‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 2 sur 124 · LE ROMANTISME FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LE ROMANTISME FRANÇAIS

Nous ne parlons pas aujourd'hui encore du romantisme avec désintéressement. Le jugement que nous portons sur lui dépend trop souvent de nos convictions politiques ou de nos dogmes littéraires. Nous en faisons un champ de bataille où se heurtent et s'entrechoquent conservateurs et libéraux, où ceux que charme un art plus purement intellectuel se dressent contre ceux que séduisent les luxuriances de l'imagination et les agitations véhémentes de la sensibilité. Ouvrez, par exemple, dans la traduction qui nous en fut donnée en 1902, le livre de M. G. Brandes sur l'Ecole romantique en France. 1830 y apparaît comme « l'époque fulgurante », comme l'avènement de la plus magnifique période de notre histoire littéraire. C'est ce qui peut parfaitement se démontrer à l'aide de raisons exclusivement artistiques; mais on voit bien, à lire M. Brandes, qu'il s'attache avant tout à écrire à sa façon une psychologie générale de l'Europe dans la première moitié du xix^ siècle, et qu'il tressaille d'aise quand il en arrive au mouvement romantique parce que, malgré ses débuts très catholiques et royalistes, c'est au triomphe du libéralisme qu'il ne tarde pas à nous mener. Parcourez, au contraire, le livre publié en 1907 et réimprimé en 1920 par M. Lasserre sur Le romantisme français. Le titre seul des chapitres est déjà significatif : « La chimère du cœur. — La chimère de l'esprit. — La manie des passions. — La

splendeur du faux. » Voilà qui nous éclaire singulièrement sur une thèse dont tout l'effort veut nous montrer dans ce que M. Brandes considérait comme la plus grande école littéraire du siècle un « enfantement frénétique » d'idées fausses.

Comment retrouver ou conserver quelque sérénité? Par une constatation assez simple, et c'est que le romantisme n'est pas un phénomène national, mais européen. Si nous voulons juger sans parti pris sa phase française, il faut la rattacher à ses origines étrangères, et il faut aussi en suivre les conséquences au delà de nos frontières. Si l'on accepte ce point de vue, je crois qu'il n'est point exagéré de faire passer en première ligne l'étude comparée du romantisme français et de l'espagnol. C'est avec Hernani que s'est véritablement livrée chez nous la bataille décisive, et c'est avec des drames rapportés de Paris qu'au delà des Pyrénées s'est engagé le même combat. Les romantiques espagnols ne sont venus qu'après les nôtres, mais ils pouvaient justifier leur dette en faisant valoir une créance antérieure de leur pays. L'action de l'Espagne s'est, en effet, exercée la première. Avant d'essayer de la préciser, il con\ient de délimiter son domaine et de la distinguer des diverses influences étrangères auxquelles on a pris l'habitude de rattacher presque tout le mouvement romantique en France.

On a trop volontiers accepté sans réserve le principe posé par Mme de Staël dans son livre De l'Allemagne. Et l'on va répétant que le classicisme c'est le Midi, c'est le paganisme, ce sont les Grecs et les Romains. Avec le romantisme ce qui entrerait, au contraire, dans la littérature et dans l'art, c'est le christianisme, c'est le moyen âge, c'est le Nord. La distinction est commode, et elle n'est pas plus fausse que beaucoup d'autres, à la condition de n'y avoir recours que pour une classification incomplète et provisoire. En réalité, les littératures du Midi n'ont pas joué un rôle médiocre dans le romantisme, même sous sa forme la plus septentrionale, et ce n'est pas sans quelque raison que Schlegel trouvait dans Calderon tout le génie de la nouvelle école. Faisons une part, aussi large que l'on voudra, aux influences qui, chez nous, viennent du Nord; il en restera une autre, et non moins considérable, à accorder à l'Espagne.

