Le n° 481 de la collection Kivadencyra
4. Cf. Paul Berret, Le moyen âge européen dans La Légende des Siècles, p. 173. Paris,
jour par les bruyères, » après s'être enfui de Sansuena avec son épouse Melissinde ^ Si ce Gaïfer-là n'a aucun rapport avec le « duc d'Aquitaine », son nom au moins justifie le choix de Victor Hugo. La légende nouvelle qui met en lumière ses crimes n'est d'ailleurs déplacée ni d'un côté ni de l'autre des Pyrénées. L'historien des Goths Jordanès nous raconte que les guerriers du roi Filimec qui ne purent franchir le fleuve qui sépare la Scythie de la Germanie s'arrêtèrent près de marais du fond desquels montaient des mugissements de troupeaux. Rien n'est plus banal que ces fables anciennes qui nous parlent de lagunes où l'on croit entendre les cris de ceux qui y sont ensevelis. Les histoires de tombes ou d'images sacrées enfouies sous la terre ne sont pas moins fréquentes, surtout en Espagne. Tantôt c'est le cheval du Cid qui fait découvrir à Tolède une statue de la Vierge. Tantôt ce sont des ouvriers qui, en ouvrant des tranchées pour les fondations de l'Église Saint-Louis à Grenade, entendent une voix mystérieuse leur dire : « Creusez, creusez et vous trouverez la lumière, » et qui découvrent enfin un Christ resplendissant -. Il est possible, si Victor Hugo a entendu parler de cette dernière légende, que l'idée de « trouver la lumière » lui ait suggéré par antithèse celle de « trouver l'enfer. » Je serais plutôt tenté de croire que son imagination a été mise en jeu par les romances sur le roi Rodrigue. Ce roi imprudent veut, lui aussi, savoir sur quoi est bâtie la grotte ou la tour qu'on dit fermée par Hercule. Il en fait forcer la porte, et il y trouve une inscription qui lui annonce son malheur et celui de l'Espagne ^. Rien n'empêche d'ailleurs de supposer que le poète de Gaïffer n'a fait appel à aucune réminiscence pour un symbole auquel il a donné un caractère original et une nouvelle portée. Il n'en faut retenir que la parenté qu'on y découvre avec d'autres légendes cléricales espagnoles. Gaïffer descend peut-être des Visigoths, mais ce n'est pas sans raison que Victor Hugo l'appelle aussi Jorge*.
1. Cf. Pamôn Menéndez Pidal; L'Épopée castillane à travers la littérature espagnole, p. 19-21. Paris, 1910.
L'histoire de Waltcr d'Espagne est le meilleur des arguments dont se sert M. Menéndez Pidal pour essayer de prouver l'origine directement germanique de l'épopée primitive espagnole. Mais comment être certain que ce ^^ alter-Gaïfer n'a pas eu un intermédiaire français pour lui faire franchir les Pyrénées? M. Menéndez Pidal signale lui-même parmi les figures chevaleresques importées à la suite de Charlemagne et de ses douze pairs un Gaïfer qui a aussi sa femme à délivrer (p. 167).