‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 16 sur 124 · ÉTRANGÈRE ROMANTIQUE · texte numérisé non relu

ÉTRANGÈRE ROMANTIQUE

La critique en France était classique exclusivement. Pour résister à ses attaques et soutenir les nouvelles théories, nos romantiques sont allés chercher au dehors quelques-unes des armes qui leur manquaient. Trois ouvrages surtout leur ont fourni

sur l'Espagne et sur son histoire littéraire des notions dont ils ne mirent pas en doute l'exactitude. Leurs auteurs représentent des moments ou des états d'esprit difîérehts. Chez Bouterwek, l'Espagne s'insinue; chez Schlegel, elle s'exalte. Sismondi, qui est un classique libéral, se refuse à l'admirer sans réserve, mais il ne lui marchande pas une place d'honneur sous le grand soleil romantique.

C'est en 1812 qu'est publiée pour la première fois à Paris, chez Renard et chez Michaud frères, 1' « Histoire de la litiératurf espagnole, traduite de l'allemand de M. Bouterwek, professeur à l'Université de Gottingue, par le traducteur des Lettres de Jean Aluller '. » On y voit s'essayer, avec quelque tim.idlté encore, des idées qui ne tarderont pas à prendre l'assurance du succès. La « Préface de l'éditeur » est de P. A. Stapîer. Elle ne se contente pas de se plaindre de la négligence dont on a fait preuve à l'égard de la littérature espagnole. Sur son importance exceptionnelle et sur sa couleur orientale, elle esquisse déjà des réflexions qu'on va bientôt développer et répéter à l'envi -. Le livre luimême porte plus d'une fois la marque de l'éducation universitaire qu'avait reçue son auteur. Lucain et Silius y sont traités de « narrateurs ampoulés. » C'est pour les avoir trop admirés que les fils des vainqueurs de Grenade, que les frères des héroïques conquistadors ont manqué la véritable route de l'épopée, « la route classique. » Bouterwek note fort justement que le joug de l'Inquisition ne pesait pas du même poids sur toutes les créations de l'esprit ^. Il ne l'en déclare pas moins coupable d'avoir, en couvrant de son appui les « ruses de la politique, » entrave l'élan

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