‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 120 sur 124 · EN MANIÈRE DE CONCLUSION · texte numérisé non relu

EN MANIÈRE DE CONCLUSION

triomphes, dont le moindre n'est pas la version de son Don Juan de Marana par Garcia Gutiérrez. Jusqu'aux plus médiocres fabricants de mélodrames voient, tel un Bouchardy, leur gloire éphémère franchir les sierras dont le nom seul avait exalté leur imagination. Un portrait est rarement une simple caricature lorsque l'original croit s'y reconnaître.

Quelques réserves que nous ayons dû faire sur le tableau que nos romantiques avaient sous les yeux, toutes les couleurs n'en étaient pas fausses. L'Espagne n'a jamais été aussi orientale qu'ils l'ont dit, mais elle n'a jamais été non plus occidentale au sens qu'ils donnaient à ce mot. Quand ils la peignent brave et fière, ne rendent-ils pas justice au peuple qui dut se reconquérir lui-même avant de conquérir un nouveau monde, à la nation des « reconquistadores » et des « conquistadores ; » et, s'ils en font l'éternel séjour de la chevalerie, n'est-il pas vrai que la tradition du moyen âge s'y est conservée plus longtemps qu'en aucun autre pays d'Europe?

N'ouvrons donc pas leurs livres avec l'unique préoccupation de railler leurs inexactitudes, malgré la hautaine prétention avec laquelle ils les ont trop souvent présentées comme le laborieux résultat d'une érudition minutieuse. Nous avons tâché de n'être pas dupe de cette barbarie raffinée dans laquelle ils croyaient retrouver la rouille d'un lointain passé. Mais qu'importe la plus ou moins haute antiquité d'une page étrangère, si elle réussit à exciter une imagination créatrice? Nos romantiques n'ont pas toujours compris l'Espagne, mais ils ont toujours obscurément senti qu'elle était nécessaire à la pleine envolée de leur génie, et, parce qu'ils l'ont sincèrement aimée, il leur sera beaucoup pardonné. Et puis, où trouver critique qui vaille contre des erreurs qui s'épanouirent en beauté?

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