‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 119 sur 124 · QUELQUES MOTS · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS

vérité qu'illustre plus particulièrement l'histoire de nos rapports avec l'Espagne, que classiques et romantiques, — je parle des plus grands, des seuls qui comptent aujourd'hui — ont traitée, sans s'en douter, d'après la même méthode. Dans l'histoire de ce phénomène européen qu'on appelle le romantisme, la France joue exactement le même rôle qu'au moyen âge et dans les grands siècles classiques de son histoire; elle tire d'une matière ou d'une inspiration localisées des formes universelles.

Ce ne sont point, bien entendu, ces considérations ambitieuses qui nous ont guidé au cours de notre recherche. Nous avons essayé seulement de fournir quelques éléments de réponse à deux questions plus simples et plus précises : De quelle façon et jusqu'à quel point le romantisme français a-t-il été inspiré ou modifié par l'Espagne? Et quelle est la valeur de la peinture qu'il nous en a présentée ?

Si nous avons réussi à faire voir ce qui a passé de son réahsme sur la palette d'un observateur comme Théophile Gautier, et comment elle a excité l'imagination d'un Victor Hugo, notre tâche n'aura peut-être pas été tout à fait inutile. Et nous ne rêvons pas pour ce livre un plus beau succès, s'il diminue le mépris avec lequel, d'un côté et de l'autre des Pyrénées, on affecte de juger le tableau que les romantiques français nous ont laissé de l'Espagne. Nous n'avons pas cherché à en dissimuler les disparates. Nous avons relevé soigneusement les préjugés de la critique préromantique et les ignorances des médiocres. Nous voudrions seulement qu'on ne se montrât pas plus sévère pour les grands noms de notre romantisme que pour ceux du romantisme espagnol. C'est Zorrilla et non point Victor Hugo qui fait dire à l'un de ses héros, au dénouement : « L'histoire mentira, » parce qu'il veut la plier à la fantaisie de ses combinaisons. Légendes épiques et récits historiques ont été confondus et transformés par un duc de Rivas ou un Hartzenbusch avec une liberté qui ne respecte pas toujours les traditions même les plus fortement établies. On ne trouvait pas alors en France des contresens plus étonnants ou de plus extravagants anachronismes.

Nos romantiques pouvaient d'ailleurs faire valoir, pour leurs peintures de l'Espagne, la meilleure des circonstances atténuantes, et c'est le succès même qu'elles obtenaient sur la terre qui les avait inspirées. Théophile Gautier ne manque pas de noter sa rencontre à Valladolid avec « Hernani, traduit par don Eugenio de Ochoa. » Alexandre Dumas le père connaît de plus nombreux

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