvénients , il ne voulût pas supporter plus longtemps une situation précisément contraire, où la France gagnait chaque jour une importance que perdait sa rivale , il est évident ( et la justice historique a prononcé par la bouche de M. Thiers ) que les torts décisifs furent du côté de notre ennemie.
Par suite d’éventualités prévues et, on peut le dire, acceptées par tous, la France avaitaccru son territoire de l’annexion du Piémont, et son influence de la nomination du Premier Consul à la présidence de la République italienne. L’Angleterre en prit texte pour retenir Malte contre les prescriptions du traité: de là des débats bientôt envenimés par les excès de la presse anglaise , et surtout des feuilles royalistes rédigées à Londres par les émigrés français, qui, non contents d’insulter le Premier Consul , cherchaient à le mordre au cœur en prodiguant l’outrage