Nous n'avons pas à aUer chercher ailleurs que dans la littérature iflustrée par Jean-Jacques Rousseau et par Chateaubriand ce développement intensif de la personnalité, cette culture du moi ou ce culte de la cathédrale gothique qui sont parmi les manifestations les plus apparentes de notre romantisme. Que devons-nous

donc à l'Allemagne? Il ne semble point que nous ayons contracté la moindre dette envers le premier romantisme de Tieck et de Novalis. Sous cette forme nébuleuse, la poésie nouvelle ne nous était point assimilable. Nous étions loin aussi de tout admirer, ou du moins de tout comprendre dans le génie de Goethe. L'œuvre qui nous fut le plus accessible, ce fut incontestablement Werther, c'est-à-dire une peinture de la passion qui ne se laisse plus arrêter par les obstacles classiques et qui renonce à l'existence plutôt que d'en accepter les conditions restrictives. Encore convient-il d'ajouter que dans l'expression de ces sentiments Byron et Child- Harold auront pour s'imposer à l'admiration une vertu plus efTicace.

La forme la plus originale sous laquelle semble s'être exercée l'influence allemande se rencontre dans les œuvres qui font appel au fantastique. Assurément les Grecs et, d'après eux, les Romains avaient peuplé les sources et les bois de champêtres divinités. Mais, pour avoir trop longtemps inspiré de trop froides imaginations, les naïades et les dryades avaient à peu près perdu tout .leur charme. LTne séduction mystérieuse s'attachait, au contraire, aux elfes et aux gnomes. Leurs danses et leurs ébats s'enveloppaient d'une brume qui laissait un plus libre jeu aux caprices de la fantaisie. Le surnaturel n'apparaissait pas seulement dans une nouvelle mythologie. Avec Hoffmann, qui lui donne un dessin plus net, il se mêle à des histoires de la vie quotidienne où il jette un frisson inconnu. Nous le retrouverons en France dans les œuvres les plus diverses. L'ironique impassibilité de Mérimée lui demandera quelques-uns de ses effets les plus saisissants dans La Vision de Charles IX et dans Les Ames du purgatoire. Lamartine l'adoucira dans La Chute d'un Ange. Il fournira à Y Ahasvérus d'Edgar Quinet des ressources précieuses. George Sand elle-même et Balzac ne dédaigneront pas de lui faire une place. Mais, qu'il s'applique à l'histoire ou qu'il assombrisse la peinture de la passion, ce fantastique ne jouera, en somme, dans notre romantisme qu'un rôle secondaire. Il a eu son heure de vogue; il n'a pas fortement modifié notre façon de sentir ou d'imaginer.

Il est loin d'ailleurs d'être une création exclusive de l'idéalisme allemand. La seule légende étrangère que se soient véritablement assimilée nos romantiques, celle qui les relie à la tradition classique, tout en accusant les différences profondes qui les en séparent, l'histoire étonnante qui fait marcher sur la scène le « Convié de pierre » avait son berceau au delà des Pyrénées. C'est à Séville que Mérimée rencontrera le souvenir du héros qu'il

associera, sans être dupe de cette confusion, au don Juan de Molière et de Mozart. Quelque différentes que soient la conversion du comte de Maraila et la mort du personnage pour la première fois illustré par Tirso de Molina, l'une et l'autre manifestaient dans l'emploi du merveilleux une simplicité assez forte et presque une sorte de clarté. Bien antérieur à l'allemand, le fantastique espagnol pouvait s'adapter avec plus de souplesse aux créations de nos romantiques et aux exigences d'un public qu'ils ne se piquaient pas tant de heurter que de conquérir.

Les trois grands noms de Shakespeare, de Walter Scott et de Byron représentent assez exactement le rôle que joue alors chez nous l'Angleterre. Les acteurs qui vinrent nous faire connaître Shakespeare furent d'abord sifïlés à la Porte-Saint-Martin. Quelques années après (1826), leurs successeurs obtenaient l'applaudissement. Shakespeare a-t-il, grâce à eux, été vraiment compris? Je crois bien qu'il a été surtout, et c'est peut-être là le plus vigoureux effet de l'influence anglaise, un symbole de liberté. Dans ce Globe qui fit en sa faveur une si vive campagne, Vitet écrivait la formule souvent citée : « Le romantisme, c'est le protestantisme dans les lettres et les arts. » Victor Hugo qui commence par être catholique et conservateur évoluera vers une définition analogue.

11 proclamera enfin que « le romantisme, c'est le libéralisme en littérature. » Le grand William qu'il faisait profession d'admirer « comme une brute » lui fournit beaucoup moins des exemples qu'une bannière à faire claquer au vent.

