‹ Histoire de l'influence espagnole sur la littérature françaiseChapitre 45 sur 124 · Cf. L'Occasion, se. viii · texte numérisé non relu

Cf. L'Occasion, se. viii

l'esprit de ses premiers lecteurs. On y vit, au contraire, le plus beau triomphe de la plus exacte des couleurs locales. Dès 1825 Le Globe proclamait que l'auteur de ce théâtre complétait la révolution accomplie par Waverley dans la partie épique en portant la vérité des mœurs et des caractères « dans les passions et par contre-coup dans le drame '. » On ne sentit point l'ironie qui se glissait à peu près sous chaque ligne, et les violences froides auxquelles se complaisait une fantaisie amusée passèrent pour les découvertes soigneusement contrôlées d'une observation réfléchie. Aussi Le Théâtre de Clara Gazul exerça-t-il dès son apparition une influence considérable. C'est de lui que dérive cette école dramatique qui cherchera ses plus nombreux accessoires dans l'armoire aux poisons ou dans les collections de poignards. C'est sous sou inspiration que l'amour d'un prêtre ou la séduction d'une nonne paraîtront à Dumas le père et à ses émules les sources naturelles des plus fortes émotions dramatiques.

Victor Hugo lui-même devra à Mérimée beaucoup plus qu'on ne l'a dit. Il lui empruntera d'abord quelques termes et quelques tours. Doua Sol parlera comme la Mojana de L'Amour africain quand elle s'adressera à « son lion superbe et généreux. » Les plaisanteries de la Périchole sur les vice-rois qu'il faut pour faire la monnaie d'un capitaine ou d'un matador, et les formalités nécessaires pour tenir sur les fonts de baptême un cacique indien qui portera désormais douze noms chrétiens -, — et nous ne disons rien des graves réflexions sur le bâillement ordinaire de l'inquiétude ^ — tous ces contrastes savoureux et tous ces gestes à panache que Mérimée esquissait avec un sourire font songer à des effets marqués plus fortement par la griffe du jeune chef de l'école romantique.

L'imitation est quelquefois plus directe. Relisez la scène dans laquelle Zein-ben-Humeida réclame l'exécution de son serment à son ami Hadji-Nouman : « N'as-tu pas juré par la Caaba'la prohibée, par les tombeaux des prophètes, par ton sabre, de m'accorder ma première demande? » En vain Hadji-Nouman, pour ne pas se séparer de la femme qu'il aime, propose à son ami de lui céder tous ses biens. Zein-ben-Humeida préfère retourner à ses tentes du désert où il ne rencontrera pas de par-

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