TOME
savon résino-alumineux el de fécule, procédé plus prompt et moins dispendieux.
Les anciens papiers d'impression étaicnl presque toujours collés ; ceux d'à présent ne le sont presque jamais, parce que le tirage s'y exécute mieux; mais ils n'ont pas la même solidité. On trouve beaucoup de livres imprimés depuis deux oit trois siècles, el parfaitement conservés, grâce àla consistance du papier; nous doutons que les impressions faites sur la plupart de nos papiers modernes atteignent une aussi longue durée.
Cependant on imprime encore, mais rarement, quelques ouvrages sur du papier collé, ce qui permet aux lecteurs d'écrire à la main des annotations marginales. On peut même effectuer le collage après l'impression.
Le battage que les relieurs font subir au papier lui donne aussi de la consistance.
En général, les papiers sont maintenant d'un très-beau blanc et d'une pâte très-unie. Le blanchiment des chiffons par le chlore a remplacé les procédés plus lents et moins énergiques que l'on employait autrefois. Cette substance corrosive altère un peu la fermeté du papier; mais la chimie a déjà essayé et trouvera sans doute les moyens de parer à cet inconvénient.
Les papiers de France surpassent ceux d'Angleterre sous le rapport de la blancheur; mais ils leur sont inférieurs pour la distribution égale de la pâte qui ne laisse pas d'endroits faibles dans le corps du papier.
Ce qu'on doit encore rechercher, c'est l'égalité de nuance: rien n'est plus désagréable a l'œil qu'un livre imprimé sur du papier dont la nuance n'est pas constamment la même depuis la première jusqu'à la dernière feuille.
Fuller, écrivain anglais du »vu* siècle, signale ainsi les papiers employés de son temps, prétendant qu'ils participent, en quelque sorte, des nations qui les fabriquent : le papier vénitien est élégant et lin ; le papier français est léger, délié et mou ; le papier hollandais est épais, corpulent, spongieux.
Cette appréciation, plus ingénieuse que vraie, ne tombe que sur les qualités ostensibles du papier. La superstition est allée plus loin ; elle a attribué des qualités occultes à des encres, à des papiers prétendus sympathiques, au moyen desquels des personnes éloignées les unes des autres correspondraient instantanément, l'écriture tracée sur une feuille se reproduisant sytnpalhtqucmcnt sur les feuilles homogènes, à quelque distance qu'elles se trouvent.
Celte idée, basée sur des influences chimériques, la science vient delà réaliser par des moyens physiques, en appliquant l'électricité à la télégraphie.
II existait autrefois de sages règlements sur la bonne qualité du papier. Dans tous les privilèges accordés pour l'impression des livres, on insérait cette clause, que l'ouvrage serait imprimé sur bon papier et en beaux caractères, nouvelle preuve de l'intérêt que les rois de France portaient à l'art typographique. C'est pour le même motif qu'un arrêt du conseil du (i mars 1630, rendu en faveur du syndic et des adjoints de la communauté des libraires et imprimeurs de Paris, décharge de toute imposition quelconque le papier qui se fabriquera dans le royaume.
A Rome, où l'imprimerie eut une époque si brillante, les souverains pontifes enjoignirent aux syndics et adjoints de veiller, en faisant leurs visites, a ce que les livres fussent imprimés sur de bon et beau papier.
Aujourd'hui ces mesures sont impraticables, à cause de
la multiplicité el de la rapidité des entreprises typographiques; d'ailleurs, en présence d'un système de liberté illimitée, comment assujettir les imprimeurs elles libraires à venir, chaque fois qu'ils mettent un ouvrage sous presse, apporter devant une chambre syndicale ou un jury d'examen le modèle du papier et des caractères dont ils prétendent se servir? C'est à l'acheteur à juger ce qui lui est offert, et à le payer en raison de sa valeur.