L'action de Walter Scott s'est exercée, au contraire, avec une précision plus efïicace.'Pour ne citer que les œuvres les plus illustres, Cinq-Mars, La Chronique de Charles IX, Les Trois Mousquetaires et Notre-Dame de Paris, dans chacun de ces romans historiques d'inspiration et de valeur si inégales, on peut, sans grand effort, retrouver une dérivation plus ou moins lointaine de l'auteur d'Ivanhoé et de Quentin Durward. Faut-il aller plus loin, et reconnaître à Walter Scott un autre mérite que celui, déjà considérable, d'avoir mis à la mode le goût de l'histoire nationale ou locale? Sans doute, c'est au Château de Kénilworth que Victor Hugo demande son premier essai dramatique, mais l'Ami; Robsart, qu'il fit présenter à rOdéon sous le nom de Paul Foucher, n'occupe pas dans l'histoire de notre théâtre une place plus considérable que l'Emilia tirée par Soumet de la même source. L'influence de Walter Scott n'est guère sensible que dans le roman, et elle ne fut pas acceptée sans réserves. On goûta ses descriptions pour leur pittoresque;

INTRODUCTION. Il

on fut ravi de promener à sa suite, dans un moyen âge retrouvé, des regards lassés delà monotonie des décors classiques; mais à côté des héros bardés de fer on regrettait l'absence d'héroïnes passionnées dont l'amour tragique eût remué les cœurs dans le cadre vétusté qui souriait à l'imagination. Victor Hugo écrit à vingt et un ans une critique de Quentin Durward, et il est curieux de noter les réserves qu'il apporte à ses louanges. Malgré la couleur qu'il lui reconnaît, W'alter Scott lui semble prosaïque ; il voudrait l'unir à Homère pour créer un roman qui soit à la fois un drame et une épopée. On sait comment il a réahsé ce rêve. Le 14 janvier 1831, était terminé le manuscrit de Notre-Dame de Paris. On peut assurément y chercher comment Victor Hugo se rattache à Walter Scott; on y voit surtout comment il le dépasse.

L'influence de Byron fut à la fois plus décisive et plus durable. Ce n'est pas qu'on ait compris en France toute la valeur et la portée de son œuvre. Il fallait être Anglais pour s'intéresser à la satire politique et religieuse qui en faisait peut-être la plus vive originalité. Mais c'est BjTon qui a, en somme, fourni les traits les plus caractéristiques du héros romantique. C'est lui qui est le père de ce jeune homme fatal qui fait alors rêver les jeunes filles et qui paraît aux jeunes gens une force d'autant plus émouvante qu'elle va plus aveugle. Un scepticisme désabusé, une sorte de pessimisme élégant, cette mode venait d'Angleterre, et Byron en fut l'annonciateur.

Voilà, à très peu près, les éléments qui, dans la formation de notre romantisme, nous vinrent des littératures du Nord. On pourrait en signaler quelques autres, mais d'importance fort secondaire. Est-il nécessaire, par exemple, de s'attarder longuement sur Shelley et les lakists dont on ne voit guère la trace que dans les vers de Sainte-Beuve?

Est-ce à dire qu'en dehors de ces sources, il n'en existe aucune autre où nos romantiques aient alors puisé? Je crois, au contraire, et je me propose de faire voir que le rôle de l'Espagne n'a pas été médiocre. Si elle est loin d'avoir toujours été pour nos romantiques une terre bien connue, elle n'a jamais cessé d'être pour eux une terre promise, et c'est en allant vers elle qu'ils ont rencontré quelques-unes de leurs plus brillantes inspirations.

Comment pouvait-elle s'adapter aux conditions générales de notre romantisme? Les circonstances politiques semblaient devoir l'écarter. Sans doute le romantisme en France est d'abord catholique et monarchique à la suite de Chateaubriand et par réaction

contre l'esprit du xviii^ siècle; mais il ne tarde point à échapper au malentendu qui embarrasse ses premiers pas, et, à mesure qu'il prend conscience de lui-même, il développe son fond révolutionnaire et se dresse contre les barrières du despotisme. Dès la fin de la Restauration et sous le gouvernement de Juillet, il apparaît comme une des manifestations les plus éclatantes de l'opposition libérale. Quels exemples pouvait-il demander à la très catholique Espagne? Précisément ceux qu'il recommandait de ne pas suivre. Les exilés qui avaient franchi les Pyrénées racontaient les nouvelles qu'ils recevaient de leur pays. Et c'était l'histoire lamentable de la réaction imposée par Ferdinand VII, de ce régime d'oppression qui, à partir de l'intervention du duc d' Angoulême, ne cessa de chercher ses meilleurs moyens de gouvernement dans la terreur et la délation. L'Espagne attirait d'autant plus les regards de nos romantiques qu'elle leur fournissait, par les excès mêmes dont elle était victime, les plus irréfutables arguments contre l'absolutisme.

