‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 22 sur 124 · Publiée en IS.'îl · texte numérisé non relu

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'i. Le z imposé à la fin du nom de Lope passait alors pour la manpie du connaisseur. On s'imaginait (ju'un nom propre espagnol ne pouvait guère «e terminer qu'on ez ou es, à moins qu'il ne s'achevât sur un o. Cette érudition de concierge est encore celle de plus d'un (le nos lettrés contemporains. On a représenté naguère une adaptation de l'Etoile de Séi'iVe dont les afTiolios atlribuaioiit l'original à Lopez de Vega. On a eu beau célélirer à Boulogne, en l'JlO, le glorieux cham|iion de rindépendancc de rAméritjue latine, plus d'un Français croit encore lui faire honneur in l'appelant San Martino.

doute parce qu'il l'a trouvée ailleurs sans nom d'auteur. Je suis enchanté si elle est digne de Lopez de Véga; mais elle est de moi. «

Creuzé de Lesser n'a pas seulement fourni à nos romantiques des formules piquantes dont ils ne pouvaient soupçonner l'inexactitude. Il leur a présenté les romances du Cid sous le jour qui pouvait le mieux les séduire. N'invitait-il pas ses lecteurs à y contempler le règne féodal « dans toute son àpreté? » Il prenait soin de les avertir qu'il ne fallait pas y chercher « la gaîté et l'imagination » qui éclatent dans La Table Ronde, Amadis et Roland. Il opposait à la mythologie brillante de la Grèce le « champ de la chevalerie plus vaste et plus varié. » Et il soulignait en lettres capitales l'avantage singulier qu'offraient à ses yeux les romances du Cid. « Voici, disait-il, de la chevalerie Historique et non plus de la chevalerie Romanesque ».

Le critérium qu'il adoptait pour choisir entre les leçons différentes des romances donnait à cette « chevalerie historique » une couleur fortement romantique. C'est la plus « hideuse » qu'il déclare la plus ancienne et, par suite, la plus véridique. Aussi n'est-il point choqué par les figures les plus audacieuses. Il n'a pas osé les conserver toutes. Il a senti du moins que, s'il réussissait à en acclimater quelques-unes, il porterait un coup mortel aux expressions détournées et aux périphrases embarrassées dont les classiques d'alors faisaient la loi du style poétique '. En vérité, Creuzé de Lesser ne se rendait-il pas un légitime hommage lorsque, dans la Préface de son édition de 1836, il écrivait que ses Romances du Cid avaient en 1814 devancé « les hardiesses connues aujourd'hui sous le nom de style romantique? »

Que restait-il à faire après lui? Creuzé de Lesser a cru tirer du Romancero un genre nouveau, l'odéide. Il le définit pompeusement « le poème qui dit le plus de choses, et de choses diverses, en moins de temps et place. » Et, dans un bel élan lyrique, il s'écrie avec simplicité : « O histoire! histoire! source de tant de beautés, quel service j'ai rendu à la poésie, si je t'ai rendue plus accessible à elle! » L'odéide n'a pas eu le succès qu'espérait son créateur. Une

1. Le passage vaut d'être cité. Après avoir indiqué les earactères principaux du style des romances, Creuzé de Lesser note qu'on n'y voit jamais « celte horreur du mol propre qui fait quelquefois de la poésie une énigme si ennuyeuse. Mes héros, et même mes rois, d'ailleurs très fiers, détestent, l'emphase; et on peut leur appliquer, à quelqiies égards, ce que disait Mercier, à la tête de son Charles second en certain lieu : « C'est ici le portrait d'un roi en déshabillé, et pour le coup sans gardes; de sorte qu'il a été impossible à l'auteur de placer une seule fois dans sa pièce : Holà! gardes, à moi! »

série de quatrains sur un sujet historique ne pouvait former que le plus artificiel des poèmes. Le ton de Creuzé de Lesser n'était d'ailleurs pas complètement dégagé des fadeurs de la romance française, et sa forme restait celle d'un pauvre écrivain qui n'avait que de bonnes intentions. La diffusion des romances espagnols contribuera à chasser les dernières traces du goût troubadour. Quant au style, il ne viendra qu'avec Victor Hugo.

En attendant, son frère Abel introduit ou propage quelques erreurs qui deviennent des dogmes de la critique romantique. C'est en 1822 que paraissent ses Romances historiques traduites de l'espagnol ^ Cette traduction est précédée d'un Discours sur la poésie historique chantée et sur la romance espagnole ^. Abel Hugo y reprend sur l'origine du Romancero les théories de la critique étrangère et de Creuzé de Lesser. Il refait à sa façon, en s'inspirant parfois de Silvestre de Sacy et de Raynouard, l'histoire qu'avait esquissée dans sa Préface de 1783 le traducteur de la Bibliothèque des romans. Il étudie chez les Hébreux, chez les Grecs et chez les Latins, chez les Arabes, chez les Provençaux et chez les Français une forme de poésie qui lui paraît à elle seule avoir d'abord composé en Espagne la littérature tout entière. C'est à lui surtout qu'on doit la diffusion de deux idées fausses qu'imposera pendant quelque temps le génie de son frère. La forme et le mètre des romances espagnols offrent à ses yeux une imitation si exacte du style narratif de l'Ecriture Sainte que ces « stances de quatre vers trochaïques '> correspondent aux versets sacrés. A côté de ces pièces si simples, les unes historiques, les autres chevaleresques ^ mais toutes également chrétiennes puisqu'elles ont pour unique modèle la Bible, celles qui traitent un sujet mauresque étalent toutes les recherches et la couleur variée du génie oriental. C'est qu'elles sont l'œuvre d'auteurs arabes qui ont voulu laisser chacun libre carrière à sa fantaisie. Et Abel Hugo s'étonne gravement que ces poètes, qui n'ont jamais existé que dans son imagination, n'aient pas plus souvent fait appel à leur

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