A Paris, chez Policier
2. Les fragments sur la Romance font partie d'un cours de littérature espagnole prononcé par l'auteur à la Société des Bonnes Lettres, en 1821.
.3. Abel Hugo conserve, en effet, la division des romances en trois classes : les historiques composés sur l'histoire des chrétiens d'Espagne j>ar des poètes « contemporains » des événements qu'ils racontent; les chevaleresques tirés des anciens romans et gardant dans leur style les caractères de grâce et de gravité, de naïveté et de grandeur qu'on voit aux historiques; les mauresques enfin.
propre histoire, « d'où, dit-il, l'on pourrait conclure, en se basant sur cette grande vérité que la littérature est l'expression de la société, qu'il y avait peu d'amour de la patrie chez les conquérants de l'Espagne, et que, comme Tamour et l'admiration pour leurs héros étaient le seul sentiment qui se trouvait dans leur cœur, ils devaient être facilement vaincus, aussitôt que leurs chevaliers ne seraient plus des héros. » Mettez toutes ces fantaisies en formule, et vous aboutirez à la définition que le « grand frère » donnera du Romancero gênerai : «Ce sont deux Iliades, l'une gothique, l'autre arabe ^ »
La traduction d'Abel Hugo a rendu au romantisme deux services qui avaient leur importance. Elle avait d'abord le mérite d'être, en effet, une traduction. Il ne faut pas sans doute lui demander une exactitude minutieuse, et il lui arrive une ou deux fois de s'écarter assez grossièrement du texte "' ; mais elle n'est ni une imitation, ni une « belle infidèle. » Abel Hugo savait de l'espagnol, et, s'il se trompait sur la date et sur la composition du Romancero, il était cependant capable de reproduire une bonne partie du texte qu'il avait sous les yeux. Il n'avait plus à se préoccuper de ne pas heurter trop directement le goût du jour, et, s'il s'écartait des conventions de la forme dite classique, il pouvait s'excuser sur l'original de la liberté de son style. Sa traduction n'est pas « littérale » comme le proclamera son frère ^, mais elle marque un effort nouveau vers un pittoresque un peu plus juste, et surtout plus accentué.
D'autre part, elle élargit singulièrement le champ de la couleur espagnole. Abel Hugo continue à accorder une importance spéciale aux romances du Cid puisqu'il se propose de leur consacrer un volume entier. Il n'en cite qu'un, en attendant, et ce qu'il offre à ses lecteurs, c'est un choix de ceux où résonne l'écho que fait dans l'histoire l'âme héroïque de l'Espagne. L'ordre chronologique qu'il adopte n'a rien à voir, quoi qu'il en dise, avec la date de la composition des romances. Il n'en est pas moins vrai que, grâce à lui, on apprenait à connaître des personnages