Les romantiques espagnols seront presque tous des hommes mûrs qui, ayant leur exil, avaient rempli des fonctions importantes. Ce seront des libéraux, mais qui ne deviendront jamais des anticléricaux. Ils se refuseront toujours à subordonner la morale à l'art. Les romantiques français, au contraire, sont des jeunes gens qui contre le terne avènement de la bourgeoisie chère à Louis-Philippe font éclater une protestation violente, écarlate. Comme l'écrit Gautier, le monde se divise pour eux en flamboyants et grisâtres. Et l'Espagne leur apparaît flamboyante. Ils s'en servent comme d'une arme excellente contre la bourgeoisie. Dans les peintures fantaisistes qu'on leur en présente, elle se dresse en une auréole comme le pays le moins « philistin. »

Elle leur permet surtout de partir en guerre contre le milieu littéraire auquel ils se heurtent. La trîîdition classique, qu'ils veulent renverser et dont, à vrai dire, ils ne triompheront jamais, ne s'appuie pas seulement sur des pouvoirs solidement constitués comme les Collèges ou comme l'Académie française. Malgré l'épui- ' sèment des genres qu'elle s'obstine à imposer, elle se sent soutenue par le succès européen dont elle a joui, elle se sait surtout conforme à quelques-unes des plus éminentes qualités du génie national. Comment ébranler cette Bastille littéraire? Dans cet assaut furieux l'Espagne pouvait fournir les armes les plus redoutables. Elle prêchait, par les plus illustres exemples, le retour aux sujets nationaux. Elle enseignait, nous verrons comment, ù rein-

troduire l'historique dans le romanesque, à opposer et à fondre le grotesque et le sublime, le boufîon et l'horrible, et à jeter enfin le lyrisme à pleins flots dans le drame.

Ce n'est pas à l'aurore de notre romantisme qu'on lui a demandé ces leçons. La littérature d'émigrés qui le précède et le prépare n'a pas médiocrement enrichi sa sensibilité artistique; mais elle défend des idées qu'il rejettera et soutient une cause dont il finira par devenir le plus violent adversaire. Des noms comme ceux de Sénancour ou de Mme de Staël écliappent à peu près complètement à notre enquête. Si quelque influence étrangère s'exerce alors, elle vient du Nord où elle a élaboré une matière que J.-J. Rousseau lui avait d'abordfournie. L'Espagne ne commence à intervenir qu'avec Chateaubriand qui s'avise de lui demander un cadre somptueux pour sa hautaine mélancolie.

Le voyage que Nodier fait en 1827 au pays û'Inès de las Sierras met à la mode dans son groupe une terre dont il ne semble guère cependant avoir senti la savoureuse originalité. L'aventure qu'il conte, sauf quelques détails secondaires, aurait tout aussi bien pu se passer dans une des villes chères àHofïmann. L'indication qu'il donne ne sera pourtant pas négligée, et d'autres ne tarderont point à aller chercher Iras los montes des couleurs plus fortes et plus précises.

La grande période d'activité du romantisme va de la révolution de 1830 à celle de 1848, ou, si l'on préfère des dates littéraires, du triomphe d'Hernani à la chute des Burgraves. « Peu de temps après, écrit G. Brandes, Nodier est couché dans la tombe, Hugo est exilé à Jersey, Dumas fait de la littérature une industrie, Sainte-Beuve et Gautier entrent dans le cercle de la princesse Mathilde, Mérimée trône à la cour d'amour de l'impératrice Eugénie, Musset est assis devant son verre d'absinthe, et George Sand se retire à Nohant. » Quelques réserves que comporte ce résumé, il semble bien que vers 1850 nous entrions dans une nouvelle période.

Sans doute, le romantisme n'est pas mort. La forme d'imagination qu'il a exaltée ne cesse de se retrouver dans des œuvres qui en sont comme les dernières flammes. On pourrait même soutenir qu'elle survit, aujourd'hui, dans des drames qui ne dépareraient pas trop « l'époque fulgurante ». En réalité, ce qui demeure alors du romantisme, ce sont les œuvres qui sont nées de lui et qui l'ont profondément transformé, s'il est vrai de dire que la superstition de la couleur locale nous a donné peu à peu le

14 INTRODUCTIOy.

goût et le sens de l'histoire, et si l'on accepte que le roman réaliste n'ait eu qu'à appliquer à la vie de tous les jours les procédés dont on vantait l'excellence pour la peinture du passé. Dans la dernière phase de cette évolution, l'Espagne imprime sa marque sur plus d'un livre considérable, mais son influence est, en somme, assez restreinte et intermittente, et il nous suffira de déterminer la part qui lui revient dans la modification d'un idéal où était entré un peu de son génie.

C'est naturellement sur la période où le romantisme français est arrivé à son plein épanouissement que portera le principal effort de notre recherche. Nous consulterons la plupart désœuvrés où se peut le mieux saisir le rôle de l'Espagne, mais nous n'insisterons que sur celles dont la gloire est assurée. On a mis à la mode dans ces dernières années la lecture patiente des revues et des journaux de l'époque étudiée. N'est-ce pas là qu'il convient de chercher l'opinion moyenne sur laquelle nous égarent les grands écrivains, puisque précisément ils ne sont grands que parce qu'ils la dépassent? On voit assez les dangers de cette méthode, si elle était poussée à l'excès et nous condamnait à ne connaître que Iç sentiment des médiocres. Son principe est d'ailleurs singulièrement discutable. Le chef-d'œuvre est presque toujours une œuvre qui, comme on dit, était dans l'air. Il ne fausse pas le réel; il exalte l'inconscient et magnifie le latent. Si le panache espagnol flotte dans des vers immortels, c'est sur ceux-là que s'arrêtera de préférence notre regard. Sans négliger de ramasser en route des documents précieux par leur signification, sinon par leur valeur littéraire, nous ne croirons point manquer à la bonne méthode en nous attardant sur les sommets. D'autre part, l'importance que nous accorderons aux genres cultivés par nos romantiques ne saurait dépendre de leur valeur intrinsèque, mais de la place plus ou moins grande qu'ils ont laissé prendre à l'influence espagnole. Faudra-t-il s'étonner, par exemple, de notre insistance sur le drame, puisqu'il est allé chercher une bonne partie de sa doctrine et de son inspiration dans la comcdia de Lope et de Calderon? Ncst rc pas d'ailleurs autour de lui que s'est livrée la grande bataille'?

1. Il manquera à ce livre un chapitre qui l'aurait grossi démesurément. C'est celui que je comptais d'abord consacrer au rôle de l'Espagne dans les romans, les contes en vers et en prose, les nouvelles et le» mémoires de notre romantisme. Cette lacune sera comblée dans un autre ouvrage.

Dans le domaine ainsi limité où s'enferme notre enquête, sur quels points la ferons-nous porter? Une étude de littérature comparée serait assez vaine si elle se contentait de signaler des rapprochements plus ou moins contestables, et elle risquerait de devenir dangereuse si elle ne servait qu'à fournir une nouvelle matière au préjugé courant sur l'originalité littéraire. Il n'importe pas beaucoup de savoir que dans Hernani ou dans Ruy Blas Victor Hugo a mis en œuvre une ou deux scènes d'une comedia à laquelle on n'avait pas d'abord songé. Mais si, dans ce renouvellement de l'imagination française dont il est le plus illustre représentant, l'idée qu'on se faisait de l'Espagne et les peintures qu'on en connaissait ont exercé ime action féconde, rien ne nous intéresse plus directement que l'étude de cette idée, que la contemplation de ces peintures. Nous n'avons pas de plus sûr moyen de dégager, par une analyse impartiale, les caractères essentiels d'une des phases les plus brillantes de notre histoire littéraire.

La première précaution à prendre dans cette recherche délicate, c'est de ne faire intervenir aucun élément postérieur. Et c'est pourquoi nous avons d'abord à nous demander comment la France, à l'époque romantique, a connu l'Espagne.

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